L'APOSTOLAT LE PLUS NÉCESSAIRE… (1/3)
Introduction
Le devoir de l'apostolat s'impose à tout chrétien comme une exigence de son baptême. Mais les formes diverses d'activité apostolique ne sont pas pour tous. Un genre particulier d'apostolat convient à l'un et pas à l'autre.
Mais il est un apostolat dont ne peut se dispenser aucun chrétien: c'est l'apostolat du bon exemple. Qu'il le veuille ou non, qu'il y pense ou non, le chrétien, par toute sa vie, est toujours un exemple en bien ou en mal.
LE BON EXEMPLE: voilà un apostolat auquel nous pensons rarement peut-être, et pourtant, tous sont tenus de l'exercer.
Cette nécessité ressort de l'enseignement de Nôtre Seigneur, de saint Pierre et de saint Paul. C'est la meilleure des prédications et la plus nécessaire pour l'extension du règne de Dieu dans le monde. C'est de tous les genres d'apostolat, le plus général, le plus permanent, le plus efficace. Il aura d'autant plus d'influence qu'il sera transcendant et héroïque.
Enfin, la charité fraternelle sera le point principal sur lequel devront porter nos efforts de chrétien dans l'exercice de cet apostolat.
I — SA NÉCESSITÉ
Cette nécessité du bon exemple est fondée sur l'enseignement des Saintes Ecritures. Ouvrons l'évangile et les épîtres des Apôtres. Nous y verrons exprimé et formulé presque à chaque page ce grand précepte de l'apostolat par le bon exemple.
1 — NOTRE-SEIGNEUR
Dans le Sermon sur la montagne, le divin Maître appelle ses apôtres "le sel de la terre" et "la lumière du monde". Et cette recommandation, il la fait à tous ses disciples. "Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne peut être cachée quand elle est située sur une montagne. Et on n'allume point une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur un chandelier, afin qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu'ainsi donc, ajoute le Maître, luise votre lumière devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les deux" (Matt. V, 14-17).
Nôtre Seigneur tient tellement à ce que le chrétien donne le bon exemple qu'il a prononcé des paroles terribles contre ceux qui, au lieu d'édifier, scandalisent le prochain : "Malheur au monde à cause de ses scandales! Il est nécessaire qu'il y ait des scandales; mais malheur à celui par qui le scandale arrive. Mieux vaudrait pour lui avoir une meule d'âne suspendue au cou et être précipité au fond de la mer" (Matt. XVIII, 6-7). Le divin Maître a rarement fulminé des anathèmes aussi terribles. Si Jésus condamne à ce point le scandale, c'est qu'il veut voir chez tous ses disciples, des âmes qui, par toute leur conduite, soient des sujets d'édification.
2 — SAINT PIERRE
Lorsqu'on accusait les premiers chrétiens de crimes dont ils n'étaient aucunement coupables, le chef des apôtres leur conseillait de n'opposer à toutes ces calomnies qu'une conduite sainte, innocente et irréprochable. Il leur disait qu'il n'en fallait pas davantage pour désarmer leurs plus ardents persécuteurs; que la bonne vie est la meilleure des apologies; et que lorsqu'il plairait à Dieu de visiter par sa miséricorde ces ennemis de la religion, il les attirerait à lui par l'exemple des vertus de ses disciples: "Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière sainte; afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu au jour de sa visite" (I Pierre, II, 12).
3 —SAINT PAUL
A la suite de son Maître, saint Paul recommande souvent à ses deux disciples, Tite et Timothée, ce devoir du bon exemple.
A Tite, il demande de joindre l'exemple à l'enseignement. "En toutes choses, montre-toi un modèle de bonnes œuvres" (Tite, II, 7).
A Timothée, il indique les moyens de gagner la confiance des fidèles et d'assurer ainsi la fécondité de son ministère. Ce moyen, c'est le bon exemple: "Sois un modèle des fidèles dans les paroles, dans la conduite, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté" (I Tim., IV, 12).
Lui-même, le grand Apôtre, s'écrie : "Ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le" (Philipp., IV, 9). Ce n'est qu'en donnant l'exemple d'une vie sainte qu'il deviendra "un ouvrier qui n'a point à rougir" (II Tim., II, 15), c'est-à-dire un prédicateur qui ne contredit pas dans sa conduite ce qu'il enseigne.
Paul ne cesse de recommander ce devoir à ses premiers chrétiens.
Aux Philippiens: "En tout, agissez sans murmure et sans hésitation, afin, d'être irrépréhensibles et purs, des enfants de Dieu sans reproche au milieu d'une société perverse et dépravée, au sein de laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde; vous êtes porteurs de la parole de vie" (Philipp., II, 14-15).
Aux Romains: "Recherchons ce qui contribue à la paix, et observons les uns à l'égard des autres ce qui peut contribuer à notre édification mutuelle" (Rom., XIV, 19).
Après avoir conseillé de ne pas rechercher nos intérêts personnels, mais ceux des autres, il nous exhorte à leur procurer les biens spirituels et à contribuer ainsi à leur édification: "Que chacun de vous plaise à son prochain en ce qui est bien pour l'édification" (Rom., XV, 2). Faisant écho à la parole de son Maître, il dit: "Ayez soin de faire le bien non seulement devant Dieu, mais aussi devant les hommes" (Rom., XII, 17).
Il demande à ses Corinthiens d'apprécier les dons divins et les charismes en vue du bien mutuel de la société: "Que tout se fasse pour l'édification" (I Cor., XIV, 26).
Il insiste tellement sur ce devoir que, s'ils n'y sont pas fidèles, saint Paul ne pourra se glorifier de leur salut: "il aura couru et travaillé en vain" (Philipp., II, 14-15).
(A suivre)
SOMMAIRE
Introduction: Tout chrétien doit être apôtre. S'il existe une grande variété de formes d'apostolat, il est un genre d'apostolat dont personne ne peut se dispenser, c'est celui du bon exemple.
I — Nécessité du bon exemple
1 - Enseignement de Nôtre Seigneur
2 - saint Pierre
3 - saint Paul
II — Excellence de l'apostolat du bon exemple
1 - c'est l'apostolat le plus général
2 - le plus permanent
3 - le plus efficace
III — En quoi faut-il surtout donner l'exemple?
La charité fraternelle.
Il n’y aurait plus de païens, si nous nous comportions en vrais chrétiens. (St-Jean Chryssosome)
[Extrait de CHRÉTIEN ET APÔTRE (1964) Directeur et rédacteur: André Bilodeau, o.m.i.]
Le Serviteur n'est pas plus grand que son maître (St Cyprien)
Par Saint Cyprien (v. 200-258), évêque de Carthage et martyr

La volonté de Dieu, c'est ce que le Christ a fait et enseigné :
l'humilité dans la conduite, la fermeté dans la foi, la retenue dans les paroles, la justice dans les actions, la miséricorde dans les œuvres, la rectitude dans les mœurs ; être incapable de faire du mal, mais pouvoir le tolérer quand on en est victime ; garder la paix avec les frères ; chérir le Seigneur de tout son cœur ; aimer en lui le Père et craindre Dieu ; ne préférer absolument rien au Christ, car lui-même ne nous a rien préféré ; s'attacher inébranlablement à son amour ; se tenir à sa croix avec force et confiance ; quand il faut lutter pour son nom et son honneur, montrer de la constance dans notre confession de foi ; montrer, sous la torture, cette confiance qui soutient notre combat et, dans la mort, cette persévérance qui nous obtient la couronne.
C'est cela, vouloir être héritier avec le Christ.
C'est cela, obéir au précepte de Dieu.
C'est cela, accomplir la volonté du Père.
==============================
Saints Simon et Jude, Apôtres (1er siècle)
Saint Vincent et Sainte Christelle, martyrs (+305)
Je chante (St Augustin)
« Voici que je chante », diras-tu.
Tu chantes, oui tu chantes, je l'entends. Mais prends garde que ta vie ne porte témoignage contre ta langue.
Chantez de la voix, chantez par le cœur, chantez par votre bouche, chantez par votre conduite, « chantez au Seigneur un chant nouveau ».
Vous vous demandez ce que vous chanterez pour celui que vous aimez, et vous cherchez quelles louanges lui chanter. « Sa louange est dans l'assemblée des saints. » (Ps 149,1)
La louange à chanter, c'est le chantre lui-même. Vous voulez chanter des louanges à Dieu ?
Soyez vous-mêmes ce que vous chantez. Vous êtes sa louange si vous vivez bien.
(Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
Sermon 34 ; CCL 41, 423-426.)
Trois amours, deux commandements (St Augustin)
Par Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église .
Sermon inédit sur la lettre de saint Jacques

Dieu ne te demande pas beaucoup de choses, car à elle seule la charité accomplit toute la Loi (Rm 13,10).
Mais cet amour est double : amour envers Dieu et envers le prochain...
Quand Dieu te dit d'aimer ton prochain, il ne te dit pas : aime-le de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit ; mais il te dit :
-aime ton prochain comme toi-même.
Aime donc Dieu de tout toi-même, parce qu'il est plus grand que toi ; aime ton prochain comme toi-même, parce qu'il est ce que tu es...
Il y a donc trois objets de notre amour ; pourquoi n'y a-t-il que deux commandements ?
Je vais te le dire :
-Dieu n'a pas jugé nécessaire de t'engager à t'aimer toi-même puisqu'il n'y a personne qui ne s'aime pas soi-même.
Mais beaucoup de gens se perdent parce qu'ils s'aiment mal.
En te disant d'aimer Dieu de tout toi-même, Dieu t'a donné la règle selon laquelle tu dois t'aimer.
Sans doute, tu veux t'aimer ?
Alors, aime Dieu de tout toi-même.
C'est en lui, en effet, que tu te trouveras, en évitant de te perdre en toi...
Ainsi donc, la règle selon laquelle tu as à t'aimer t'est donnée :
-aime celui qui est plus grand que toi, et tu t'aimeras toi-même.
Christ Roi: "Mon Royaume ne vient pas de ce monde" (St Augustin)
Par Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église .Homélies sur Saint Jean, 115

Écoutez tous, juifs et gentils ; écoutez, tous les royaumes de la terre !
Je n'empêche pas votre domination sur ce monde, « mon Royaume n'est pas de ce monde » (Jn 18,36).
Ne craignez donc pas de cette crainte insensée qui a saisi Hérode quand on lui a annoncé ma naissance.
Non, dit le Sauveur, « mon Royaume n'est pas de ce monde ».
Venez tous à un Royaume qui n'est pas de ce monde ; venez-y par la foi ; que la crainte ne vous rende pas cruels.
Il est vrai que, dans une prophétie, le Fils de Dieu dit en parlant du Père :-« Par lui, j'ai été établi roi sur Sion, sur sa montagne sainte » (Ps 2,6).
Mais cette Sion et cette montagne ne sont pas de ce monde.
Qu'est-ce en effet que son Royaume ?
Ce sont ceux qui croient en lui, ceux à qui il dit :
« Vous n'êtes pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde » (cf Jn 17,16). Et pourtant, il veut qu'ils soient dans le monde ; il prie son Père :
-« Je ne te demande pas de les retirer du monde mais de les garder du mal » (Jn 17,15).
Car il n'a pas dit : « Mon Royaume n'est pas dans ce monde » mais bien :
-« Il n'est pas de ce monde ; s'il était de ce monde, mes serviteurs viendraient combattre pour que je ne sois pas livré ».
En effet, son Royaume est vraiment ici sur terre jusqu'à la fin du monde ; jusqu'à la moisson l'ivraie est mêlée au bon grain (Mt 13,24s).
Son Royaume n'est pas d'ici car il est comme un voyageur dans ce monde. A ceux sur qui il règne, il dit :
-« Vous n'êtes pas du monde, car je vous ai choisis du milieu du monde » (Jn 15,19).
Ils étaient donc de ce monde, quand ils n'étaient pas encore son Royaume et qu'ils appartenaient au prince de ce monde (Jn 12,3).
Tous ceux qui sont engendrés de la race d'Adam pécheur appartiennent à ce monde ; tous ceux qui ont été régénérés en Jésus Christ appartiennent à son Royaume et ne sont plus de ce monde.
« Dieu nous a en effet arrachés à la puissance des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé. » (Col 1,13)
=====================
Spiritualité Orientale et Occidentale:Compatibilité ou incompatibilité ? (Père Lev Gillet)
COMPATIBILITE OU INCOMPATIBILITE ENTRE LA SPIRITUALTE ORIENTALE ET OCCIDENTALE ?

Si nous devions mettre en évidence, l'autorité de certains Pères (comme Dom C. Butler qui, dans son Mysticisme Occidental, avait choisi saint Augustin, saint Grégoire le Grand et saint Bernard , la tradition de l'Église d'Orient choisirait les trois Évêques que nos textes liturgiques appellent « les saints pontifes et docteurs oecuméniques » : saint Jean Chrysostome qui n'avait pas de théologie personnelle, mais simplement une théologie des fidèles, ou, en d'autres termes la théologie de l'Église elle-même ; saint Basile le Grand, dont les règles monastiques ont servi de guide sur à la vie spirituelle de millions d'hommes ; et saint Grégoire de Nazianze, appelé à juste titre le « théologien » et dont Rufin d"Aquilée a écrit : « Être en désaccord avec la foi de Grégoire est signe manifeste d'erreur dans la foi»
C'est grâce à de tels Maîtres et Pères dans le Christ, et non grâce à des philosophes et romanciers modernes, même du génie religieux de Khomiakov, Dostoïevski et Berdiaev, ni grâce aux pères spirituels de l'Athos ou d'Optina, dont les vues restent des opinions particulières, que nous découvrirons ex autoritate la voie orthodoxe vers la sainteté.
Ces Maîtres sont communs à l'Orient et à l'Occident, néanmoins leur influence se fit davantage sentir en Orient.
On ne saurait assez le répéter : il n'y a pas de « béance » entre le Christianisme d'Orient et celui d'Occident. Les principes fondamentaux de la spiritualité chrétienne restent les mêmes à l'Est et à l'Ouest. Les méthodes aussi.
Les différences ne portent pas sur les points essentiels.
En gros, disons qu'il y a une spiritualité chrétienne avec ici ou là des accentuations différentes.
On retrouve à l'Est tout l'enseignement des Pères Latins, comme on retrouve à l'Ouest tout l'enseignement des Pères Grecs. Rome a donné saint Jérôme à la Palestine. L'Est a donné Cassien à l'Occident et a une vénération toute particulière pour ce Romain par excellence que fut le pape Saint Grégoire le Grand (notre Grégoire Diálogos).
Saint Basile aurait reconnu un frère et un héritier en saint Benoît de Nursie. Sainte Macrine aurait trouvé une soeur en sainte Scolastique. Saint Alexis, « l'homme de Dieu », le « pauvre sous l'escalier », a eu pour successeur ce mendiant errant que fut saint Benoit Labre. Saint Nicolas se serait senti très proche de la charité ardente d'un saint François d'Assise ou d'un saint Vincent de Paul. Saint Séraphim de Sarov aurait vu le désert fleurir sous les pieds du Père Charles de Foucault, et n'aurait-il pas appelé sainte Thérèse de Lisieux « Ma Joie » ?
L'Église d'Orient prend aussi en considération les accomplissements de Chrétiens « évangéliques ». Elle reconnaît et honore tout le côté profondément chrétien — et par là même orthodoxe — d'hommes comme George Fox, Nicholas Zinzendorf, John Wesley, William Booth, le Sadhu Sundar Singh, pour n'en citer que quelques-uns.
Mentionnons également saint Tikhon de Zadonsk, l'un des plus grands « ascète »et mystiques de l'Église Orthodoxe, tout à fait familier avec la Scolastique latine, qui citait saint Augustin et semblait avoir lu l'Anglican Joseph Hall, évêque de Norwich, aussi bien queJohann Arndt, le pietiste allemand.
Une vie spirituelle authentique et intense est la voie la plus directe et la plus sûre vers une réunion.
(Père Lev Gillet
Spiritualité orthodoxe)
Saint Evariste,qui est-il ?
Vers la prière pure...
VERS LA PRIERE PURE...
Lorsque tu veux te recueillir en solitude pour la prière, laisse de côté tous ce que tu faisais ou que tu avais l’intention de faire.
Ne cherche pas à prier avec des mots, à moins de t’y sentir porté ; ou si tu pries avec des mots, ne leur prête pas d’attention, ni s’ils sont peu nombreux ou beaucoup, ni leur sens.
Ne te mets pas en peine de la nature des prières, car il n’importe qu’elles soient des prières liturgiques ou non, des psaumes, des hymnes ou des antiennes ; qu’elles soient des prières d’intention générale ou particulière ; des prières intérieures, exprimées en pensée, ou des prières vocales exprimées par les paroles.
Veille seulement à ce qu’il n’y ait rien qui occupe ton esprit sauf une seule intention, un simple regard fixé sur Dieu, sans que vienne s’y mêler aucune pensée particulière sur lui, ce qu’il est en lui-même, ou ses œuvres.
Retiens seulement la conscience nue qu’il est ce qu’il est. Oui, qu’il soit tel qu’il est : ne le conçois pas autrement, je t’en prie. Ne cherche rien de plus à son sujet, mais fixe-toi en cette foi comme sur le roc.
Ce regard fixé vers Dieu, dépourvu d’idées et ancré consciemment dans la foi, laissera ton esprit et tes sentiments dans un vide, sauf une pensée dépouillée et un sentiment obscur de ton propre être. Ce sera comme si tout ton désir criais vers Dieu et tu lui disais :
Ce que je suis, ô Seigneur, je te l’offre,
sans m’arrêter à aucune des qualités de ton être,
mais en affirmant seulement
que tu es ce que tu es, et rien de plus !
Que pour toi cette paisible obscurité soit tout ton esprit et comme un miroir. Car je veux que ton idée de toi-même soit aussi nue et simple que ton idée de Dieu, afin de devenir un avec lui en esprit, sans dispersion ni distraction.
Il est ton être et c’est en lui que tu es ce que tu es, non seulement parce qu’il est la cause et l’être de tout ce qui existe, mais parce qu’il est ta cause et ton être.
Donc dans cette œuvre contemplative, pense à Dieu comme tu penses à toi-même : qu’il est comme il est, que tu es comme tu es. Ainsi, ta pensée ne sera pas dispersée ni divisée, mais unifiée en celui qui est tout.
En même temps, garde en esprit la distinction entre lui et toi : il est ton être mais tu n’es pas le sien.
Tout existe en lui comme source et être et il est en tout comme cause et être. Cependant demeure une distinction fondamentale : lui seul est sa propre cause et son être. […]
Puisque cela est la vérité, que la grâce unit ton esprit et tes sentiments à lui, alors que tu t’efforces de rejeter toutes recherches subtiles sur les qualités de ton être aveugle et du sien.
Que ta pensée soit tout-à-fait nue et tes impressions intègres et toi-même tout simplement comme tu es, alors, le toucher de la grâce te nourrira de la connaissance expérientielle de Dieu tel qu’il est.
Mais en cette vie ce sera toujours dans l’obscurité et d’une manière partielle, si bien que ton désir languissant ne cessera jamais de s’aviver.
Alors lève les yeux dans la joie et dis à ton Seigneur, en mots ou en désir :
Ce que je suis, Seigneur, je te l’offre ;
car tu es éminemment ce que je suis.
Et n’avance plus, mais repose-toi en cette conscience,
pure et simple, que tu es tel que tu es.
Épître de la direction intime. Traduit de l’anglais.
Texte complet dans Alain Sainte-Marie,
La quête de la sagesse, Seuil (Sa 199), 2004.
L’Épître de la direction intime est attribuée au même auteur anglais anonyme du XIVe siècle que Le nuage de l’inconnaissance. Ces écrits mystiques, fortement influencés par le mystérieux Denys l’Aréopagite, le « Pseudo-Denys », se situent dans la tradition de la théologie apophatique, qui affirme que de l’essence divine il n’est possible d’avancer que des propos négatifs : « Dieu n’est pas ceci ou cela ».
Des traductions latines de La théologie mystique du Pseudo-Denys – très court texte qui exprime dans un langage dense et sublime l’essence de l’apophatisme chrétien –, circulaient largement en Occident au Moyen-Âge.
La théologie apophatique doit être complétée par la théologie cataphatique (positive) : par ses énergies divines, qui sont Dieu lui-même, Dieu se révèle dans sa création et il est possible de parler de Dieu en termes positifs : « Dieu est Lumière » ; « Dieu est Amour » (1 Jn 1, 5 ; 4, 8).
Le court extrait de l’Épître de la direction intime ci-dessus tire les conclusions pour la vie de prière de la théologie apophatique, dont on trouve déjà des échos chez Évagre le Pontique au IVe siècle. Nous sommes à la porte de la prière contemplative pure – mais ce n’est pas la seule porte.
===========================

/http%3A%2F%2Fmedia.evangelizo.org%2Fimages%2Fdivers%2FStsSimon-Jude.jpg)
/http%3A%2F%2Fmedia.evangelizo.org%2Fimages%2Fdivers%2FBasilica_de_los_Santos_Hermanos_Martires_Vicente_Sabina_y_Cristeta.jpg)
/http%3A%2F%2Fmedia.evangelizo.org%2Fimages%2Fsantibeati%2FE%2FSant_Evaristo_Papa_e_martire%2FSant_Evaristo_A.jpg)