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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:05

 

 

Sainte Ninon, qui êtes-vous ?


 

Jeune chrétienne emmenée en captivité en Géorgie (Caucase) vers 337, elle commença la conversion du pays.

 

Les Églises d'Orient la fête aujourd'hui.

 

L'Église en Occident en fait mémoire aujourd'hui également et la célèbre le 15 décembre.

 

Nous connaissons sa vie par l'écrivain ecclésiastique Rufin qui donna quelques détails sur la conversion de l'Ibérie, région intérieure de l'actuelle Géorgie.

 

Une jeune captive chrétienne, dont on ignore le pays d'origine, devenue esclave à la cour royale de Mzekhéta, non loin de Tbilissi, garde toute sa foi auprès du roi Mirian.

 

Plus que sa grande beauté, c'est son inlassable charité qui la fait aimer et respecter.

 

Ayant obtenu par ses prières la guérison d'un enfant, elle est appelée auprès de la reine Nana qui se meurt.

Elle lui rend la santé.

 

Quand le roi veut la récompenser, elle lui dit préférer sa conversion.

 

Le roi en laisse d'abord le soin à sa femme.

À quelque temps de là, il demandera à l'archevêque de Constantinople de lui envoyer un évêque pour évangéliser le royaume.

 

Sainte Ninon se retire dans la région de Bobdé où, dès le 4e siècle, fut construite une cathédrale.

 

À Mzekhéta un petit oratoire rappelle aujourd'hui encore ce baptême de la Géorgie.

 

Prions aujourd'hui pour la belle Eglise Orthodoxe de Géorgie et pour toutes les petites Ninon!

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 10:59

Homélie grecque du 4e siècle .Sur la Sainte Pâque, 9 ; PG 59, 743 ; SC 27 (inspiré d'une homélie perdue d'Hippolyte ; trad. Solms, Bible chrétienne) 

Ico 086

La Loi ancienne accomplie par Celui qui donne la Loi nouvelle


La Loi donnée à Moïse est un recueil d'enseignements variés et impératifs, une collection utile à tous de ce qu'il est bon de faire en cette vie, et un reflet mystique des coutumes de la vie céleste :

*un flambeau et une lampe,

*un feu et une lumière,

répliques des luminaires d'en haut.

La Loi de Moïse était l'itinéraire de la piété, la règle des mœurs honnêtes, le frein du premier péché, l'esquisse de la vérité à venir (Col 2,17).

La Loi de Moïse était pour la piété un maître et pour la justice un guide, pour les aveugles une lumière et pour les insensés une preuve, pour les enfants un pédagogue et pour les imprudents une amarre, pour les nuques raides une bride et pour les impatients un joug contraignant. 

La Loi de Moïse était le messager du Christ, le précurseur de Jésus, le héraut et le prophète du grand Roi, une école de sagesse, une préparation nécessaire et un enseignement universel, une doctrine venue à son heure et un mystère temporaire.

La Loi de Moïse était un résumé symbolique et énigmatique de la grâce future, annonçant en images la perfection de la vérité à venir.

Par les sacrifices, elle annonçait la Victime, par le sang, le Sang, par l'agneau, l'Agneau, par la colombe, la Colombe, par l'autel le Grand Prêtre, par le Temple le séjour de la divinité, par le feu de l'autel la pleine « Lumière du monde » (Jn 8,12) qui descend d'en haut. 

 

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:50

LA FILLE DE JEAN JAURES

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Jean Jaurès, député socialiste célèbre en France (1859-1914), n’était pas croyant et avait fait élever sa fille par une institutrice très anticléricale pour être sûr de détruire dans l’âme de son enfant toute trace de la foi.

Or au soir d’un de ses plus beaux succès oratoires, rentrant chez lui tout joyeux de son triomphe, Jaurès entend frapper un coup léger à la porte de son bureau.

Sa fille Germaine entre :

-« Père je suis heureuse et je viens vous faire savoir que j’ai fixé le choix de celui qui sera le compagnon de ma vie ».

S’agenouillant alors devant son père, elle poursuit :

-« je veux me consacrer à Dieu dans la vie religieuse ».

Pour Jaurès ce fut comme un coup de foudre. Il n’eut que la force de demander :

-« Depuis quand penses-tu à ce projet ? ». « Depuis 4 ans Père. Un jour où je me promenais avec mon institutrice dans la campagne, nous avons trouvé un calvaire brisé et je m’amusais à en recoller les morceaux lorsque l’institutrice donna un coup de pied dedans.

J’en eu de la peine et depuis ce jour, j’ai senti grandir en mon âme toute une semence d’idées que vous n’y avez pas jetées ».

Puis elle baisa la main de son père.

Il lui fit signe de se retirer…

("Près d'Elle"-2ème trimestre-N°125. Dans Fiorettis de la Vierge Marie, Ephèse diffusion, p 53 et 54)

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:49

 

Saint Hilaire, qui êtes-vous?
[Évêque de Poitiers et Docteur de l'Église d'Occident
(v. 310 - 367)]

 

H

ilaire naquit à Poitiers, de parents païens, probablement vers l'année 310.

 

Après une éducation toute profane, il secoua, aidé de la grâce, le joug absurde et impur du paganisme, et reçut publiquement le baptême.

 

Ce païen converti allait devenir l'une des plus brillantes lumières de l'Église, le marteau de l'hérésie et l'apôtre infatigable de l'Orthodoxie de la Foi à travers la défense du dogme de la Sainte Trinité.

 

Il composa notamment le De Trinitate, traité sur la divinité du Christ.

 

La vertu d'Hilaire croissant chaque jour, on ne parlait, dans toute la province de Poitiers, que de la pureté de ses mœurs, de sa modestie, de sa charité et de son zèle.

 

Lorsque l'évêque de Poitiers vint à mourir, tous les fidèles le demandèrent pour pasteur.

 

Dès lors, Hilaire entra dans la mêlée contre l'hérésie d'Arius et ne quitta pas le champ de bataille jusqu'à son dernier soupir.

 

Ni les menaces des princes, ni la calomnie, ni l'exil, ne purent jamais ébranler son courage.

 

Obligé de quitter son peuple, il se rend en Orient, où il défendra aux côtés de ces frères de combat pour l'orthodoxie de la foi un vaillant porte-étendard de la vérité chrétienne.

 

Il est enfin rendu à son troupeau, après plusieurs années d'exil ; ce retour prend le caractère d'un vrai triomphe.

 

« La Gaule tout entière, dit saint Jérôme, embrassa un héros qui revenait victorieux du combat, la palme à la main. »

 

La France lui a voué un culte spécial, et une multitude d'églises s'honorent de l'avoir pour patron.

 

Un historien a tracé le portrait suivant de saint Hilaire :

-« Il réunissait en sa personne toutes les excellentes qualités qui font les grands évêques.

S'il a fait admirer sa prudence dans le gouvernement de l'Église, il y a fait éclater aussi un zèle et une fermeté apostoliques que rien ne pouvait abattre. »

 

Sa mémoire liturgique est célébrée en Occident le 13 janvier. Pour l'Eglise Latine, en 1851, le Pape de Rome, le Bx Pie IX (Giovanni Maria Mastai Ferretti, 1846-1878) voulu le proclamer Docteur de l'Église.

 

Saint Hilaire, intercèdez pour les Eglises qui vivent en France afin de les unir dans la Foi Apostolique et qu'Elles y réunissent le Peuple de Dieu dispersé par les orgueils humains !

 

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:47

 

DU BON USAGE DES CRISES:

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Ce sont des temps d'effroi, mon Dieu.

Cette nuit pour la première fois,

je suis restée éveillée dans le noir,

les yeux brûlants,

des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. (...)

Je vais t'aider, mon Dieu,

à ne pas t'éteindre en moi,

mais je ne puis rien garantir d'avance.

Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire :

ce n'est pas toi qui peux nous aider,

mais nous qui pouvons t'aider ;

et ce faisant nous nous aidons nous mêmes.

C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque

et c'est aussi la seule chose qui compte :

un peu de toi en nous, mon Dieu. 

Etty Hillesum 

« Je viens de finir un livre extraordinaire, « Une vie bouleversée » d’Etty Hillesum…

Elle écrit :

-« Mon Dieu, j’ai compris, j’ai compris que Tu ne peux pas nous aider, mais que c’est nous qui devons T’aider.

Nous pouvons faire que quelque chose de divin soit encore là, présent.

Ta présence dans ce camp, c’est nous qui en sommes responsables. »


Et elle passe son temps à être là, à tendre la main à l’un, à sourire à l’autre, à rester réveillée pendant les nuits où les autres geignent et pleurent dans sa baraque.

 

Cette présence, une femme, dans un camp, par qui se fait la présence de Dieu. Cette antenne que nous sommes. 

 

Cet appel qui nous a été fait d’incarner sur cette terre le divin, il n’y a pas d’autres possibilités.


Si nous voulons la paix sur cette terre, il nous faut l’être.

Si nous ne voulons pas mourir de soif sur cette terre, il nous faut être source.

Nous n’avons pas le choix.

Voilà que ce silence de Dieu prend, bien sûr, une autre coloration.

Ce silence me met debout devant ma responsabilité. »

(Christiane Singer

Du bon usage des crises, p. 124-12)

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:41

 

Par Baudouin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien, puis évêque . Homélie 6, sur He 4,12 ; PL 204, 451 ; (trad. cf Orval et bréviaire 30e vendr) 

 

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« Jésus l'interpella vivement :
Silence ! Sors de cet homme »


« La Parole de Dieu est vivante et efficace, plus incisive qu'un glaive à deux tranchants » (He 4,12).


Toute la grandeur, la force et la sagesse de la Parole de Dieu, voilà ce que l'apôtre montre par ces mots à ceux qui cherchent le Christ, lui qui est la parole, la puissance et la sagesse de Dieu (1Co 1,24)…


Quand on proclame cette Parole, la voix qui la prononce donne à une parole extérieurement audible la puissance de sa Parole intérieurement perçue.


Dès lors, les morts ressuscitent (Lc 7,22) et ce témoignage fait surgir de nouveaux enfants d'Abraham (Mt 3,9).


Elle est donc vivante, cette Parole. Vivante dans le cœur du Père, vivante sur les lèvres du prédicateur, et vivante dans les cœurs remplis de foi et d'amour.

Et puisque c'est une Parole vivante, nul doute qu'elle ne soit aussi efficace. 


Elle agit avec efficacité dans la création du monde, dans son gouvernement et dans sa rédemption.


Qu'est-ce qui pourrait être plus efficace ou plus fort ?


-« Qui dira les prouesses du Seigneur ? Qui fera entendre toute sa gloire ? » (Ps 105,2)


L'efficacité de cette Parole se manifeste dans ses œuvres ; elle se manifeste aussi dans la prédication. Car elle ne revient jamais sans effet, mais elle profite à tous ceux à qui elle est envoyée (Is 55,11). 


La Parole est donc efficace, et plus pénétrante qu'une épée à deux tranchants, quand elle est reçue avec foi et amour.

En effet, qu'est-ce ce qui serait impossible pour celui qui croit ? (Mc 9,23)

Et qu'est-ce ce qui serait difficile pour celui qui aime ? 

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 19:17

 

NE DESESPERONS-PAS.

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Gardons-nous de perdre tout espoir, mais évitons également de céder trop facilement à la nonchalance...

 

Le désespoir empêche celui qui est tombé de se relever, et la nonchalance fait chuter celui qui est debout...

 

Si la présomption nous précipite du haut des cieux, le désespoir nous précipite dans l'abîme infini du mal, alors qu'il suffit d'un peu d'espoir pour nous en arracher...

Car le diable considère cette faiblesse comme son arme la plus efficace, et, même en péchant, nous ne saurions lui faire de plus grand plaisir qu'en perdant espoir.

(Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur la conversion prononcées à son retour de la campagne, n°1 (trad. DDB 1978, p. 27))

 

 


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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 19:09

 

Par Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), pape et docteur de l'Église . Homélies sur l'Évangile, n°5 

 
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« Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent »


      Quelqu'un se dira peut-être... :

-« Qu'est-ce qu'ils ont abandonné de si précieux à l'appel du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n'avaient presque rien ? »...

Ils ont beaucoup quitté, puisqu'ils ont renoncé à tout, si peu que soit ce tout.

Nous, au contraire, nous nous attachons à ce que nous avons, et nous recherchons avidement ce que nous n'avons pas.

Pierre et André ont donc beaucoup abandonné lorsqu'ils ont tous deux renoncé au simple désir de posséder ; ils ont beaucoup abandonné, puisqu'en renonçant à leurs biens, ils ont aussi renoncé à leurs convoitises... 


      Que personne donc, même lorsqu'il voit que certains ont renoncé à de grandes richesses, ne dise en lui-même :

-« Je voudrais bien les imiter dans leur mépris de ce monde, mais je n'ai rien à abandonner, je ne possède rien. »

Vous abandonnez beaucoup, mes frères, si vous renoncez aux désirs de ce monde.

En effet, le Seigneur se contente de nos biens extérieurs, si minimes soient-ils : c'est le cœur qu'il considère et non la valeur marchande, il ne regarde pas combien nous lui sacrifions, mais combien d'amour accompagne notre offrande. 


      Car à ne considérer que les biens extérieurs, voilà que nos saints marchands ont payé de leurs filets et de leur barque la vie éternelle, celle des anges.

Le Royaume de Dieu n'a pas de prix, et pourtant il te coûte ni plus ni moins que ce que tu possèdes.


 


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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 19:06

 

Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même.

Il faut arriver à se désarmer.

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J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.

Mais je suis désarmé.

 

Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

 

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres.

Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.

J’accueille et je partage.

Je ne tiens pas particulièrement à mes idéees, à mes projets.

Si l’on m’en présente de meilleurs,

ou plutôt non, pas meilleurs, mais bons, j’accepte sans regrets.

 

J’ai renoncé au comparatif.

Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

 

C’est pourquoi je n’ai plus peur.

Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

 

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède,

si l’on s’ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles,

alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

(Patriarche Athénagoras de Constantinople, texte publié dans Courrier de l’ACAT, janvier-février 2015)

 

 


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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 18:30

TU ES NE POUR LE BONHEUR (14/16)

[Extrait de l'oeuvre  de Paul Scortesco  (1960)]

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CHAPITRE II LES BÉATITUDES (Première partie)

Comme l'oiseau pour l'air, l'homme est fait pour le bonheur éternel.

Mais sa volonté peut mettre l'accent sur tel mode de vie plutôt que sur tel autre. Elle appuie parfois — comme sur une sonnette — sur ceux qui ne peuvent lui donner que l'alarme de la voie « dévoyée ».

 

Et alors l'oiseau, aux ailes brisées, chancelle, pique une tête et se rompt le cou...

 

L'homme, vraiment homme, dépasse son désir de vivre, dans ses œuvres, dans son élan vers l'inconnu, son désir de conquêtes en sacrifiant même souvent sa vie pour elles.

L'homme se distingue donc sur la terre en ceci, que son désir dépasse de toutes manières le simple désir de vivre : l'esprit contient la vie. 

Ainsi, en la dépas­sant et en laissant s'épanouir en lui l'esprit — ce qu'il apporte de nouveau sur la terre — il se déploie dans le sens de la Hiérarchie natu­relle :

et ce déploiement lui sera signalé par la joie.

 

Or, nous l'avons vu, cet ordre peut être ren­versé.

C'est alors le corps qui domine l'esprit : la partie devient le tout.

La vie n'est plus un moyen mais un but, bien suprême

La bête en nous, le « vieil homme » attiré par le bien propre de sa chair trouve que l'assouvissement de ses désirs est non seulement naturel mais légitime.

S'ils ne sont pas satisfaits, il lui semble que les lois de la nature et celles de la justice sont blessées dans ce qui lui arrive ! 

D'où la révolte, la sourde protestation qu'il oppose aux misères, aux souffrances. Misères et souffrances que sa propre inversion a engendrées !

 

Seule la volonté soumise à la chair crée et fausse le problème du mal.

Car dans la satis­faction même, elle trouvera la nature mouvante des choses, ingrate et décevante : point de bonheur dans les éphémères, mais une âpre et épuisante peine. 

La superbe de vivre tombe sur des récifs et recommence, toutes voiles de pas­sions dehors, son éternel naufrage

La satis­faction arrive donc aux mêmes résultats que l'insatisfaction ; mais qu'elle diffère, la souf­france, le feu rouge de la voie fermée, est au bout des deux voies

La vie ne reste pas impu­nément le bien suprême !

 

Or, dès qu'elle cesse de dominer, les souf­frances disparaissent. L'«homme nouveau » com­prend alors que la souffrance n'est que le signal de la route qui descend.

On ne peut donc l'éviter qu'en changeant de direction : en montant.

 

L'homme ne retrouve son équilibre et ne devient pleinement naturel que disponible et ouvert au surnaturel.

 

Ainsi le chrétien transforme la souffrance en joie : signal de la bonne route et rachat immé­diat de l'aberration. 

La réalité est faite pour lui d'une hiérarchie objective, « divine ».

Il n'est donc pas seul sur la route. (Voilà encore une aberration douloureuse de ce temps : l'homme moderne se croit seul. Or, sur le chemin de la vie, il est accompagné par un monde invisible qui l'entoure et le protège à chaque instant : il n'a qu'à l'évoquer.) 

Il est guidé : les signaux qui s'allument dans sa chair et dans son âme, ce n'est pas lui qui les a inventés ! Quel­qu'un lui parle un langage qu'il peut interpréter clairement. (L'univers lui-même, n'est-il pas un foisonnement de signaux à déchiffrer ? Le laïcisme qui le désacralise, en lui étant sa valeur de signe, n'est-il pas une énorme régression ?)

 

La souffrance : l'aiguillage qui dirige l'être vers la joie.

 

L'univers s'arrange donc en une série nette­ment orientée et montante.

Son orientation est donnée à chaque étage par un double signal aver­tisseur qui bloque les lignes qui s'en éloignent.

En vérité, la douleur physique nous avertit d'une dégradation du corps (On peut alléguer que le plaisir et la douleur nous trompent.

Eh bien non : ils ne nous trompent point sur le bien et le mal passagers du corps.

Si l'on boit beau­coup on éprouve une certaine euphorie due à une vasodi­latation artificielle — mais qui va être chèrement payée.

L'animal sait bien s'arrêter sur la pente des plaisirs : il boit et il mange ce qu'il faut et quand il faut.

L'homme, étant libre, peut saccager ses instincts ; et alors le plaisir et la douleur le trompent seulement sur le vouloir vivre du corps, et, encore plus, sur le vouloir être de l'âme !

S'il suit la pente du plaisir immédiat, l'homme arrive à ruiner sa propre vitalité et son âme, comme on le voit chez les amateurs de stupéfiants.), de même que la souffrance morale nous avertit d'une dégradation de l'âme.

Signaux du même mouvement rétrograde qui traverse des plans différents. Avenue de tocsins. Fanions du Malheur !

 

Le plaisir est le signal de la santé du corps. La joie, le signal de la santé de l'âme

On peut rétorquer que l'effort moral s'accompagne de souffrance.

Eh bien sûr !

C'est le signal de ce qui meurt en nous et ne veut point mourir ; la chair ne se laisse pas facilement dominer... 

Mais rien de plus exaltant que la hiérarchie rétablie !

La lumineuse paix, la joie véritable envahissent l'âme toute entière !

Voilà la musique intérieure et son Exécutant invisible auxquels je faisais allusion dans les premières lignes de ce livre...

 

                                                              ***

Joie de la Vérité « Gaudium de veritate », s'exclame saint Au­gustin.

Soumettez à ce critérium les doctrines et les attitudes humaines et vous découvrirez où se trouve la vérité.

Exemples : le désespoir cathare, la mélancolie romantique, la triste sévé­rité calviniste, l'amer matérialisme, l'angoisse existentialiste, les cafardeux bigots catholiques qui s'arrêtent à la lettre et ne vont jamais jus­qu'à l'esprit... tout ce monde est, sans conteste, dans l'erreur. 

La joie étant le signal objectif de la vérité, plus la vérité est parfaite et plus la joie est intense et durable.

Dieu est cette force même de notre âme grâce à laquelle les souffrances les plus redoutables — y compris la mort — se changent en joie : signal de la Vérité absolue.

Or, comment obtenir cette joie qui fait s'évanouir toute souffrance et fait de l'amertume une dou­ceur, si nous n'adhérons pas à la vérité par amour ?

Saint Augustin : « Seigneur faites que l'amour de la vérité ne me cache pas la vérité de l'amour !»

 

La lumière du soleil s'accompagne de cha­leur.

Ainsi la Vérité lumineuse s'accompagne de la chaleur de l'Amour ; cette chaleur sans la­quelle la Vérité se glace, sans pouvoir s'apaiser ni cesser de témoigner son hivernale tristesse.

 

En effet, l'Ennemi de l'homme, la plus haute Intelligence sans amour, se signale par la tris­tesse. Début de la Messe :

-« Quare tristis incedo dum affligit me inimicus ! »

 

Le beau, le vrai et le bien nous révèlent la direction du Bonheur.

On n'a qu'à réfléchir sur les expériences de l'artiste, du sage et du saint. (Il est évident que nous ne parlons pas de l'artiste qui traîne l'art au ras des choses sensibles et qui renverse la hiérarchie, d'où son culte du morbide et de la laideur : signal de son égarement ; ni de l'homme de science qui place au sommet ce qui est secondaire : la science de 1» matière ; d'où son effet destructif : signal de l'erreur.)

 

On trouvera chez eux une connaissance directe de l'essence du monde sous ses trois aspects — signalée par la joie — donc une libération de l'inversion provoquée par l'égoïsme vital — signalé par les peines, les soucis et l'affliction.

 

 

Pour le saint, la contemplation du beau, du vrai et du bien, les trois faces du divin, l'élève jusqu'au ravissement. Soleil de jubilation !

Dans la vallée des larmes, les Alpes de la joie !

«Dieu est la joie même », écrit le R.P. Sertillange.

Écou­tez saint Jean de la Croix écrivant en sa pri­son :

-« Un état de bien-être ineffable, inexpri­mable » (Nuit 11,17).

Écoutez saint Paul:

-« Étant regardés... comme attristés et nous sommes toujours joyeux ! » (Cor. VI, 10).

Et le Maître :

-« Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit par­faite ».

 

Ainsi comprise l'âme assimile la souffrance :

-« Elle ne souffre plus de souffrir » (Sœur Eli­sabeth de la Trinité).

Partant, on ne l'évite pas en la fuyant mais en l'abordant et en lui donnant une signification.

Si c'est la bonne, elle se mue en joie, comme une fée Carabosse en fée de Lumière.

Alors le pire des sacrifices devient joie, c'est-à-dire qu'il est aboli : le « Sa­crifice » n'est plus qu'une chose vue du dehors.

Les privations voulues impliquent une affir­mation, celle du moi éternel : par elles il proclame son autonomie à l'égard du corps.

La chair qui souffre est dominée par l'esprit qui se réjouit.

Cette joie qui jaillit du plus profond de la douleur, d'une âme détachée de son corps et attachée à son Moi éternel, c'est le flot même de l'ÊTRE qui coule en elle à pleins bords.

Flèche d'or de l'archer de Lumière, foudre de la grâce qui pénètre à certains moments dans l'âme du pauvre être amphibie que nous sommes... 

(La grande Privation et la Victoire sur la souf­france : Dieu souffrant — mourant — ressuscité. Erreur que de faire du Christ un souffre-douleur ! Il a affronté volontairement 1a souffrance pour la vaincre. Le « pourquoi m'as-tu abandonné ? » Eclipse totale de la divinité. Son anéantissement complet. Dieu est allé au maximum de distance de lui-même. Le Malheur absolu, dont aucun être n'approche. Souffrance de l'Innocent qui a payé pour tous les innocents de la création !)

 

Ceux qui voient ces choses du dehors disent : « culte de la souffrance »...

Ils se heurtent aux appa­rences, ils ne voient que le spectacle, car à des faits apparemment pénibles, (soigner des lépreux, etc.)  correspond un fait invisible : la plénitude du cœur. 

Ce n'est donc pas l'amour de la souf­france, MAIS L'AMOUR ENCORE PLUS GRAND DE LA JOIE. 

Toute souffrance s'évanouit.

Un cri de sainte Thérèse de Lisieux :

-« Je suis heureuse, oui, heureuse de n'avoir aucune consolation ! » — Sœur Elisabeth de la Trinité : « Quand on sait mettre sa joie dans la souffrance, quelle paix délicieuse ! ».

 

On  croit qu'en prenant part à la Croix on enlève toute joie  en  ce monde.

Bien  au contraire, l'horreur de la souffrance en est bannie. Joie de souffrir en union avec le Christ, joie d'apporter sa part au salut du monde.

 

Le joug de la souffrance acceptée n'est plus un joug ; il est allégé de toutes manières : « Car Mon joug est léger »...

 

L'esprit transforme la couronne d'épines en­foncées dans la chair en couronne de gloire...

 

La chair nous offre ses signes, mais l'esprit les renverse et lui oppose les siens : notre liberté, notre pouvoir de jongler avec les signes de la chair, de tout changer en joie, voilà ce que le Credo du « vieil homme » a détruit aujourd'hui.

Par conséquent la somme des souffrances a aug­menté depuis la déchristianisation du monde, depuis la disparition du Credo de « l'Homme Nouveau ».

 

La plus énorme subversion de l'ordre naturel, le recul de l'humanité, pouvaient-ils ne pas se signaler par l'incertitude et l'inquiétude dont nous souffrons ?

 

Les signaux s'accumulent, puis ils éclatent brusquement : latents durant des siècles, ils peu­vent atteindre à la longue l'humanité entière qui sombre dans l'angoisse et s'effondre enfin dans la catastrophe. Aujourd'hui celle qui nous menace provient des coups jetés contre nos murs par le bélier du Malheur.

 

Le corps et le sang de l'HOMME NOUVEAU dont les peuples n'ont pas voulu, retombent sur eux et ils subissent la Passion. C'est l'une ou l'autre : ou la conformité au Christ consentie dans la joie ; ou la Passion imposée dans la souffrance.

 

Dieu ne veut pas pour l'homme, chef de la création, d'un destin médiocre : pour lui, c'est la grâce ou le sang.

 

A SUIVRE

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