Saint Sévère d'Antioche, qui êtes-vous ? (Vie de St Sévère par Zacharie) Part V
Vie de Saint Sévère d'Antioche par Zacharrie.
Partie V :
Parvenu à cet endroit de mon récit, je veux raconter brièvement tout le genre de vie que l’on menait dans le couvent fondé par le divin Pierre. [Les moines] passaient tout leur temps[50] à jeûner, à coucher sur la terre, à se tenir debout toute la journée, à veiller pour ainsi dire la nuit entière, à prier constamment et à assister aux offices.
Ils ne consacraient qu’une très faible partie du jour au travail des mains, par lequel ils se procuraient ce qu’il leur fallait pour [nourrir] leur corps et pour assister les indigents.
D’autre part, chacun d’eux méditait les saintes Ecritures même à l’heure du travail manuel.[51] Si grande était leur chasteté que, pour ainsi dire, ils ne regardaient même pas les visages les uns des autres.
C’était en fixant les yeux à terre qu’ils se répondaient[52] dans les relations qu’ils avaient ensemble. Ils accomplissaient avec piété tout ce qui avait trait aux exercices de la vertu,[53]évitant de prononcer la moindre parole inutile. — J’en connais parmi eux qui furent aussi astreints par le grand Pierre, quand il vivait corporellement, à observer un silence complet envers tout le monde pendant dix ans et davantage.
Ils ne parlaient qu’à Dieu dans les prières et les offices ayant reçu l’ordre de la part de celui qui les avait astreints au silence, de ne révéler, à cause des pensées dont les démons les obsédaient souvent, qu’à lui (Dieu) seul leur combat, afin d’en recevoir le remède qu’il leur fallait.
Ils obéissaient à ce point que non seulement aucune parole futile ne sortait de leur bouche, mais qu’ils ne se laissaient aller, ni par la tenue, ni par la démarche, ni par le clignement des yeux, à exprimer une pensée inconvenante.
C’est de cette philosophie si pure que le grand Sévère s’éprit et dont il porta le joug. Il m’envoya par conséquent celui (le serviteur) qui l’avait élevé depuis son enfance et qui l’avait précisément accompagné, en me faisant savoir par lettre ce qui avait plu à Dieu à son sujet, et en m’invitant à envoyer dans son pays terrestre ses serviteurs (esclaves) ainsi que tout ce qu’il m’avait confié; ce que je fis.
L’admirable Étienne brûla également de zèle dans la suite pour ce genre de vie. Il était de ceux qui vinrent après nous à Béryte.
Comme j’étais encore dans cette ville, je lui appris le départ qui en avait eu lieu de ces six [compagnons], qui étaient allés revêtir l’habit (σχῆμα) monastique dans le couvent de l’illustre Pierre.
Il s’y rendit alors à son tour, en qualité de septième, après n’être resté que peu de temps à Béryte.
Lorsque j’eus achevé l’étude des lois, je retournai dans mon pays. Je le vis la troupe divine, mais j’avais beau la voir, je ne pouvais pas faire de même, retenu que j’étais par la faiblesse de mon âme.
Une épreuve qui arriva à mon père, me força de venir dans cette ville impériale[54] et d’y exercer la profession d’avocat.
Quant à Évagrios, qui avait été cause de beaucoup de bien pour tous ceux qui s’étaient appliqués à l’imiter, après qu’il se fut aussi consacré vaillamment à la philosophie divine dans ce couvent, qu’il eut enduré des peines[55] et des fatigues pour la vertu, qu’il se fut montré un moine parfait aux yeux de tout le monde, il quitta peu de temps après la terre, retourna à Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’il aimait, et courut au ciel où reposent les âmes de ceux qui ont vécu comme lui.
La prophétie qu’il avait faite sur son compte s’était accomplie « S’il arrive que je prenne l’habit (σχῆμα) monastique, je mourrai dans le couvent même où j’aurai reçu l’habit (σχῆμα) sacré. »
L’admirable Sévère, après avoir vaillamment supporté pendant un certain temps la philosophie divine dans le couvent en question, fut entraîné par l’amour des lieux déserts et de la vie dite solitaire, — qu’institua le grand Antoine, ou bien un autre qui lui a été semblable en vertu, — quitta le séjour et la vie en commun, et se rendit dans le désert d’Éleuthéropolis. Il était accompagné d’Anastase d’Edesse, qui était animé de la même allégresse et poussé au même zèle.
Ils s’adonnèrent [tous deux] à une vie si dure, à des travaux si pénibles, à un ascétisme si élevé, que leurs corps tombèrent dans une grave maladie, et qu’ils auraient été forcés, à cause de leur grand ascétisme, à quitter la vie humaine, si Dieu, qui approuve cette allégresse, n’avait poussé le supérieur du monastère, fondé par l’illustre Romanos, à venir les visiter, à les recueillir dans son couvent, à les traiter avec la sollicitude qu’il fallait, et à les engager à habiter pour le moment avec eux.
La vie de ces moines était pénible, plus que celle de tous les couvents réputés en Palestine pour leur ascétisme.
Mais l’admirable Sévère ne l’en aima que davantage pour sa grande austérité, qui fut cause que ses pieds se tuméfièrent de la manière que l’on sait, après qu’il eut été guéri de sa maladie.
Après avoir demeuré un certain temps dans ce dernier monastère, il résolut de retourner au port de Gaza, et il vécut la vie des solitaires dans une cellule tranquille (κελλίον) de la laure de Maϊouma, où se trouvait aussi le couvent du grand Pierre.
Mais lorsqu’il eut brillé longtemps ainsi dans ces deux monastères, dans le silence de la retraite, certaines personnes lui demandèrent, à cause de la parole de grâce dont il était doué, à vivre sous son obédience en portant l’habit (σχῆμα) monastique.
Il fut alors obligé de consacrer à l’achat d’un couvent et à son arrangement le restant de l’argent qui lui était revenu, lors du partage qu’il avait fait avec ses frères des biens de ses parents, et dont il avait distribué la plus grande partie aux pauvres. Il bâtit des cellules propres à recevoir d’autres personnes.
Quand cela fut connu de Pierre — il était de Césarée de Palestine; après avoir étudié dans cette ville les sciences encyclopédiques, c’est-à-dire la grammaire et la rhétorique, il avait méprisé Béryte et les lois qu’il convient, dit-on, d’apprendre(?), comme aussi les vaines espérances, et s’était joint à ceux qui pratiquaient la philosophie divine dans le couvent de l’illustre Romanos — quand, dis-je, cela fut connu de Pierre, il vint trouver Sévère.
Il avait déjà appris à connaître par expérience sa chasteté, sa sagesse, toute sa continence, tout le trésor de ses vertus et la grâce qui lui avait été accordée par rapport à la science de la nature et la théologie, qui est le réceptacle de celle-ci, lorsque, à la suite de la maladie corporelle qui l’avait atteint, l’higoumène du couvent du grand Romanos l’eut conduit dans ce monastère, comme je l’ai raconté.
Il le pria donc de le recevoir comme associé de la philosophie divine et de lui assigner le rang de disciple. Sévère consulta à son sujet les notables d’entre les grands qui avaient vieilli dans l’ascétisme, qui possédaient depuis longtemps une grande expérience et beaucoup de jugement, et qui avaient notamment reçu l’ordination spirituelle. Au nombre de ceux-ci était le grand et illustre Elie.[56] Celui-ci lui dit de ne pas repousser le frère spirituel qui s’était refugié auprès de lui, qu’il (ce frère) prenait part à la même lutte et au même combat, et que c’était surtout par amour de la philosophie et des dons spirituels qu’il s’était rendu auprès de lui.
Obéissant alors aux saints Pères, Sévère le reçut comme disciple, de même que Paul, le divin apôtre, avait reçu le grand Timothée, et avant lui, Élie de Thisbé,qui était parvenu au ciel par ses vertus, Élisée, et, si l’on veut, comme le divin Pamphile, ce martyr de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avait reçu Eusèbe de Césarée, ou comme le très illustre Basile, Grégoire le divin, à l’époque de son séjour dans le Pont.
D’autres encore vinrent auprès de lui, qui se distinguèrent par le même zèle, et qui montrèrent, en vivant sous l’obédience du grand Sévère, de tels fruits de la philosophie que tout le monde louait Dieu à cause de leur progrès et de leur avancement dans la vertu.
Quant au disciple Pierre, lorsque son père [spirituel] lui eut permis de s’appliquer à la théorie dont la pratique forme, comme l’a dit Grégoire le Théologien, les échelons,[57] il concentrait constamment son esprit sur les Livres sacrés, sur la méditation des Paroles divines et sur leur explication que sa pensée concevait souvent, avec l’aide de l’Esprit divin, de deux et de trois manières.
Il s’acquit de la sorte la richesse de la science et l’abondance des exemples de l’Écriture. Tout le monde l’admirait non seulement à cause de la continence de sa vie, de sa chasteté et de ses autres vertus, mais encore pour sa charité envers les indigents, qui est surtout agréable à Dieu, et notamment pour sa bienveillance et sa sollicitude à l’égard des étrangers (ξένοι) qui passaient.
Ce furent là les motifs qui déterminèrent tous les saints à ne pas seulement choisir le grand Sévère pour recevoir l’ordination de la prêtrise, mais encore, dans la suite, l’admirable Pierre.
Tous deux la reçurent des mains d’Épiphane, cet évêque confesseur, qui la leur donna, comme il l’avait donnée auparavant à Jean et à Théodore, les héritiers du très renommé évêque Pierre et les pères spirituels du grand Sévère.
La vie de ceux-là allait de ce train, et tous les Pères d’Égypte et de Palestine étaient fiers de leurs vertus, quand tout à coup l’envie se dressa contre tous ceux de Palestine qui communiaient avec les Pères d’Égypte et d’Alexandrie.
En effet, Néphalios, un moine d’Alexandrie, après avoir complètement oublié la vertu pratique, puis aiguisé sa langue pour parler, et adopté des procédés sophistiques, s’en prit à tous ceux qui avaient vieilli dans les travaux de l’ascétisme.
Il souleva le peuple de son pays à cause de la communion de Pierre, patriarche d’Alexandrie, avec Acace, archevêque de cette ville impériale, et par zèle, disait-il, contre le concile (σύνοδος) de Chalcédoine. Une foule de séditions (στάσεις) et de massacres naquirent de son inimitié avec Pierre, qui était très aimé de tous ses compatriotes, pour ainsi dire, et principalement de ceux qui formaient les partis dans la ville.
C’est ainsi qu’il excita aussi souvent l’empereur Zénon, de pieuse fin, contre Pierre, en disant qu’il avait chassé de leurs couvents ceux qui s’étaient séparés de sa communion par suite de son union avec Acace.
C’est ainsi encore qu’il souleva trente mille moines Egyptiens et qu’il s’apprêtait à entrer à Alexandrie afin de détruire cette union, lorsque Cosmas, l’eunuque (εὐνοῦχος) de l’empereur, fut envoyé pour porter aide à ceux qu’on disait avoir été chassés.
Après la mort de Pierre, il fit semblant de se convertir et de regretter les séditions qu’il avait souvent suscitées contre lui à propos de son union avec Acace; et il s’efforça de faire croire qu’il était devenu orthodoxe (ὀρθόδοξος), à la suite de ce que Pierre avait écrit dans sa lettre synodale à Fravitas, l’héritier d’Acace.
Après, il voulut recevoir l’ordination (χειροτονία) de la prêtrise à Alexandrie et être chargé de l’économat d’une église, et il poussa beaucoup de personnes du palais (παλάτιον) à insister par écrit à ce sujet auprès d’Athanase,qui reçut le patriarcat après Pierre.
Mais le peuple gardait un souvenir sympathique de Pierreet détestait avec raison Néphalios, qui avait été la cause d’une multitude de troubles; il criait dans son angoisse que c’était un démon qui avait besoin d’être enchaîné, et il affirmait qu’il était impossible que son désir audacieux se réalisât.
A la fin, Néphalios osa prendre la défense du concile dont il était auparavant l’accusateur. Il se joignit alors au clergé de Jérusalem et revint au zèle par lequel il avait provoqué de nombreux troubles, quand il avait fait de fréquents voyages auprès de l’empereur, qu’il avait bouleversé complètement l’union tics Églises, et corrompu la paix et l’ordre de son pays.
Dans la suite, il feignit de donner une preuve de sa conversion et dressa des embûches aux héritiers du grand Pierre, à leurs partisans, ainsi qu’à tous ceux qu’il admirait auparavant, lorsqu’il fut venu à Maïouma, où se trouvaient leurs couvents.
Ayant reconnu que le pieux Sévère était invincible dans la science de la crainte de Dieu et qu’il se détournait avec nue égale horreur de toutes les hérésies, principalement de celles d’Apollinaire, de Nestorios et d’Eutychès, ces adversaires de Dieu, il résolut de lui livrer tout un combat (ἀγών).
Mais il ne put pas résister à sa parole invincible, ni à la profondeur de ses pensées ni à la pureté de ses doctrines. Il prononça alors devant l’église un discours contre Sévère et contre les autres dont il avait été le défenseur (σθνήγορος) devant l’empereur.
Dans ce discours, il partageait en deux natures Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est un. Finalement, il chassa ces moines de leurs couvents avec l’aide du clergé des églises, c’est-à-dire avec l’aide de ceux qui avaient toujours été pacifiquement disposés à leur égard, et qui considéraient comme une querelle entre frères le différend qu’ils avaient avec eux.
Aussi, les appelaient-ils orthodoxes (ὀρθόδοξοι) avant le jour où le soulèvement en question se produisit contre eux, de la manière que je l’ai raconté.
Voilà quel fut le motif pour lequel Sévère, cet ami de la philosophie divine et de la tranquillité,[58] vint dans cette ville impériale. Lorsque, en effet, notre pieux empereur apprit ce qui s’était passé, il avait été mis au courant des faits par le gouverneur du pays, — comme il connaissait de par le passé l’humeur perturbatrice de Néphalios et les vertus de ceux qui avaient été persécutés, il entra dans une juste colère contre lui.
Tout le monde put, par conséquent, connaître la pieuse volonté de l’empereur. Aussi, ceux qui avaient été chassés de leurs couvents envoyèrent-ils le grand Sérère comme député, pour raconter l’injustice qui leur avait été faite.
A son arrivée, il me demanda et demanda aussi Jean, le serviteur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Lorsqu’il eut été renseigné par nous au sujet de ceux qui avaient à cœur l’orthodoxie, il se rendit devant l’empereur; il avait été appuyé par Clementinus qui avait alors l’honneur d’être consul (ὑπατικός) et patrice (πατρίκιος), et par Eupraxios, de glorieuse et pieuse mémoire, qui était l’un des eunuques cubiculaires[59] de l’empereur.
Il raconta en détail tout ce qu’on avait fait contre eux; comment, alors qu’aucune hérésie (αῖρησια) ne pouvait leur être reprochée, mais qu’ils adhéraient complètement aux doctrines de l’Eglise et qu’ils communiaient avec les Pères d’Egypte, ils avaient été chassés de leurs couvents où ils vivaient tranquilles.
Il excita la pitié de l’empereur et des hauts fonctionnaires, lorsque, avec les moines qui l’accompagnaient, il leur eut fait connaître ce qui s’était passé; et il les remplit d’admiration pour sa conduite sage et spirituelle.
Aussi, l’empereur ordonna-t-il immédiatement que le magister d’alors veillât à ce que ceux qui avaient été traités avec iniquité, rentrassent le plus vite possible en possession de leurs couvents.
D’autre part, il écrivit une lettre dogmatique à ceux qui étaient à la tête de ces couvents, dans laquelle il confessait que Notre-Seigneur Jésus-Christ était « hors de deux natures » et dans laquelle il les exhorta à avoir en vue l’union de la sainte Église catholique de Dieu.
Irrités par ces choses, ceux du parti adverse inventèrent que l’admirable Sévère et ses associés avaient d’abord été adonnés aux hérésies de l’impie Eutychès.
Pour réfuter cette calomnie, Sévère composa contre les hérésies d’Eutychès un discours qu’il dédia (προσεφώνησε) à Apion et Paul, de très illustre mémoire, qui étaient patrices. Il envoya également de nombreuses lettres de ce genre à d’autres personnes, dans lesquelles il attaquait Eutychès, Apollinaire et Nestorios.
Ayant appris que des partisans de Nestorios avaient fait des extraits des écrits, inspirés par Dieu, de Cyrille, le grand patriarche d’Alexandrie, et qu’ils s’étaient attachés à établir par des citations forcées, tronquées et détachées de l’ensemble du contexte qu’il adhérait aux doctrines de l’impie Nestorios, il réfuta, quand cet ouvrage lui fut tombé sous la main, la ruse machinée contre les esprits simples.
Il démasqua, en effet, par ce qui précédait et suivait [ces citations], la calomnie qu’on avait osé porter contre cet homme divin, et pour ce motif, intitula ce traité (πραγματεία), Philalèthe. (Φιλαλήθες)
Je passerai sous silence les traités qu’il composa pour beaucoup de personnes du palais impérial, notamment pour l’ami de la science et l’ami du Christ, Eupraxios, dont j’ai fait mention — c’était l’un des eunuques impériaux — lequel l’avait interrogé sur certains points (κεφάλαια) et dogmes (δόγματα) ecclésiastiques, ainsi que sur des questions (ζήτηματα) qui paraissent embarrassantes. Je ne dirai pas comment il réfuta le Testament (διαθήκη) deLampétios, qui engendra l’hérésie des Adelphiens (Ἀδελφιανοί); comment étant allé àNicomédie, il démasqua Isidore, c’est-à-dire Jean, qui avait quitté l’habit monastique et qui erra par là et par les doctrines d’Origène et qui en fit errer beaucoup d’autres; comment,[60]avec l’aide du grand Théodore, l’un des héritiers de l’illustre Pierre l’Ibérien, quand il fut venu dans la suite pour le même motif dans cette ville impériale, c’est-à-dire à cause de l’union à laquelle il s’intéressait et dont Sévère avait commencé à s’occuper ; [puis comment], avec l’aide de Sergios, le saint évêque de Philadelphie de Séleucie,[61] d’Astériosde Κηλένδρης il discuta avec celui-ci; il se fit, en effet, que ceux-ci étaient également venus à Constantinople; — de Marnas, qui était le chef du couvent de saint Romanos; du vénérable Eunomios, l’archimandrite du bienheureux Acace, [comment, dis-je], avec l’aide de ceux-ci, il acquit l’union avec tous les évêques isauriens, confondant ainsi par les faits ceux qui disaient d’eux qu’ils fuyaient la communion de tout évêque de la sainte Église catholique de Dieu, et qui, pour ce motif, leur donnaient le nom mensonger d’Acéphales (Ἀκέφαλοι). — Je ne dirai pas non plus comment, les moines d’Antioche la grande arrivant pour le même motif et se plaisant dans des excommunications terribles et étant un obstacle à l’union de l’Eglise, Sévère et ceux de Palestine, ayant considéré ce qui était possible et ne s’étant écartés en rien de l’exactitude des doctrines, avaient laissé sans excuse les évêques qui ne voulaient pas alors réunir ensemble les membres de la sainte Église catholique de Dieu.
Il éleva, en effet, les convictions (πληροφορία) terre à terre de Flavien, qui fut évêque d’Antioche, vers la sublimité des doctrines, tempéra dans la mesure du possible la violence de ceux qui s’étaient séparés de lui, et pria l’empereur d’ordonner que l’union se fît de cette manière.
Flavien d’Antioche et Elie de Jérusalem, ainsi que certains adversaires de ces choses, ne voulurent pas lui obéir et occasionnèrent de grands troubles à eux-mêmes et au peuple.
Quoi? Faut-il raconter comment il attira à lui les évêques éloquents, les uns en leur écrivant, les autres en leur parlant, de sorte qu’eux aussi l’aidèrent à combattre les doctrines de Nestorios?
J’omettrai cela, et je me bornerai à dire qu’ayant séjourné trois ans ici (= à Constantinople) pour la cause de l’union, il ne s’écarta en rien de la vie monastique, ni de la règle rigoureuse des ascètes, et ne vécut jamais d’une vie sans contrôle, suivant l’ordre du grand Pierre l’Ibérien.
Il vécut pendant tout ce temps, d’abord avec les moines qui l’accompagnaient pour cette affaire, ensuite avec les saints hommes qui étaient montés après lui de Palestine pour le même motif, je veux dire avec Théodore dont j’ai parlé, qui fut appelé le Juste à Béryte, et avec ceux qui l’accompagnaient.
Tous ceux qui connurent cet homme (Théodore) affirmaient qu’il était l’image parfaite de la vertu et de la pureté. Oui, même des personnes de grand conseil et d’âge[62] étudièrent avec lui. C’est, comme je l’ai dit précédemment, l’un de ceux qui avec le saint Jean furent les héritiers de Pierre, ce vase d’élection qui donnèrent l’habit monastique à l’admirable Sévère, le consacrèrent pour la vertu et l’élevèrent à la hauteur de la philosophie divine.
Dans la suite, Pierre, le disciple de Sévère, dont j’ai parlé plus haut, arriva également [ici]. Il venait rappeler Sévère au retour dans son couvent. Tous ceux de nous qui virent alors ce Pierre et apprirent à le connaître, le trouvèrent également orné de toute espèce de vertus, et parfait dans la pratique de la vie monastique et dans la componction. Il était aussi admiré du grand Théodore[63] pour sa chasteté et ses autres vertus.
A la suite de tout cela, lorsque les événements relatif à Macédonios eurent eu lieu, après la lutte et la discussion que Sévère avait engagées avec lui au sujet des dogmes, devant les juges établis par l’empereur, des personnes furent portées à le faire élire comme patriarche.
Beaucoup d’autres se joignirent à elles. Aussi, s’en fallut-il de peu que l’empereur lui-même ne fût de cet avis, si l’envie et la jalousie de certaines gens n’avaient fait échouer ce projet.
Cependant Sévère fut invité plusieurs fois par l’empereur à habiter avec Timothée, — le successeur de Macédonios, un homme admirable de vertu et plein de miséricorde pour les pauvres, — à s’occuper [avec lui] de l’union de l’Église et à gérer avec lui les affaires de l’Église.
Mais il déclina cette invitation, en rappelant son amour de la tranquillité et de la vie monastique et philosophique.
Après en avoir engagé d’autres à embrasser cette même vie, il retourna avec eux dans son couvent.
Il avait rempli dans la mesure du possible la mission pour laquelle il était venu dans cette ville impériale.
Pour lui et pour tous ceux habitant la Palestine, il avait obtenu la tranquillité; et à toute chose, il avait préféré la vie monastique.
Mais, dans la suite, Dieu voulant l’établir patriarche d’Antioche la grande, fit porter sur lui les suffrages (ψήφισμα) de celle-ci, par le choix de tous les moines de l’Orient.
Un grand nombre de ceux-ci avaient eu l’occasion de faire, dans cette ville impériale, l’expérience de sa foi, de son orthodoxie et de ses autres qualités philosophiques, lorsqu’ils y étaient arrivés pour le même motif [que lui].
En outre, avant eux, les moines du couvent deTourgas (?) avaient appris à le connaître.
Chassés de l’un des villages situés auprès d’Apamée, par ordre de Flavien, à cause du zèle dont ils avaient fait preuve contre les doctrines de Nestorios, ils étaient arrivés en Palestine, au nombre d’une centaine.
Ils s’en étaient allés portant chacun sa croix sur ses épaules, et ils avaient été reçus par Sévère et par les héritiers de Pierre, d’Isaïe, de Romanos, de Salomon, d’Acace, ces hommes illustres. — De plus, [Sévère fut encore élu] par le peuple tout entier, qui était déjà dans l’admiration de la belle réputation qu’il s’était acquise par les combats qu’il avait livrés ici pour l’orthodoxie, ainsi que dans le concile tenu en Phénicie, où, sur le désir des évêques orthodoxes, il avait uni ses efforts à ceux du grand Théodore, et les avait fait triompher dans tous les combats (ἀγῶνες).
Notre pieux empereur approuva le choix qu’on avait fait pour le patriarcat. Lorsque Flavien eut été chassé du trône patriarcal, sur la décision générale des évêques de l’Orient, à cause de ses innovations en matière de foi, il ordonna à Sévère de quitter son couvent, de se rendre à Antioche, en vertu de l’accord unanime des évêques et des moines, d’y recevoir le patriarcat et d’obtenir pour tout le monde l’union que Flavien avait rompue en favorisant Macédonios ainsi que tous ceux qui partagent les idées de Nestorios et veulent introduire dans l’Eglise les doctrines de Diodore et de Théodore.
De cette espèce étaient également ceux qui en Perse soulevaient de nouveau des controverses de ce genre, et à cause desquels les orthodoxes de ce pays avaient envoyé de fréquentes ambassades à notre empereur, pour prier nos évêques de faire connaître leurs avis sur ces choses, notamment sur ce fait y a. que chez eux Barçauma s’était non seulement efforcé de leur faire adopter les doctrines hérétiques en question, mais avait encore corrompu les canons (κανόνες) de l’Église. Pour plaire au roi des Perses, irrité du grand nombre des chrétiens qui s’étaient abstenus du mariage, il avait osé leur imposer des lois contraires, qui obligeaient tout évêque, tout clerc (κληρικός) tout moine, et, d’une façon générale, tous les chrétiens à s’unir à une femme par le mariage et à habiter avec elle.
A cette époque, Acace,qui était patriarche de cette ville impériale, après avoir censuré Barçauma, l’avait dépouillé à cause des doctrines de Nestorios et de Théodore — le serpent siffle encore; — quant à ses canons (κανόνες), il les avait condamnés comme ne concordant nullement avec la tradition apostolique.
Notre pieux empereur voulut faire disparaître les innovations que les Nestoriens avaient machinées contre l’Hénotique (Ἑνωτικόν) de Zénon, de pieuse fin. Macédonios avait, en effet, également voulu commencer dans la suite une tentative de ce genre : après avoir promis, à l’époque de son ordination (χειροτονία) de recevoir l’Hénotique et de communier avec tous les évêques.
Il avait méprisé plus tard la vertu de cet écrit et refusé l’union avec les Egyptiens. Après un certain temps, Flavien avait manifesté la même volonté par ses actes.
Il avait mis le trouble parmi tous les moines de l’Orient, en y persécutant un grand nombre de ceux qui étaient attachés à la philosophie divine, qui se réjouissaient des travaux et des fatigues de la vie ascétique, qui anathématisaient également les hérésies de Nestorios,d’Eutychès, celle d’Apollinaire, cet ennemi de Dieu, ainsi que toute autre mauvaise doctrine qui s’est dressée contre la sainte Eglise catholique de Dieu.
Ne voulant pas s’écarter de la vertu de l’Hénotique et désirant réprimer les innovations et les persécutions, l’empereur ratifia l’élection du grand Sévère, comme je l’ai dit plus haut, et le reconnut digne de recevoir le patriarcal
Aussitôt que je l’appris, je rappelai à Sévère par lettre la prophétie que le bienheureux Ménas avait faite à son sujet. Je lui disais que sa nomination était d’ordre divin et qu’il ne devait pas la décliner.
C’était Dieu qui, en réalisant la prophétie faite à son sujet, l’avait fait monter sur le trône patriarcal, tandis que toute la ville le considérait comme un second Pierre.
Il accepta donc le patriarcat, ainsi que l’union de tous les évêques orientaux, des clercs (κλεροκοί), des moines et des peuples. Il rétablit aussitôt l’union avec les Égyptiens que son prédécesseur avait rompue dans le but d’altérer la concorde de l’Église.
Épiphane seulement, évêque de Tyr, en raison de son amour pour Flavien dont il est le frère, refusa complètement d’adhérer à l’union, de même que Julien de Bostra.
Ceux-ci abandonnèrent alors les villes dont ils étaient évêques, sans que personne les y forçât.
Cet homme de Dieu (Sévère) aurait aussi fait l’union avec tous les autres [évêques]. — Il leur envoya, en effet, des lettres synodales, — s’il n’en avait été empêché par l’envie des démons et la jalousie des personnes qui ne se réjouissent nullement de la paix des Églises, ainsi que par l’agitation qui se produisit dans cette ville impériale à cause de l’hymne du Trisagion.
Cette hymne était en usage en Orient avec l’addition « Toi qui as été crucifié pour nous, aie pitié de nous », et il avait plu à certaines personnes de la chanter également ici de cette manière.
Mais elles coururent de grands dangers (κίνδυνοι), lors des troubles que provoquèrent chez les simples les partisans de Nestorios, qui préparaient cette hymne pour Rome (?).
Voilà comment l’union fut empêchée.
Sévère, au moment où il monta sur le trône patriarcal, prononça sa première homélie dans l’Église de Dieu.
Il y foula aux pieds toutes les hérésies.
Aussi, tout le monde admirait-il son orthodoxie ses citations de l’Écriture, la clarté de sa parole, et le considérait-il, en vérité, comme un second Jean.
Voici que j’ai raconté, mon ami, quelle a été la vie du grand Sévère jusqu’à son patriarcat.
Laissant l’histoire des autres faits à la ville qui l’a accueilli, à ceux qui ont été dirigés par lui, qui ont profité de son enseignement apostolique et qui ont fait l’expérience de sa vie et de ses travaux ascétiques, je terminerai ce récit que j’ai composé, sur ton invitation, pour la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur, Jésus-Christ, qui est l’objet, le commencement et fin de toute crainte de Dieu et de toute histoire vraie.
Fin de l’histoire de la vie de saint Mar Sévère, antérieurement à son épiscopat (ἐπισκοπή), par Zacharie le Scholastique (σχολαστικός).
(Source:http://remacle.org/bloodwolf/eglise/zacharie/severe.htm)
[1] C.-à-d. : Asklépiodotos d’Alexandrie demande en mariage la fille d’Asklépiodotos d’Aphrodisias.
[2][2] L’épithète γεόλογος est donnée à saint Jean l’Évangéliste et à Grégoire de Nazianze.
[3] Le popanon est une sorte de galette que l’on offrait dans les sacrifices. On peut aussi supposer que le mot syriaque représente le mot grec mais cette lecture me paraît moins satisfaisante.
[4] καίειν πυρί.
[5] Mot à mot : « en matière (ὕλη) de marbre »
[6] ἀρχίερευς.
[7] οἶκος.
[8] ἀρχιεπίσκοπος ; ἐπίσκοπος est dans le texte.
[9] Le texte de cette phrase est peu clair.
[10] Constantinople ou Rome, ici Constantinople.
[11] Mot à mot : « grammairien (γραμματικός) de la science de la langue des Romains (Ῥωμαῖοι). »
[12] « Après » ?
[13] « Pour me dire la vérité » ?
[14] Le texte de la dernière partie de cette phrase est obscur, et a embarrassé le Syrien qui a annoté cette Vie.
[15] Mot à mot : « auditeur. »
[16] Passage un peu obscur, que nous avons traduit assez librement.
[17] Mot à mot : « une nourrice. »
[18] Passage obscur.
[19] Tout ce passage est obscur : le texte semble corrompu.
[20] Le texte de ce passage n’est pas très clair.
[21] Proprement : « élisaient tous ceux qui le fréquentaient préfets, etc. »
[22] Le ms. semble présenter une lacune ici.
[23] Mot à mot : « un mâle. »
[24] Mot à mot : « une femelle. »
[25] Littéralement « parce qu’elle avait la dignité de la vieillesse ».
[26] πόρνοι « des mignons »?
[27] Passage difficile.
[28] Peut-être vaut-il mieux traduire cette phrase comme suit : « sans cette mesure, nous aurions été mis dans quelque mauvais cas. Ce ne fut pas sans difficulté que nous assurâmes la fuite et le salut à Léontios lorsqu’il eut été pris etc. »
[29] Littéralement « contre ceux qu’ont engendrés ceux qui ont été engendrés par eux. »
[30] Μot à mot : « une sentence de victoire. »
[31] Le sujet des deux derniers verbes n’est pas exprimé dans le texte qui présente probablement une lacune à cet endroit.
[32] Μot à mot : « divination par les morts. »
[33] Le verbe de cette phrase a été omis par le copiste.
[34] Le scribe semble avoir oublié quelques mots devant cette phrase.
[35] Passage obscur ; pour le mot « science » que nous avons suppléé.
[36] Mot à mot : « de la ville de Gaza au bord de la mer. »
[37] Proprement : « il me rétorqua ma demande. »
[38] Proprement : « la science. »
[39] Ce passage n’est pas très clair. Peut-être vaut-il mieux traduire : « Je fus ensuite instruit par Grégoire, etc., en lisant leurs homélies catéchétiques, leurs théories divines et leurs symboles du baptême ».
[40] Mot à mot : « pendant les autres jours », les jours autres que le samedi après-midi et le dimanche.
[41] Ce passage n’est pas très clair.
[42] Zacharie reprend et achève ici la phrase commencée au paragraphe précédent.
[43] « et je disais qu’ils (les parents) m’abandonneraient »?
[44] Dans le sens de : « inexpérimenté, irréfléchi », c’est-à-dire dans le sens du mot français « enfant. »
[45] Le texte de cette phrase nous semble corrompu.
[46] Les explications contenues dans les commentaires des lois?
[47] Tout ce passage n’est pas très clair.
[48] Peut-être est-il préférable de traduire ici et plus bas « Évagrios et ses compagnons ».
[49] Mot à mot : « sueurs. »
[50] Mot à mot : « tous les jours. »
[51] Proprement : « corporel. »
[52] Mot à mot : « disaient les réponses les uns aux autres ».
[53] C’est-à-dire : « ascétiques ».
[54] Constantinople.
[55] Proprement : « sueurs ».
[56] Le sens de cette phrase ne nous apparaît pas clairement
[57] Ce passage n’est pas très clair.
[58] ἡσυχία = vie contemplative
[59] Mot à mot : « des chambres impériales ».
[60] La suite de ce passage manque de clarté.
[61] C’est-à-dire du diocèse ayant Séleucie pour métropole (diocèse d’Isaurie).
[62] « De la grande Boulé et du sénat »?
[63] Peut-être est-il préférable de traduire ici « Théodore et ses compagnons ».