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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 09:47
Rabbin Sacks :
icono enc familias
« La famille est l’institution la plus
humanisante de l’Histoire »

L’ancien Grand Rabbin de Grande-Bretagne a retracé pour le colloque Humanum

l’évolution de l’idée d’amour dans la transmission de la vie au fil de l’Histoire.

À l’occasion du colloque international Humanum, sur la « Complémentarité entre

l’homme et la femme », le rabbin Lord Jonathan Sacks a offert aux participants

réunis au Vatican une perspective juive des notions de mariage et de famille.

À l’instar du christianisme, le judaïsme enseigne que nous ne sommes que

moitié (contrairement à d’autres civilisations qui considèrent que nous ne

sommes rien ou que nous sommes tout), une moitié qui doit s’ouvrir à un

autre afin de devenir entière.


À l’époque biblique, chaque juif devait remettre une moitié de shekel au Temple

afin de ne jamais perdre de vue cette condition. C’est l’aboutissement de tout ce

qui constitue l’institution de la famille, et par ce biais l’idée d’amour comme vecteur

de la création de la vie. Le rabbin Sacks identifie sept étapes clés vers cet

aboutissement, qu’il livre sous forme d’excursus.
 
La naissance de la reproduction sexuelle, il y a de cela 385 millions d’années,

est le point de départ de ce qui constitue notre actuelle civilisation judéo-chrétienne.

Avant cela, toute forme de vie ne se propageait que de manière asexuelle, par

division cellulaire ou bourgeonnement par exemple.
Toujours d’un point de vue biologique, Sacks évoque l’évolution physique de l’Homo

sapiens, qui doit composer avec un cerveau et une tête de plus grande taille, impliquant

des naissances plus prématurées que chez les autres espèces, et de ce fait un besoin

prolongé de protection parentale pour le nourrisson. « Cela a rendu le rôle de

l’éducation parentale plus contraignant que pour les autres espèces, requérant le

travail de deux personnes plutôt que d’une »,remarque-t-il.
 
Plus tard, l’avènement de la monogamie marquera une étape fondamentale de l’histoire

de nos civilisations, en cela qu’elle établit une égalité nouvelle entre les individus.

En effet, le fait pour des hommes - généralement les plus puissants - de posséder

plusieurs épouses prive d’autres hommes d’une même société de la possibilité d’avoir

un jour une épouse et un enfant. Or comme le souligne le rabbin, la Genèse accorde

le droit à tout individu, indifféremment de sa classe, de sa couleur de peau et de sa

culture, de se marier et de transmettre la vie. « C’est pour cette raison que, peu

importe la façon dont on lit l’histoire d’Adam et Eve […] la norme présupposée par

cette histoire se trouve être : une femme, un homme. Ou comme la Bible le dit

elle-même : ‘C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa

femme, et les deux deviendront une seule chair’ »,rappelle-t-il.

De cela découle le quatrième grand changement historique, celui de la transformation

de la vie morale, avec l’idée biblique que « l’amour, et non pas l’équité, est le principe

conducteur de la vie morale ». La moralité devient dès lors « l’amour entre un mari et

sa femme, entre un parent et son enfant, étendu à l’extérieur du monde ».
 
C’est dans le cinquième développement que réside la partie essentielle de la pratique

juive, le concept d’alliance, qui unit Dieu à l’humanité, et plus spécifiquement aux

descendants de prophètes comme Noé ou Abraham. Elle repose sur le respect, la

fidélité, la loyauté et la constance. L’ancien Grand Rabbin de Grande-Bretagne et du

Commonwealth explique en outre que l’alliance a permis de comprendre une chose

que l’on retrouve chez presque tous les prophètes : « la relation entre nous et Dieu,

en terme de relation entre deux fiancés, entre une femme et son mari. L’amour

devient ainsi non plus seulement la base de la moralité, mais également de la

théologie. Dans le judaïsme, la foi est un mariage ».
 
Au sujet de la complémentarité, Sacks rapporte que le prophète Malachie considérait

les hommes prêtres comme les gardiens de la loi de la vérité, de même que le Livre

des Proverbes évoque

« la loi de la gentillesse aimante » sur la langue de la femme de valeur.

C’est cette complémentarité qui trace les contours de la vie spirituelle, par la

combinaison masculine et féminine « de la vérité et de l’amour, de la justice

et de la miséricorde, de la loi et du pardon ».


Enfin, c’est sur la place cruciale qu’occupent le foyer et la famille dans la foi juive- ses

principaux remparts face à l’adversité depuis des siècles- que celui-ci a conclu son

discours, citant la figure d’Abraham, qui n’a pas été choisi pour accomplir des miracles

ou diriger un empire, mais bien pour être un parent.


Néanmoins, à la lumière de ces évolutions, le rabbin Sacks s’inquiète de l’actuel virage

civilisationnel qui semble s’être amorcé : « Pour tout un tas de raisons, dont certaines

ont à voir avec les progrès de la médecine comme le contrôle des naissances, la

fécondation in vitro et autres interventions génétiques, tandis que d’autres concernent

des changements d’ordre moral, tels que l’idée que nous sommes libres de faire tout

ce que nous désirons tant que cela ne nuit pas à autrui, d’autres encore ont à voir

avec le transfert de responsabilités de l’individu à l’Etat, ainsi qu’avec des

changements plus profonds opérés dans la culture occidentale, presque tout ce que

le mariage avait apporté a désormais été laissé de côté. Le sexe a divorcé du mariage, l’amour de l’engament, le mariage de l’enfantement, et l’enfantement de la responsabilité de leur éducation ».

A cet égard, Shacks préconise à chacun de continuer à prôner« l’institution la plus

humanisante de l’histoire » : « La famille, l’homme, la femme et l’enfant, n’est pas un

style de vie parmi d’autres. C’est l’unique moyen que nous ayons découvert pour

éduquer les générations futures et permettre aux enfants de grandir dans une matrice

de stabilité et d’amour […] Pour toute société, la famille est le creuset du futur [de la

civilisation], et dans l’intérêt du futur de nos enfants, nous devons être ses

défenseurs ».

sources: Aleteia

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 20:51

TU ES NE POUR LE BONHEUR... (5/16)

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DÉRÈGLEMENTS CATASTROPHIQUES DE LA NATURE HUMAINE

CHAPITRE I   RÈGNE DE LA CHAIR     (Première Partie)

Dans le chapitre précédent, j'ai signalé que l'âme qui a refoulé son centre, mettra l'accent sur le « sentir » ou sur le « connaître ». Je m'in­téresserai ici au premier cas.

 

L'âme, coupée de ses racines célestes, devait fatalement s'attacher à ses racines terrestres. Attachement qui engendrera des glissades, des éboulements, des retournements...

 

L'irréligion a altéré profondément la structure de la Psyché humaine : la « chair » (dans le sens paulinien) a tout envahi, elle fait vivre la pau­vre Psyché «cul par-dessus tête», — et ce n'est pas une position bien commode... (Ah mon Dieu ! Comme c'est vulgaire ! Comme j'écris mal ! Je sais, je ne suis pas un styliste, j'aime mieux dire la vérité à 1'emporte-pièce ! Et tant pis pour le style !)

 

Marx, n'a-t-il pas défini l'homme par le ventre et Freud, par le bas-ventre ?

( Ce n'est pas en vain que Dieu a laissé dans le monde, comme témoin de l'infidélité, le peuple juif ; et qu'il lui permet, dans la mesure de nos crimes, de nous entraî­ner dans le sillon de ses mirages catastrophiques, mirages d'ordre scientifique, politique ou psychologique : Darwin, Marx, Freud...)

 

Et font-ils autre chose, nos fameux psychia­tres, quand ils confondent psychologique et bio­logique ?

 

Pour ces gens-là, le moral n'est-il pas devenu de l'humoral ?

 

Certes, ils constatent un état actuel, mais con­fondre l'anormal avec le normal, l'ériger en loi universelle, faire de l'âme une simple émanation du corps... il me semble qu'ils exagèrent un petit peu... Où si l'on veut, pour parler en argot philo­sophique, ils « extrapolent ».

 

Le malaise contemporain provient d'une chute de l'énergie spécifiquement religieuse qui fut portée sur le dernier palier de la nature humai­ne : le «sentir». Si elle était maintenue à sa place, en hauteur, elle rayonnerait sur l'âme entière et la rassemblerait dans l'unité et l'har­monie. Mais quand cette énergie est arrachée à son foyer et projetée au plus bas des paliers de l'âme, elle fait naître des incubes et des succubes, des « dadas », des utopies, des engouements vio­lents. Tous ces faux dieux — le Sexe, l'Argent, l'Économique, etc. — détournent, pillent, spo­lient l'énergie religieuse... Et, ce faisant, ils engendrent les dérèglements catastrophiques des temps présents.

 

Les faux absolus attirent l'âme d'où l'on a chassé Dieu, comme le vide attire l'air. Et ce n'est pas l'air des montagnes, c'est l'air croupis­sant des souterrains qui s'y engouffre...

 

Je fais observer, dès maintenant, que la primauté du « sentir » est une inversion aux réso­nances incalculables, en faisant naître une vision du monde, des hommes et des choses à l'envers. Les bas-fonds deviennent des sommets et les sommets s'enfoncent dans la boue. Les âmes, vivant dans les pénombres de la « chair », sont annihilées : elles tourbillonnent en un immense manège fouetté par le Prince de toutes les âmes déboussolées....

Et voici l'homme occidental : succession de pensées sans liens ; adhésions superficielles et momentanées ; une âme qui croit et ne croit pas, se caresse et se bat, accueillant les impulsions, ne s'attachant à rien, demandant toujours du nouveau...

 

Qu'en sortira-t-il de cette âme privée de son centre stable et sans Dieu ? Un fait divers — entre mille — va nous répondre : un « blouson noir » tue un de ses camarades. Sans émotion ni regret, il reconnaît avoir tué son ami : « Marcel était un chic copain, il ne m'avait jamais rien fait de mal, je ne sais pas ce qui m'a pris »... Beau fruit de l'école laïque : âme sans centre, âme prête à accueillir les impulsions les plus mor­bides sans pouvoir les contrôler... Et, je le répète, ce n'est pas une exception : ces jeunes hommes, vous les rencontrerez partout aujourd'hui, en Angleterre, en France, en Suède, en Norvège, en Allemagne, en Amérique... Vous les rencontrerez dans la rue, dans le métro, chez vous-même, dans votre maison : votre enfant sorti de l'école sans Dieu est atteint : il subit le même déséquilibre et connaîtra donc le même malheur...

 

Et cette école sans Dieu qui désarçonne les âmes ne suffit pas : le rut, le vice, l'assassinat, ne sont-ils pas joliment caressés dans les livres, les revues, la radio, les cinémas ?

 

Le problème des « tricheurs », ce n'est pas tant leur amoralisme, lequel n'est qu'un effet ; la cause, c'est le vide de leur cœur que n'arrive à combler aucune foi ; c'est bien ce vide qu'ils vou­draient combler et qui les pousse aux pires excès.

 

La société surveille les dents, les yeux, les pou­mons de l'enfant, enfin tout son corps ; on l'oblige à l'aérer, à faire du sport, mais elle ne cherche pas à savoir si son milieu moral et spiri­tuel est ce qu'il doit être ; il faudra pour cela une totale contre-révolution.

 

Car il ne s'agit même plus de meurtres pas­sionnels, c'est pire : il s'agit d'un vertige d'in­conscience. On n'est plus « le père de ses actes » comme disait Aristote. A notre époque où l'on ne parle que de « prise de conscience », on voit s'épaissir de plus en plus l'obscurcissement des consciences ! Il s'agit du règne aveugle des instincts déréglés, de la primauté de la périphé­rie de l'âme où il n'y a pas — ne peut pas y avoir ! — de bien et de mal :sans le centre de l'âme, le seul qui embrasse la succession, on ne peut ni juger ni comparer : le crime est nor­mal. (Voilà le conseil qui mène au crime : « Soyez bon ou mauvais, c'est égal, mais avec franchise ! » Non, soyez bon, même si cela vous coûte ! Aujourd'hui la SINCE­RITE justifie tout ! Or, il faut dire le juste et le vrai, même si l'on se ment à soi-même ! Voyez saint Paul : « Fais ce que je dis et non ce que je fais ! ! ! ».

Ah je sais ! J'ai le tort de m'exprimer rudement, mais la charité ne consiste pas à faire plaisir, mais à faire le bien ; et faire le bien c'est d'abord dénoncer le mal : n'est-il pas charitable de cautériser au fer rouge un membre pour sauver le corps ? Mais on ose à peine aujourd'hui réclamer pour la vérité les mêmes droits que l'on accorde à l'erreur !)

 

Il s'agit de l'indulgence envers le meurtre ; du bon marché de la vie humaine et, en effet, que vaut-elle si Dieu n'est pas en elle ? Aboutisse­ment logique des « droits de l'homme » sans les « Droits de Dieu »... L'anthropophagie laïque, gratuite et obligatoire !

 

Ce n'est plus Jésus, c'est Satan qui dit : « Lais­sez venir à moi les petits enfants... Venez dans mes bras, laissez-vous attirer par mon abîme. Vous tous, enfants du monde, soyez élevés dans mon culte ! Amen ! »

 

Et surtout que Dieu vous garde de rappeler les paroles de Pie XI : « Faute d'être un temple, l'école laïque devient une tanière ». Eh oui, une pondeuse de gens de sac et de corde !

 

Et pourquoi punirait-on les crimes ? Ne fau­drait-il pas fonder « La société de protection des criminels » ? Un film célèbre ne proclame-t-il pas que « Nous sommes tous des assassins » ! Et alors, pourquoi se gêner de tuer ? Et pourquoi interner les assassins, je vous le demande ?

 

Un monde qui a oublié de « s'interner » lui-même, de creuser son âme et d'atteindre Dieu, ne faudrait-il pas qu'il aboutisse à l'inter­nement forcé du marxisme, qu'il vive en une société devenue une immense prison et qu'il soit enfin écrasé par le règne total de la «. CHAIR » !

 

***

 

J'ai indiqué, dans la première partie de ce livre, que l'essence humaine se développe au cours de l'existence en sens inverse, en commen­çant par le plus bas de ses paliers. En ce cha­pitre où il s'agit du règne de la chair, je dois approfondir cette question.

 

En vérité, l'âme qui naît s'adapte aux lois de la chair : elle se morcelle et s'abîme en naissant... L'enfant pleure et rit, craint et désire, aime et hait, sans la moindre continuité. État de flotte­ment et de ruptures. L'âme vit dans l'instanta­néité ; elle ne se rappelle pas l'état précédent : le moi n'est pas encore incorporé, aucune force n'est là pour embrasser la succession. Ce qui explique qu'il ne faut pas chercher des phéno­mènes de continuité et de liberté dans les âmes de nos contemporains, mais de perpétuelles amnésies, (Cela explique aussi le mépris actuel pour tout ce qui est passé et tradition. Or, plus une nation plonge ses racines dans le passé et plus elle s'élance avec force vers l'avenir. Et le peuple français est un peuple privé de son histoire ! Son vrai patrimoine moral, l'histoire de ses saints, de ses rois, de ses héros, l'expansion spirituelle de la France du moyen âge est ignorée par les manuels scolaires. Ce peuple, maintenu à l'écart de son passé, subit en outre, des passes magnétiques destinées à l'en­dormir ; de temps en temps, il se réveille (dernièrement hors de la métropole) mais les passes redoublent et le voilà rendormi... Mais je ne le suis pas et je ne peux donc mettre en balance dix-huit siècles de sagesse qui firent la France avec deux siècles de folies qui l'ont démolie.), âmes qui virent et qui chavirent...

 

On verra le politicien oublier ce qu'il a dit la veille, des hommes d'État proclamant, par exem­ple, que « l'Algérie est française à jamais »... et la mettre au vote peu après... On verra des savants oubliant l'expérience d'Hiroshima, des religieux oubliant le Dogme et «témoigner chré­tiennement» pour le marxisme ; on verra des Prix Nobel dédicacer leurs livres aux ennemis de leur patrie et ensuite affirmer qu'ils ont toujours « résisté » aux mêmes ennemis ; on verra des écrivains chanter la gloire d'un chef d'État et, peu après, en faire autant, pour celui qui l'a laissé mourir en prison... Ce sont là des baga­telles, de petits exemples — nous en verrons d'autres dans cet ouvrage — il s'agit de com­prendre pourquoi il n'y a plus de caractères en ce monde dominé par ce qu'il y a de plus super­ficiel dans l'âme humaine : le sensible ; pourquoi il n'y a plus d'êtres capables de se déterminer eux-mêmes et non par les « conjonctures » ; pourquoi il n'y a plus d'hommes qui connaissent la joie profonde d'être en paix avec eux-mêmes, d'être fidèles à eux-mêmes !

 

Les volte-face de l'élite actuelle sont la marque d'une déliquescence de l'humain envahi par la «Chair » (Je rappelle encore que je comprends par ce terme le plan sensible, tout ce qui vient du monde extérieur.). Plus de force qui puisse résister au milieu ambiant. Quand le Divin rayon s'éteint dans les âmes, elles suivent « le sens de l'histoire » comme de légères bar­ques sans gouvernail, au gré des vents de leurs petits intérêts momentanés... Âmes sur le qui-vive qui sont loin de connaître la sérénité qui pré­lude au bonheur.

 

La stabilité est une notion qui dépasse l'enten­dement actuel.

 

Un autre aspect du monde contemporain est la soif de sensations ; la soif du « cirque », si bien connue des romains de la décadence, et qui a accaparé presque toute la vie moderne : spec­tacles, cinémas, courses de chevaux, d'automo­biles, de motos; fêtes, salons, expositions, journaux, revues où les photos dévorent les textes... Tout cela, c'est du sensoriel, du charnel !

 

L'homme qui se recueille paraîtra bientôt si fabuleux qu'on doutera qu'il ait jamais existé!

 

Le but secret de notre civilisation luciférienne est de détruire les âmes en les lançant et en les éparpillant sur leur périphérie. Et pourquoi donc ? Parce que le Christ vit en chacune, au centre de l'âme de chacun ! Il faut à tout prix les empêcher de l'atteindre et de connaître la sérénité et le bonheur.

 

A SUIVRE

 

Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)

 

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 20:44

TU ES NE POUR LE BONHEUR ... (4/16)

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CHAPITRE II AIMER - CONNAITRE – SENTIR  (Deuxième partie)

« Respecter la liberté »... Eh oui, ce sommet de l'âme qui n'est pas de ce monde, par l'union de notre nature à la nature divine, c'est de lui que procède notre liberté. Et ce pouvoir de déranger l'ordre naturel, c'est bien lui qui nous fait des hommes ! Or, il engendre la souffrance ! Certes, mais un Dieu d'amour n'aurait pas voulu imposer son amour. Un Dieu d'Amour n'aurait pas créé des pantins dont il tirerait les ficelles, il aurait été, en somme, en face de lui-même : un monde absolument dépendant serait encore Lui-même ! Abîmes de solitude pour un Dieu qui aurait créé un monde sans trace de liberté. Il nous donne le pouvoir de nous opposer à sa Volonté pour nous donner le mérite de l'accepter, pour être glorifiés par notre volonté plus que nous ne le serions par une soumission aveugle et instinc­tive. Homme : l'être créé le moins possible afin qu'il se crée lui-même.

 

Le silence de l'amour est la réponse la plus digne au mystère du mal. C'est pourquoi je crains de pénétrer, ne serait-ce qu'un petit peu, à l'in­térieur de ce mystère avec les gros sabots de la pensée discursive. Mais la raison menée par la foi, comme l'aveugle de la fable, dirigé par le paralytique qui voit, peut éviter les embûches...

 

En vérité, si Dieu ne crée pas des créateurs, il n'est pas Dieu, mais fabricateur d'automates ! Il donne l'être ; et l'être répond librement à ce don. Il refuse ou accepte le don. La liberté, c'est l'épreuve de l'être qui se fait. L'étincelle créa­trice est, ici-bas, dans l'homme seul : il est libre de l'éteindre ou de l'allumerS'il l'éteint, comme aujourd'hui, qu'il n'accuse pas Dieu des ténèbres qui l'entourent !

 

« Si Dieu existait, il ne permettrait pas cela ! »... Dieu existe, mais pour que «cela» n'existât pas, il aurait fallu que l'homme n'exis­tât point ! Car il ne peut exister sans liberté ; il doit choisir et il a choisi : qu'il ne se plaigne pas de vivre, en faisant un monde sans Dieu, au milieu de toutes les calamités que j'ai men­tionnées au début de ce livre. Le malheur ? C'est son choix. Dieu n'abandonne que ceux qui l'abandonnent. Il ne retire ses dons qu'à ceux qui les repoussent.

 

J'ai, bien entendu, toute liberté de refuser l'union au Christ, mais, pour autant, je serai infi­dèle à mon être même : source de mon malheur...

 

La grâce divine est comme l'eau d'une source intarissable : elle ne demande qu'à se déverser et fertiliser les plaines ; ce qui l'en empêche, c'est le barrage de notre libre volonté... Tragique barrage !

 

Ainsi Dieu attire par les touches ineffables de la grâce : il ne violente pas notre liberté, mais il l'éveille ; et c'est à nous d'y consentir, en évi­tant les barrages...

 

O Amour infini et incompréhensible ! Tu as consenti au pouvoir de te nier !

 

Dieu est pour l'homme l'être le plus effacé, le plus impuissant, en lui donnant sa puissance afin qu'il s'achève lui-même. L'effacement de Dieu en nous est le témoignage du parfait amour.Mais cet effacement n'est pas total : Dieu nous envoie, au sommet de notre âme, des signaux : la souffrance et la joie. La première, pour nous indiquer la voie qui mène aux abîmes ; la seconde, pour celle qui monte vers le bonheur qui ne meurt pas.

 

Le feu de l'amour divin demeure toujours au sommet de l'âme ; même s'il est couvert par la cendre il n'est jamais éteint, — et il « brûle » quand l'ordre de la nature est menacé !

 

Le minéral, le végétal et l'animal ne peuvent intervenir dans l'ordre de la nature. Leur exis­tence réalise leur essence. Et c'est pourquoi, en ce qui les concerne, on peut à peine parler de souffrance et de joie. (On peut parler de plaisir et de douleur, signale­ments du corps ; et ceux-là mêmes sont moins intenses que chez l'homme dont le système nerveux est plus déve­loppé. Je reprendrai plus loin cette question pour réfuter certaines objections.)

 

Seul l'être humain, je le répète, en disposant librement de son essence, éprouve dans son âme et sa chair, ces signaux puissantsIl refait sa nature à ses risques et périls ; et ce sera la joie ou la souf­france, son salut ou son dam, selon l'agence­ment fidèle ou infidèle à son essence. Mais aban­donnons cette question pour le moment.

 

***

 

Regardons d'un peu plus près le palier suprême de l'humain, celui qui, précisément, a le pouvoir de parfaire ou de défaire l'ordre naturel : le seul où nous nous sentons vraiment actifs, —libre­ment actifs...

 

C'est un pouvoir qui se présente, à son tour, sous trois aspects : l'amour, la lumière intuitive de l'intelligence et la volonté. (C'est ce que Pascal appelait « l'esprit de finesse » en le distinguant de « l'esprit de géométrie » : le premier engendre le second qui ne fait que figer dans la durée et l'étendue ce que l'autre a découvert. C'est la connais­sance transmissible.)

 

Le premier nous donne le pouvoir d'adhérer au réel ; la seconde de le saisir en un instant en reliant les choses les plus lointaines entre elles ; la troi­sième, d'agir et transformer le réel : tous les réels ! Ceux qui sont en nous et hors de nous : trois pouvoirs unificateurs.

 

Et d'abord, cette puissance trinaire est fragile dans l'homme (Il ne faut pas la confondre avec l'ensemble de l'âme humaine : aimer, connaître, sentir, dont elle n'est que le premier terme et où elle est désignée par ce qui la caractérise le plus : « aimer ».)  (Il ne faut pas oublier qu'elle est blessée par la chute originelle ; cette chute qui a, précisément, culbuté la hiérarchie de la nature humaine.)

 

Elle est à éclipses : veille sommeil. En outre, même à l'état de veille, son pouvoir unificateur varie : il va en dimi­nuant de l'attention active et amoureuse à la distraction, de la distraction aux fariboles et impulsions de la rêvasserie, au sommeil aux yeux ouverts. Et ce dernier état (où nous nous sentons passifs) peut même empiéter complè­tement sur l'état de veille ; et alors, plus d'unité ! Et le manque d'unité, c'est le chaos, le tirail­lement intérieur, c'est l'inquiétude, c'est la tour­mente, c'est le malheur ! Le pire malheur, celui qui vient du dedans.

 

Ce qu'on appelle l'aliénation — qui court les rues aujourd'hui — n'est donc autre chose que l'affaiblissement, puis la disparition du triple pouvoir unificateur.

 

Quelle en est la cause ? Pour y répondre, il faut se rappeler que l'âme possède, en plus de son centre unificateur, une périphérie agissante composée d'idées, de sentiments, de sensations et souvenirs, tout un monde tur­bulent ; car si le premier unit amoureusementle second disperse anarchiquement. Voici la cause première de nos malheurs : le refoulement du moi et de son pouvoir de dominer la périphérie de l'âme. La rupture entre l'âme et son moi !

 

Si l'homme normal était réduit, uniquement, à une foule anarchique d'éléments, il ne pourrait pas se diriger, vraiment, du dedans, il serait incapable d'agir véritablement : d'où viendrait-il, son pouvoir de brider son âme, de corriger ses défauts, de remédier à ses déficiences ? Ce pouvoir qui réduit au silence « la folle du logis », qui impose de nouvelles disciplines, qui nous rend « maîtres à bord » et nous donne, en un mot, la paix de l'âme...

 

Eh bien, c'est sa ruine actuelle, du haut en bas de la société, qui engen­dre nos malheurs et le monde chaotique où nous vivonsQuand on pense à la faiblesse de nos hommes d'État, aux lamentables « Guides » des nations modernes, on ne peut plus en douter : impossibilité d'agir véritablement, de se diriger du dedans ; impossibilité de résister aux événements, de ne pas être porté, comme feuille au vent, dans « le sens de l'histoire »... ( Un Roosevelt « défenseur de l'Occident », qui offre à l'ennemi de l'Occident la moitié de l'Europe ; un Eisenhower qui reçoit triomphalement le représentant d'un pouvoir qui veut la mort de l'Amérique ; un Libérateur qui « libère » en particulier l'Empire français et s'apprête à céder enfin ses derniers bastions. Et l'on trouve tout cela parfaitement normal... Et si l'on proteste, on est considéré comme un pauvre écervelé, un extrémiste, un toqué !)

 

***

 

Mais revenons aux vérités éternellesLe moi est à l'âme ce que l'âme est au corps. Pour l'âme autant que pour le corps, l'unité ne consiste pas dans l'activité de leurs éléments qui, au con­traire, tendent à échapper à cette unité, à la dis­perser et à la ramener à leur niveau. Pour l'âme comme pour le corps, il existe une force qui orga­nise les éléments. Quant elle disparaît pour le corps, c'est la mort ; et pour l'âme, c'est la ruine. Cette ruine est à l'âme ce que la mort est au corps. Sur les deux plans, la force qui unit s'éva­nouit : double malheur.

 

L'âme a une forme mobile, analogue à la forme corporelle, mais la dépassant infiniment ; le corps a une forme donnée d'avance, son existence développant fidèlement son essence ; tan­dis que l'âme est susceptible de prodigieuses et imprévisibles modifications. Elle est informée par un apport venu du dehors (sensations) et du dedans (intuitions) ; l'âme les «digère» et forme les « cellules » du corps spirituel. Ces « cellules » sont vivantes si elles sont soumises à une activité unificatrice et directrice. L'âme entre en décomposition si cette activité est refoulée. Les « cellules » se séparent, s'anarchisent, se « cancérisent »... et ce sera la débâcle intérieure : le malheur !

 

Voici une définition qui paraîtra étrange au­jourd'hui : Le malheur est une rupture avec la trinité en nous :    amour - intelligence - volonté.   Le   moi humain a ses racines en une réalité divine :Une-Trine. En chaque âme elle est en germe : « Le royaume   des   cieux   est   au-dedans   de vous ». L'âme qui  a rompu  avec elle  renverse,  d'une façon ou d'une autre, l'ensemble de la hiérarchie humaine : aimer-connaître-sentir ; ce sera ou le « sentir » ou le « connaître » qui prendront le dessus. (Par « connaître », j'entends bien la raison discur­sive et non sa source, la perception intuitive de l'intel­ligence.)

 

L'âme qui a rompu avec elle s'affole et tourne sur sa périphérie. Ame instantanée qui ne pourra plus aimer, l'amour étant continuité ; âme mouvante et changeante... qui finira par se fixer   sur  un   point   de   sa   périphérie,   et   ce sera une âme possédée par des idoles. De toute manière, elle se rétrécit. Inversement, une âme enracinée en son centre stable peut s'identifier à toutes choses, et sans se perdre, reculer ses fron­tières indéfiniment. Et cet épanouissement de l'âme, cette harmonie intérieure qui s'amplifie, c'est cela le bonheur !

 

Figurez-vous une sphère qui s'amenuise jus­qu'à devenir un point ou s'élargit jusqu'à devenir aussi grande que l'univers : tel est le corps spirituel de l'âme humaine. (Comme   un    atome  fermé ;    c'est   cela l'enfer : l'âme enfermée.)

 

Le malheur est sur le chemin de la réduction qui tend vers le néant;  (Sartre l'a encore bien compris, mais ne peut pas voir l'autre chemin : celui de l'expansion de l'âme.) le bonheur est sur le chemin de l'épanouissement. Il tend vers sa source d'ori­gine : l'Un-Trine.

 

Or on ne peut pas se tromper. C'est trop clair, c'est trop net : le monde moderne suit, carré­ment, aveuglément, le premier chemin, — et non point le second !

 

Il talonne le Malheur. Et non point le Bonheur...

 

 

 

A SUIVRE

 

[Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)]

 

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 10:04

Par Saint Théophile d'Antioche (?-v. 186), évêque . Premier discours à Autolycus, 2, 7 ; PG 6, 1026s (trad. Orval) 
19.Transfiguration

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5,8)


Tel un miroir brillant, l'homme doit avoir une âme pure.

Une fois la rouille au miroir, l'homme ne peut plus y voir le reflet de son visage. De même, tant qu'il y a le péché dans l'homme, il n'est pas possible à cet homme de voir Dieu. 

Mais si tu veux, tu peux guérir. Confie-toi au médecin, il ouvrira les yeux de ton âme et de ton cœur.

Qui est le médecin ?

C'est Dieu qui guérit et vivifie par le Verbe et la Sagesse.

C'est par sa Parole, son Verbe, et sa Sagesse que Dieu a fait l'univers :

-« Par sa Parole les cieux ont été faits, et par son souffle, son Esprit, toute leur puissance » (Ps 32,6).

Sa Sagesse est toute-puissante :

-« Dieu par la Sagesse a fondé la terre, il a établi les cieux avec intelligence » (Pr 3,19). 

Si tu sais cela, homme, et si tu mènes une vie pure, sainte et juste, tu peux voir Dieu.

Qu'avant tout prennent place en ton cœur la foi et la crainte de Dieu, et tu comprendras cela.

Quand tu auras déposé la condition mortelle et revêtu l'incorruptibilité, alors tu seras digne de voir Dieu.

Car Dieu aura ressuscité ta chair devenue immortelle avec ton âme.

Et alors, devenu immortel, tu verras l'Immortel, si maintenant tu lui donnes ta foi. 

 

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 10:01

 

Saint Brice, qui êtes-vous ?
Évêque de Tours 
(† 444)

        On dit qu'il fut recueilli et protégé par saint Martin, mais que Brice quitta le monastère « pour vivre avec de beaux chevaux dans ses écuries et de jolies esclaves dans sa maison. »

À la mort de saint Martin, il changea sa manière d'agir.

Il lui succéda sur le siège épiscopal de Tours, donnant toute sa vie à l'Église durant quarante ans.

        Calomnié, accusé d'avoir rendu mère une de ses religieuses, il dut même aller se défendre devant le pape.

Mais ses ouailles reconnurent l'innocence de sa vertu et le firent revenir pour qu'il soit à nouveau leur évêque.

Ils le canonisèrent dès sa mort.



(Source: Nominis)

 

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:59

Soyons nous-même pour nous ouvrir au Dieu qui est…

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Le détachement est l’état dans lequel nous entrons par notre méditation, un état dans lequel nous ne sommes pas possédés par nos possessions, dans lequel nous ne sommes pas subjugués par le désir de posséder, de contrôler – un état d’esprit, un mode d’être absolument nécessaire pour pouvoir aimer…

Nous ne cherchons pas à remodeler les autres à notre image et ressemblance, mais permettons aux autres d’être.

En leur permettant d’être, nous les connaissons tels qu’ils sont. Et, les connaissant, nous les aimons.

En méditant nous renonçons à notre désir de contrôler, de posséder, de dominer.

Nous cherchons à être qui nous sommes.

En étant qui nous sommes, nous nous ouvrons au Dieu qui est…

Accéder à cet état exige de notre part une grande générosité, la générosité de renoncer à nos projets, nos espoirs, nos peurs…

Suffisamment détachés pour voir au-delà de nous-mêmes, pour voir qui est Dieu.

Et, le voyant, d’en être amoureux.

(John Main osb, En quête de sens et de profondeur, « Les fruits », Méditation chrétienne du Québec-Medio Media, 2013, p. 141.)

 

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:57

Viens auprès du Père.

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Je suis le froment de Dieu ;

que je sois moulu par la dent des bêtes

pour devenir le pain pur du Christ.

Les passions en moi sont crucifiées,

il n'est plus de feu charnel qui me brûle :

mais une source intérieure m'est jaillie et murmure.

Elle me dit du fond de moi-même :

Viens auprès du Père.

 

Saint Ignace d'Antioche

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:51

Par Saint Isaac le Syrien (7ème siècle), moine près de Mossoul . Discours, 1ère série, n°30 (trad. Touraille, DDB 1981, p. 188 rev.) 

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« Le Royaume de Dieu est au milieu de vous et au dedans de vous »


      L'action de grâce, la gratitude de celui qui reçoit incite celui qui donne à donner toujours davantage.

Mais celui qui ne rend pas grâce pour les plus petites choses ne peut être que menteur et injuste dans les grandes.

Celui qui est malade et qui connaît sa maladie peut demander la guérison ; celui qui reconnaît sa souffrance est proche de sa guérison, et il la trouvera facilement… 


      Souviens-toi de la chute de ceux qui se croyaient forts, et sois humble en tes vertus…

Chasse-toi toi-même, et ton ennemi sera chassé loin de toi.

Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix.

Efforce-toi d'entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel.

Car l'un et l'autre sont le même.

Entrant dans l'un, tu contemples les deux.

L'échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. Plonge en toi-même pour y découvrir ton péché :

-C'est là que tu trouveras les degrés par lesquels tu pourras t'élever… :

-« Le Royaume des cieux est en vous. »




 

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 17:47

TU ES NE POUR LE BONHEUR (3/16)

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CHAPITRE II AIMER - CONNAITRE – SENTIR  (Première partie)

Le plus grand reproche que l'on puisse faire à notre époque, c'est d'assombrir la vie des hom­mes. Or, hélas, ce sont eux-mêmes qui, de toutes pièces, l'ont faite telle qu'elle est, cette époque : ils ont fabriqué leur malheur, ne voulant plus vivre en accord avec leur propre nature.

 

Je vais essayer de mettre en lumière la struc­ture hiérarchique de la nature humaine : aimer d'abord, connaître ensuite, sentir enfin. Tels sont les paliers de la nature humaine : ils ne se trouvent pas au même niveau mais, comme les marches d'un escalier, en hauteur. La nature humaine est verticale : à son sommet, la faculté d'aimer ; elle se manifeste, en sa pureté, par la vie religieuse, la faculté de « relier » l'homme à sa Source et les hommes entre eux. Puis la faculté intellectuelle, qui a son bas niveau incar­né, est la raison discursive : faculté qui tient le milieu. Et enfin, à la base, la faculté de s'émou­voir et sentir, la vie animalo  végétative.

 

Mais, comme il ne s'agit pas de choses maté­rielles qui s'excluent les unes les autres, ces paliers ne sont pas séparés, ils s'entre pénètrent : on ne saurait aimer sans connaître ni connaître sans avoir d'abord senti. Mais ce « d'abord » ne confère pas à la faculté de sentir — comme Condillac, Hume et tant d'autres l'ont cru — la pre­mière place : elle n'est qu'une condition et non une causeLa « cause » est dans la prodigieuse faculté d'aimer, dans le pouvoir de s'identifier en esprit à autre chose que soi. Échelonnés dans l'ordre de leurs valeurs hiérarchiques, il y a donc d'abord l'amour, puis la connaissance et enfin la sensibilité : triple essence de la nature humaine.

 

Réalité objective. Il ne dépend pas de notre volonté qu'elle soit ou ne soit pas. Ce que notre volonté peut faire, c'est de déranger la hiérarchie naturelle ou de s'y conformer.

 

Cette structure est commune à tous les hom­mes. Mais elle s'accomplit dans l'existence de chaque homme de manières différentes.

 

L'aberration de l'existentialisme est de croire que l'homme crée son essence, lorsque, en fait,elle est donnée d'avance. Il ne la crée pas plus que la violette ne crée sa forme : elle est en son germe et ne fait que l'épanouirLa seule diffé­rence c'est que l'homme peut modifier l'agence­ment intérieur de son essence. Par sa libre volonté.

 

Par conséquent, si sur le plan de l'essence — réalité immuable — il ne saurait s'agir de varia­tions, sur le plan de l'existence les hommes ne présentent pas la même stabilité.

 

La hiérarchie aimer connaître sentir varie donc dans l'existence, non seulement d'un homme à l'autre, mais dans le même homme au cours de sa vie. Mobilité effarante due à la liberté des humains...

 

                                                            ***

 

En premier lieula hiérarchie de la nature humaine se développe au cours de l'existence en sens inverse.  (Selon l'adage scolastique, seul valable pour tontes les évolutions dans le temps : « Le premier dans l'inten­tion est le dernier dans l'exécution ».)

 

L'enfance est dominée par la sensibilité et la vie animalo végétative ; la jeu­nesse, par les acquisitions de la connaissance ; la maturité, par l'amour, la possession de soi et le don de soi :l'une, d'ailleurs, ne va pas sans l'autre.

 

A l'époque où nous vivons, le grand nombre s'arrête à l'état de l'enfance. Il s'arrête donc à l'état où la hiérarchie est renversée. Ne fait-on pas tout pour surexciter l'infantilisme sensuel ? Ne nie-t-on pas le palier suprême de l'humain ? Dans le monde actuel neuf hommes sur dix n'arrivent pas à la vraie maturité, c'est-à-dire à réaliser leur essence de haut en bas avec sa hiérarchie naturelle.

 

A ce point de vue, les hommes ont perdu en qualité ce qu'ils ont gagné en quantité : ils vivent plus longtemps (50.ans de moyenne ; au moyen âge : 30 ans), mais ils arrivent plus difficilement à l'épanouissement complet de leurs âmes. D'où la raréfaction des génies, des Pascal, des Dante, des Shakespeare Humanité larvaire dont l'aspect technique n'est qu'un leurre et le progrès moral une illusion. (C'est sans doute pourquoi on ne parle aujourd'hui que « d'humanité adulte », de « peuples devenus ma­jeurs », etc...)

 

Autrefois, en effet, on vivait moins, mais on mûrissait plus vite : à quinze ans on était un homme. (Cela parce que le christianisme avait le goût de la virilité et n'aimait pas la facilité ; il conseillait « la porte étroite ». Le Christ n'hésitait pas à demander de l'héroïsme : « Qui perd sa vie à cause de moi la sauve »... « Abandonne tout et suis-moi », etc... L'ancien régime avait du nerf, l'actuel a des nerfs...)

 

C'est à trente ans que la civilisation moderne permet à l'homme de s'approcher de l'âge viril, — et encore ! On sait, par exemple, que les Américains restent toujours de grands enfants. Et les Français laïcisés qui raffolent du ballon ? Le stade n'est-il pas la cathédrale du monde moderne ? Les foules puériles ne commu­nient-elles pas en leurs dieux adorés : les vedettes du Muscle ?

 

On sait aussi que le désir se lève bien avant que l'amour apparaisse. C'est l'âge de la puberté. D'où la sexolâtrie d'une humanité arrêtée dans son développement.  (Cette sexolâtrie s'est développée selon un plan arrêté : « Popularisons le vice dans les multitudes ; qu'elles le respirent par les cinq sens... Faites des cœurs vicieux et vous n'aurez plus de catholiques».) (L'Église Romaine face à la Révolution, p. 148. Ouvrage que Pie IX demanda à Crétineau-Joly).

 

Et l'art moderne ? Une diarrhée infantile. Un art de pouponnière. N'est-il pas vrai pour le faux primitivisme et les balbutiements ridicules de la peinture abstraite, pour les cacophonies vagissantes de la musique, pour les caricatures de marmots de la sculpture, pour les obscénités inconscientes de la littérature ? Et que l'on n'y cherche point, bien sûr, la pureté de l'innocence, mais ce qu'il y a dans l'« âge ingrat » de bêtichon, de maladroit, d'animal, de barbare et de cruel...

 

Les peuples sont comme on les fait : si les peuples occidentaux ne se préoccupent que de bien boire, bien manger et se distraire — à nous les « week-end », les « cocktails », les cinémas ! — c'est parce qu'ils sont stoppés au stade animalo- végétatif par une société qui a renversé la hiérarchie de la nature humaine et empêche l'homme d'acquérir sa véritable taille. Le ventre et le bas-ventre, d'abord. L'âme, l'esprit, Dieu ? Des « superstructures » illusoires et dépassées ! C'est là une première ébauche, je ne cherche pas ici à traiter complètement cette question d'une humanité « demeurée ».

 

Ce n'est pas que les hommes aient changé ; qu'ils soient devenus plus mauvais ; mais leurs bas instincts sont encouragés par l'idéologie laïco démocratique, laquelle a détruit l'armature qui jadis les soutenait, les aidait à lutter et à s'élever. Au moyen âge il y avait des tares, des abus et des vices, mais rien n'était perdu parce que la Croix restait debout, l'ordre de la nature humaine respectéOn pouvait toujours retrouver la paix de l'âme parce que la société n'avait pas quitté le Vrai. Ce qui est grave aujourd'hui, c'est la perversion des principes, la proclamation solennelle de l'ErreurLes tares, les abus et les vices trouvent leur vigueur dans les doctrines officielles.

 

« De la forme donnée à la société découle le bien ou le mal des âmes », disait Pie XII... En vérité, la société, en freinant le mal, vise le bien.

 

Le mal d'une époque ne m'indigne pas. Ce qui me navre aujourd'hui c'est qu'il n'a plus de poids compensateur ; le monde est le même, mais en un monde sans religion le mal fait basculer la cité.

 

La civilisation chrétienne invitait la liberté humaine à collaborer à l'ordre du monde ; la Révolution ne l'incite qu'à le détruire ; et il ne s'agit pas de ruiner un quelconque « ordre éta­bli», mais tout l'ordre de la création, et la mis­sion de l'homme dans la création !

 

Si l'on crevait le paravent d'hypocrisie der­rière lequel se cache la démocratie, on verrait son visage grimaçant qui doit ressembler, comme deux gouttes d'eau, à celui de l'Ennemi de l'homme.

 

Ce n'est pas là une crise passagèreC'est l'effondrement définitif d'une doctrine qui a dégradé la nature humaine, qui a changé le sang en boue. Tout est boue aujourd'hui, des fonda­tions au faîte ! Tout s'embourbe ! Nous voyons s'effondrer dans la fange l'inversion de la nature humaine — sentir, connaître, aimer ! — qui, partie de la Renaissance, reçut sa consécration à la Révolution. Un fleuve empoisonné à sa source, qui a infecté tout sur son parcours !

 

Il faut chercher le mal à sa racine. Sans cela on ne comprend rien à la disparition de la joie de vivre sur cette terre.

 

Mais alors il existe une relation entre l'er­reur (Je retarde : il n'y a pas d'erreur et de vérité ni de bien et de mal ; la fleur ne se distingue pas de la feuille, ni la feuille de la racine, ni la racine du fumier qui la nourrit : le fumier vaut la fleur... tout se vaut, tout est indifférent !... je m'excuse...) et le malheur ; et une autre entre la vérité et le bonheur.

 

Nous le verrons mieux tout à l'heure ; il me suffit de dire ici que la route des hommes, qui grimpe sur une mon­tagne, est semée de signaux. (Le but de cette route est le salut des âmes — « jusqu'à ce que le nombre des élus soit complet » — et non pas, comme on le croit aujourd'hui,l'achèvement d'un régime économique parfait ! En réduisant le sens de l'histoire au temporel, on annihile le temporel lui-même, on l'aplatit et on le vide de sa substance. La Jé­rusalem terrestre n'est pas l'achèvement de l'histoire, mais son retour à la Jérusalem céleste. La Technique, quand elle est poursuivie comme but unique ruine à la fois l'existence même, ici-bas, et l'éternité de là-haut.)

 

Ces signaux rouges et verts — souffrances et joies — ce ne sont pas les hommes qui les ont fabriqués ! Ils indiquent les précipices de la montagne ou la voie ouverte pour monter toujours plus haut...

 

L'expérience prouve — et ce sera le sujet du chapitre suivant — que toutes les positions aberrantes, infidèles à l'ordre de l'essence humaine, entraînent un état de malaise qui peut aller jusqu'aux souffrances indicibles du déses­poir.

 

Les philosophes modernes en font grand cas : ils ne parlent que d'« angoisse » et de « nausée ». Bien sûr, ils ne savent pas ce qu'ils représentent, ces signaux, — et s'ils sont même des signaux !

 

Car ils le sont, ces avertissements qui nous arrivent du tréfonds de la conscience (de l'Essence même qu'ils nient !) et qui nous dit : « Qu'as-tu fait de moi ? » Dans le langage mystérieux de la Souffrance — car elle respecte notre liberté — elle insiste : « Qu'as-tu fait de ton bonheur ? »

 

A SUIVRE

 

[Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)]

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 09:55

QUI ÊTES VOUS, SAINT MARTIN de Rome ?
Pape et martyr 
(† 655)

        Saint Martin, natif de la Toscane, se rendit célèbre dans le clergé de Rome par son savoir et sa sainteté.

À son élection sur le Siège de Pierre à Rome, la Ville retentit d'allégresse ; le clergé, le sénat et le peuple en témoignèrent une satisfaction extraordinaire, et l'empereur approuva cet heureux choix.

Martin ne trompa point l'espoir de l'Église ; la piété envers Dieu et la charité envers les pauvres furent ses deux règles de conduite.

On était sûr de le trouver en prière, ou occupé des malheureux, ou absorbé par les soins multiples de sa charge.

Son plus grand soin fut de maintenir dans l'Église l'héritage précieux de l'Orthodoxie (La Foi droite).

        Le grand pape se vit un moment dans la situation la plus critique, et accablé sous le nombre des ennemis spirituels et temporels de l'Eglise de Rome qu'il présidait.

Contre l'hérésie du monothélisme, qui relevait la tête, il assemble, dans l'église de Latran, un concile de cinq cents évêques, où les principaux chefs des hérétiques sont condamnés.

Poussé par les sectaires, l'empereur Constantin II, sous prétexte d'une trahison à laquelle Martin aurait pris part, fait saisir le pape et le met en jugement.

On le traite comme un misérable, et on amène devant lui vingt accusateurs pour l'accabler de faits imaginaires.

Martin, voyant qu'on va les faire jurer sur le livre des Évangiles :

-« Au nom de Dieu, s'écrie-t-il, dispensez-les d'un serment sacrilège ; qu'ils disent ce qu'ils voudront. Et vous, magistrats, faites votre œuvre. » Et, sans se donner la peine de répondre à toutes les accusations formulées contre lui, il se contente de dire :

-« Je suis accusé pour avoir défendu la foi ; je vous attends au jour du jugement. » Un soldat vient dépouiller Martin de ses ornements pontificaux ; réduit à un dénuement complet, chargé de fers, le pape est traîné, dans cet état, à travers les rues de la ville de Constantinople où il avait été amené.

        Après plusieurs jours de prison, ayant dit adieu aux membres du clergé qui l'avaient suivi, le martyr part pour l'exil.

La Chersonèse, où il fut relégué, était désolée par la famine ; il eut à y endurer pendant deux ans des souffrances et des privations pires que la mort ; mais il supporta tout avec une résignation parfaite.

 


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