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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 10:04

TU ES NE POUR LE BONHEUR (2/16)

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LA STRUCTURE DE LA NATURE HUMAINE      CHAPITRE I

L'EXPÉRIENCE TOTALE DE L'HUMAIN       (Deuxième partie)

 

C'est « l'Homicide dès le commencement » qui se déchaîne en particulier depuis la Révolution ! C'est lui qui assassine l'homme, avec le concours de l'homme ! — et engendre le malheur sur la terre... Car il faut le dire : sans le « je », sans ce « capax infiniti », l'homme n'est rien. Sans « le Verbe de Dieu qui éclaire tout homme venant au monde». (Prologue de saint Jean), quel anéantisse­ment de l'homme ! Et comme il prend vite, en effet, le goût du néant !

 

Or, à l'heure où nous vivons, tous les philoso­phes, tous les psychologues ignorent ce « rayon divin de liberté », ce « sceau de Dieu » en nous, ce pouvoir de devenir « filii in Filio » !

 

Si l'homme n'avait rien en lui du divin il ne l'aurait jamais conçu.

 

Pour autant que nous appartenons à la nature, nous ne sommes pas des hommes : c'est Dieu dans l'homme qui le fait homme.

 

                                                            ***

Cependant, pour celui qui échappe à l'hypnose collective actuelle, la réalité du moi humain est certaine puisqu'elle se révèle en s'unissant avec tout ce qui lui est étranger. Ce don d'amour inouï ! Ce pouvoir de prendre intérêt à autre chose que soi au point d'oublier l'existence de soi ! Ce phare lumineux de l'attention qui adhère librement à la chose éclairée ! Qui l'épouse et devient cette chose ! (Attention au miracle et à la grandeur de l'esprit ! Il devient l'autre sans devenir autre. Il est le même et autre !). Eh bien oui ! C'est l'esprit libre qui est le pouvoir essentiel de l'homme, qui donne pour lui le caractère de réa­lité à l'objet aimé, qui lui confère librement une valeur, cette valeur qui a pour lui le maximum d'importance.

 

Mais que va-t-il « valoriser » ? Car l'homme peut s'identifier à tout. Il peut s'attacher à sa maison ou à son magot au point qu'il pourrait avoir l'envie de se supprimer en les perdant. Il peut s'attacher à sa peau, se confondre avec son corps et ne vivre que par son corps, au point de croire que sa disparition entraîne la sienne ! Il peut lier son sort à l'une de ses pensées ou à l'un de ses sentiments au point de donner sa vie pour eux. Si tout ceci — qu'il peut être — n'est que son avoir, par quelle mystérieuse appartenance, à certains moments de détachement, l'homme a la certitude de quelque chose qui est lui, qui cesse d'être son avoir ? Certes, à l'époque actuelle on a rendu impossible ce détachement. Car il faudrait savoir encore plonger dans le silence ses sens, ses sentiments et ses pensées, c'est-à-dire, tourner l'amour, non vers le monde, mais vers sa source, vers soi-même, au plus profond de soi-même ! Et là, on ne serait pas devant le néant, au contraire ! On se trouverait au point même où la nature adhère à la surnature, au centre qui ne bouge pas, pendant que tout tourne autour de lui, au moi humain qui est hors du temps, on saisirait le rayon qui jaillit du Centre de tous les centres...On verrait Dieu en soi ! La Cause de son pouvoir d'aimer ! Sa ressemblance divine...

 

Et voici la preuve vivante de l'existence du Dieu vivant. On trouve en soi-même, au plus pro­fond de soi-même une réalité qui transcende la nature ! Et de laquelle on peut s'élancer toujours plus loin, toujours plus haut ! Vers Dieu même !

 

                                                              ***

 

Eh oui, je sais, pour la majorité des hommes qui n'ont pas fait cette expérience, tout ce que je dis là est extravagant... Cela s'explique claire­ment : comment tout cela ne semblerait-il  pas aujourd'hui  extravagant,  puisque  l'homme   ne fait plus attention à lui-même depuis trois siè­cles ! Comment  ce  centre  sacré  que   possède « tout homme venant en ce monde » ne serait-il pas obturé ? L'homme n'est-il pas atteint à la racine même de son être ? Car voici trois siècles qu'il projette le faisceau lumineux de son amour vers   le   monde.

 

Le   développement   inouï   des sciences physiques ne fut possible que grâce à une   attention  vigoureuse   dirigée   uniquement vers ce monde que nous appelons extérieur, — le plus extérieur à l'homme... Le crime perpétré depuis trois siècles, c'est d'avoir mis en haut de l'échelle des valeurs, ce qui est le plus étranger à nous-mêmes : la MATIERE ! Tout le reste est passé dans l'ombre, sauf la zone superficielle de l'intelligence en contact avec les sens : la rai­son (« Il n'y a rien dans cette zone qui n'ait été d'abord dans le sens. » (Cf. saint Thomas). De sorte que l'homme s'est amputé de tout ce qui n'est pas sens et raison. Sensua­lisme et rationalisme mènent le monde contem­porain. Tout le reste est refoulé. L'homme, le véritable, est refoulé ! Et dire que les freudistes nous conseillent de ne pas refouler la bête en nous ! Il y a longtemps qu'elle règne sur nous ! Peut-on s'étonner du « mal de vivre » de notre temps ?Toutes nos amertumes, ne provien­nent-elles pas de l'attachement exagéré à ce qui passe, à ce qui meurt : la bête en nous ?

 

La société actuelle est prise en flagrant délit d'homicide. Ce mélange de sensualisme et de rationalisme qui s'appelle le laïcisme a pénétré partout, dans le sang et la chair de nos contem­porains : il corrompt aujourd'hui les intelli­gences et les mœurs.

 

On a fait souvent la critique de notre civilisa­tion ; elle a semblé singulièrement fragile et me­nacée et elle l'est, en vérité, parce qu'elle n'est plus qu'une coquille vide : pas la moindre intério­rité. Or, on sait que tout ce qui s'est fait de valable en ce monde a été le fruit de l'épa­nouissement de la vie intérieure, cette vie qui n'est possible que dans le calme, le silence et la lenteur. Peut-on encore dans ce siècle d'agitation, de vacarme et de vitesse, retrouver cet épanouis­sement ? Tel est le drame de notre temps : les conditions dans lesquelles l'homme fait sa vie sont telles que rien ne lui permet d'atteindre sa vraie taille, de déployer sa propre nature, — cette nature qui va le rappeler à l'ordre doulou­reusement, — et vainement ! Parce qu'il a perdu le modèle éternel de sa nature : le Christ !

 

Ainsi la vie humaine s'étiole. Elle agonise depuis trois siècles et enfin, rend dans nos bras son dernier soupir...

 

Il ne reste que l'écorce de l'humain. Une coquille vide qui s'effrite et retourne en poussière. Et c'est à cette coquille qui s'effrite que l'homme mo­derne s'accroche comme à son unique réalité ! Homme dont la raison momifiée — parce que coupée de l'Intelligence vive — a cessé de vivre... Comment cet homme ne serait-il pas mort puisqu'il adhère totalement à ce qu'il ap­pelle, précisément, matière morte ? Puisqu'il fait vraiment corps avec elle, puisque son amour la divinise, puisqu'il l'épouse et s'identifie à elle...

 

Comment croirait-il à son immortalité, puis­qu'il s'est enchaîné à ce qui change, se fane et meurt ! Il y a belle lurette qu'il n'a plus rien d'humain, ayant tué ce qui le rendait humain, ce qui le distinguait des bêtes des plantes, des cailloux : son moi immortel, Dieu en lui... Et puisqu'il l'a tué, comment ne le nierait-il pas ? Et se niant lui-même, il ne peut aimer que ce qui est contre lui-même. Frénésie de suicide ! Sa vie ? Une mort perpétuelle.

 

Comment vous voulez que cet homme sache encore ce que c'est que le bonheur ?

 

                                                        ***

 

Le zèle déicide qui a mis à mort le Christ en nous est toujours à l'œuvre en son Corps Mys­tique. Il faut être bien myope pour ne pas le voir agir partout dans le monde qu'il arrose d'une tor­nade de malheurs !...

 

Les régimes que l'homme moderne se donne sont constitutivement hostiles à l'homme dont ils proclament la primauté pour le duper ; et, ensuite, le dissoudre et l'annihiler !

 

Les nations qui n'ont pas Dieu à leur Sommet décapitent en même temps leurs sujets : déicide homicide...

 

Et quelle est donc la nation dont le crime est expié par le monde actuel ?

 

Depuis que la France, tête du corps des nations, se trancha la tête, le monde pourrit de la mort de la France. Et il n'a pas fini de pour­rir...

 

L'Occident sans tête devait ressentir aussitôt les conséquences de ce crime effroyable — et ce n'est pas fini avec les malheurs qu'il attire sur le monde...

 

Autrefois le vent du ciel poussait doucement le beau navire de France qui ouvrait, dans son sillage, la voie des autres navires aux multiples pavillons ; depuis la Révolution, la bourrasque des passions humaines fait se briser le convoi contre les rochers... ET CE N'EN EST PAS FINI DES NAUFRAGES !

 

On paie l'orgueil d'une civilisation qui refuse de porter la croix de Jésus au sommet des nations : elle la porte en saignant sur ses épaules !

 

L'immense désordre de notre temps et les car­nages, toujours plus amples, sont les consé­quences de la condition aberrante que l'huma­nité s'est faite, par vanitésottise et ignorance de sa vraie nature, de ses vraies valeurs !

 

Alors, je vous le demande encore : quelle sorte de bonheur pourrait-il connaître, l'homme

con­temporain ?

 

En fait de bonheur il connaîtra, le malheur d'un monde quisubstituant une partie au tout de l'homme, la partie la moins humaine, déclen­cha un rétrécissement croissant et monstrueux des valeurs humaines.

 

Il y a en Occident beaucoup plus de prison­niers (Sartre le sent mais ne voit pas le remède : Il ne s'agit dans ses pièces que d'âmes emprisonnées : «Huis Clos >, «Les séquestre! d'Altona », « Les mains sales », etc...) Que dans les camps de concentration de l'Orient. Ils sont libres en apparence, mais prisonniers d'eux-mêmes, ayant fermé les portes et les fenêtres qui donnent sur le grand large, sur le divin qu'ils portent en eux-mêmes. Et c'est bien cette prison invisible qui s'est incarnée dans les prisons — douloureusement visibles — d'Orient.

 

Nous vivons à l'époque où les erreurs se chan­gent en faits, où elles reviennent à l'assaut, de plus en plus menaçantes... Réjouissez-vous, ô athées, ô matérialistes, ce monde où l'homme est sans Dieu, et ne vaut pas plus qu'un caillou, ce sont vos erreurs parachevées, entrées dans la chair du monde !

 

La foi catholique nous enseigne que l'homme est à l'image de Dieu, et que le péché a brouillé cette image mais qu'elle n'est pas perdue à jamais : elle est restituée au tréfonds de notre âme par la figure du Verbe incarné. Figure ca­pable de rendre à l'image humaine son origi­nelle pureté.Et c'est ici que nous pouvons saisir le crime effroyable du laïcisme : il arrache l'image intérieure de l'être humain, la marque de son origine, l'appel incessant vers son terme et à sa place il le marquera au fer rouge de la Bête : estampille de tous les malheurs contemporains !

 

Les démocrates athées parlent toujours de « la dignité de la personne humaine sacrée »... Pour­quoi cette dignité ? Pourquoi est-il sacré ce « singe évolué » ? On ne le sait plus ! De toute manière, c'est un singe déconfit et consterné...

 

A SUIVRE

 

[Extrait de : TU ES NÉ POUR LE BONHEUR   Œuvre de Paul Scortesco  (1960)]

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