Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 09:25

I. Hérode

1. Quand Hérode eut vu qu’il avait été joué par les Mages, il entra en grande colère, et il envoya tuer tous les enfants en bas âge. (Mt. 2, 16). Mais toi, injuste Hérode, n’as-tu pas entendu dire que l’étoile était le héraut du nouveau-né? Pourquoi ne pensais-tu pas, puisqu’elle venait du ciel, que tu ne pouvais pas résister à l’œuvre du ciel? Et parce que cet homme a privé des mères de ceux qu’elles chérissaient, il fut châtié dans ses trois fils et son épouse, et lui-même mourut d’une mort terrible.

2. Hérode, aveuglé par l’envie, ne pouvait tirer au clair ni comprendre cette affaire. De même qu’il avait interrogé au sujet d’un oracle du prophète Michée, ainsi interrogeait-il au sujet de l’oracle d’Isaïe. Car la famille, la mère, le village et la date de naissance de cet enfant étaient révélées; sa famille serait de la maison de David, avait dit Jacob (Gn. 49, 10); sa mère serait vierge, d’après Isaïe (Is. 7, 14); son village serait Bethléem, selon Michée (Mi. 5, 1); la date était bien celle que disaient les Mages. Or, grâce au recensement du monde fait par les Romains, Hérode avait appris que Jésus avait été inscrit comme fils de Joseph. Bien qu’il sût toutes ces choses, il n’arrivait pas, enivré d’envie, à reconnaître l’enfant. Il était semblable à Saül; celui-ci avait la possibilité de goûter au sang de David dont il avait soif, mais il ignorait que David était entre ses mains (I Sam. 24 et 26). Salomon au contraire put rendre un juste jugement et discerner le fils de la prostituée (I R. 3, 16-28). Et Dalila put sonder et forcer à s’exprimer la pensée cachée dans le cœur de Samson (Jg. 16, 4-21).

3. Mais parce que ni la famille, ni la date de naissance du libérateur des Hébreux n’étaient claires pour lui, Pharaon fit saisir et tuer beaucoup d’enfants, afin que, parmi leur multitude, mourût le seul dont la mort lui importait. De même qu'il convenait que Saül sût par beaucoup de signes qu’il ne pouvait pas triompher de la puissance de David, ainsi en était-il pour Hérode à l’égard de la puissance du fils de David. Mais la haine, bien loin d’apprendre ou de connaître, se hâte de faire pécher et de perdre. De cette espèce sont les fils de Satan,, lequel pensa: e puis tuer Moïse, perdre David, et mettre en croix le fils de David. Bien plus, Caïn, son disciple, pensait: Je puis tromper Dieu, quand il disait: Suis-je le gardien de mon frère? (Gn. 4, 9). Géhazi aussi pensa pouvoir tromper Élisée (II R. 5, 20-27); et Iscariote, Notre-Seigneur.

4. Les enfants massacrés furent, à un double point de vue, témoins des justes massacrés avant eux, et accusateurs des homicides. De même que les Juifs chassèrent et rejetèrent Notre-Seigneur, parce qu’il avait dit: Je suis Dieu (Jn 10, 30), ainsi massacrèrent-ils des enfants ignorants et innocents avant qu’ils n’eussent pu devenir des hérauts de leur maître. Une voix s’est élevée dans Rama; Rachel pleurant ses fils (Mt. 2, 18; Jér. 31, 15). Si Bethléem de Juda est la cité d’un fils de Lia (Gn. 30, 35), pourquoi Rachel pleurait-elle ses fils, morts pour le Christ? Rachel pleurait, parce que le Rédempteur n’était pas l’un de ses fils, vu que Lia est la figure du premier peuple et Rachel celle de l’Église; mais la stérile a enfanté, et les fils de la veuve sont devenus plus nombreux que ceux de l’épouse (Is. 54, 1). Ou bien il y a allusion à la proximité des deux tribus de Benjamin (Gn. 35, 16-18) et de Juda, car il est écrit: Rachel mourut à un stade de l’entrée d’Ephrata, qui est Bethléem. (Gn. 35, 19). De même Moïse, dans sa bénédiction de Benjamin, dira de lui: Il demeurera entre ses coteaux (Dt. 33, 12); en effet, le repos (c’est-à-dire l’arche, puis le temple de Dieu) s’est fixé à Jérusalem, qui est dans l’héritage de Benjamin (Jos. 18, 28). Et Samuel, lors de l’onction de Saül comme roi d’Israël, lui donnera ce signe: Tu rencontreras trois hommes à Zelzech, près du tombeau de Rachel, à la frontière de Benjamin (I Sam. 10, 2)

5. Rachel pleurait ses fils. Hélas! pleure Rachel, non pas comme lors de cette première lamentation, quand les ennemis vinrent et s’approchèrent de tes enfants, mais pleure sur ceux qui, après avoir été tués, ont été jetés sur les places publiques, non par des étrangers, mais par les fils de leur père Jacob. Pourtant, contiens ta voix dans ta plainte, car la récompense de tes larmes est inscrite; ceux qui sont nés avec le fils de David, à l’époque où il est né lui-même, en ont été les bénéficiaires; ils ont été les hérauts de son joyeux message au temps de son joyeux message au temps de la visite. Voici qu’ils en ont reçu une place de choix dans la Jérusalem d’ en haut, notre mère, que nous avons confessée, qui est apparue à Moïse sur la montagne (Ex. 24, 10); ils en ont hérité. Tiens bon, et accueille la consolation qui te vient de ton fils choisi, Saül, c’est-à-dire Paul, lui, ton consolateur et la récompense de tes larmes et de tes douleurs.

6. Quand il vit qu’il avait été joué par les Mages, il se mit en colère (Mt. 2, 16). O Israélites, aveugles parce que vous ne comprenez pas, sourds parce que vous n’entendez pas et, maintenant encore, ne vous éveillez pas à la voix d’Isaïe: Le Seigneur Dieu vous donnera un signe (Is. 7, 14). Ce signe vous a été donné à tous dans celui-là même qui est né de la vierge. Bien sûr, un signe a été donné à Moïse (Ex. 3. 1-6, 4. 1-9), pour qu’il soit convaincu, comme par un mystère, lui seul, indépendamment des autres; et un signe a été donné à Gédéon (Jg. 6, 17-21, 36-40) et un autre à Ézéchias (II Rois 20, 8-11; Is. 38, 7-8). Mais ces signes étaient privés, tandis que celui qui vous a été envoyé par les Mages était une œuvre claire, et la vraie mise à nu des énigmes de votre loi. Comment n’avez-vous pas compris qu’était venu le temps de la Rédemption, et n’avez-vous pas cru à la mise au monde d’un enfant par une vierge? Étiez-vous peut-être, avec votre roi, établis dans l’ignorance stupide, attendant que les Mages reviennent chez vous, et vous parlent à nouveau de lui?

7. Ne vous suffit-il pas que des étrangers soient venus et vous aient éveillés, pour que vous compreniez que le Christ est né? A moins que vous n’ayez partagé les projets de votre assassin, second Pharaon, Cananéen de la race d’Ascalon (Jos. 13, 3). Quand Saül apprit que, par ignorance, les prêtres avaient secouru David, il ordonna de les envoyer chercher, et il les tua (I Sam. 21, 1-8; 22, 6-19). C’est donc justice qu’il vous soit arrivé, à vous aussi, d’être responsables du sang innocent (Cfr Mt. 27, 25), comme cela arriva à Saül, comme son fils le fut par Hérode. Les prêtres furent tués à cause de David, et les enfants à cause de Notre-Seigneur. Abiathar échappa au massacre des prêtres (I Sam. 22, 20), comme Jean à celui des enfants. Avec Abiathar fgut aboli le sacerdoce de la maison d’Héli, et avec Jean la prophétie des fils de Jacob.

II. Jésus retrouvé au Temple

16. Moi-même et ton père, dans l’affliction, les lèvres exprimant la peine du cœur, nous allions et nous te cherchions (Lc 2, 48). A quoi il répondit: Il faut que je sois sans la maison de mon Père (Lc 2, 49). S’ils le cherchaient, c’est parce qu’ils craignaient qu’on l’ait peut-être tué. Déjà, quand il avait deux ans, certains Juifs, en la personne de leur roi Hérode, avaient pensé à le tuer [1].

III. Jean-Baptiste

Jean au désert

8. Parce que Israël, appelé symboliquement fils depuis l’Égypte (Os. 11, 1; Mt. 2, 15), avait perdu la filiation pour avoir adoré Baal et répandu de l’encens devant les idoles, Jean appela les Juifs d’un titre qui leur convenait: Race de vipères (Mt. 3, 7). Gratifiés, à l’époque de Moïse d’un titre de filiation qu’ils avaient ensuite perdu, ils reçurent de Jean, en châtiment, l’appellation que méritaient leurs œuvres.

9. Après que Notre-Seigneur fut allé dans la terre des Égyptiens et en fut revenu, l’évangéliste dit: Maintenant s’est accomplie la vraie parole dite par le prophète: Je rappellerai mon fils d’Égypte (Mt. 2, 15; Os. 11, 1). On l’appellera Nazaréen (Mt. 2, 23; Is. 1; 53, 2); le prophète l’appelle "Nazor" parce que, en hébreux, "nézer" signifie "sceptre" (diadème) et que Notre-Seigneur est le fils du sceptre. L’évangéliste y ajoute un autre rapprochement; lorsqu’il dit: "On l’appellera Nazaréen", il songe à l’éducation de Notre-Seigneur à Nazaretg, La prophétie est en Jean, et les mystères de la prophétie dans le Seigneur de Jean, comme le sacerdoce est dans le fils de Zacharie, et la royauté et le sacerdoce dans le fils de Marie. La loi nous vient par Moïse, avec le signe de l’agneau et de nombreux mystères: Amalec, les eaux rendues douces, le serpent d’airain; la vérité de ces choses est donnée par Jésus Notre-Seigneur (Jn 1, 17, Cfr Ex. 12; 17, 8-16; 15, 22-25; Nb. 21, 4-9).

Le baptême de Jean était supérieur à la loi, mais inférieur au baptême du Christ, parce que personne ne baptisait au nom de la Trinité jusqu’au temps de l’exaltation du Christ. Jean s’en alla au désert, non pour y devenir sauvage, mais pour adoucir dans le désert la sauvagerie de la terre habitée. Car la passion qui, au milieu de la terre habitée, trouble tout comme une bête féroce, s’adoucit et se calme quand elle part au désert. Convaincs-toi de cela par l’exemple de la passion d’Hérode, au point qu’Hérode perdit le doux et sobre Jean (Mt. 14, 1-11) qui habitait pacifiquement au désert et n’usait même pas du mariage, pourtant légitimé par la loi.

Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), c’est-à-dire que le Verbe de Dieu, par la chair qu’il a assumée, habite "parmi nous". Il ne dit pas: près de nous, mais: " parmi nous ", pour montrer clairement que c’est pour nous qu’il a revêtu la chair, selon ce qu’il dit: Ma chair est une nourriture (Jn 6, 55).

La voix

10. Les Juifs envoyèrent des délégués à Jean, et ils lui dirent: Qui es-tu? Il confessa, et il dit: Je ne suis pas le Christ. Ils lui dirent: Es-tu Élie? il dit: Non. (Jn 1, 19-21)

Or Notre-Seigneur l’a appelé Élie, comme l’Écriture en témoigne (Mt. 11, 14; 17, 12-13). Pourtant, quand ils l’interrogèrent, il dit: "Je ne suis pas Élie". Mais l’Écriture ne dit pas que Jean est venu dans le corps d’Élie, mais dans la puissance et dans l’esprit d’Élie (Lc 1, 17); Élie, qui a été enlevé aux cieux, n’est pas revenu vers eux, de même que ce n’est pas David qui est devenu roi (après la captivité), mais Zorobabel. Cependant, les Pharisiens ne demandèrent pas à Jean: Es-tu venu dans l’esprit d’Élie? Mais: Es-tu Élie lui-même? C’est pourquoi il leur dit: Non. Quel besoin avait-il d’être Élie lui-même, si on retrouvait en lui les œuvres d’Élie? Pour empêcher un jugement d’opposition entre Élie enlevé dans un char sacré (II R. 2, 11-12), et Jean dont une jeune fille corrompue porta la tête sur un plat (Mt. 14, 11), Élisée intervient entre Jean et Élie.

11. Élisée, dont les Juifs admettent la véracité, leur prouve que Jean n’est pas un menteur. Ils croient qu’Élisée a reçu double part de l’esprit de son maître (II R. 2, 9-11). Était-il nécessaire pour cela qu’Élisée fût enlevé deux fois et dans deux chars différents jusqu’aux cieux, voire jusqu’aux cieux des cieux? Élisée a reçu la puissance d’Élie non pour toutes ses œuvres, mais pour des œuvres semblables, selon l’utilité. L’abondance des miracles d’Élisée prouve qu’il avait reçu double part de l’esprit d’Élie.

12. Ceux qui ont été envoyés pour demander à Notre-Seigneur: Par quelle puissance fais-tu cela? (Mt. 21, 23) sont ceux-là même qui avaient été envoyés à Jean. Jean n’était pas venu enseigner des rebelles; il ne leur répondit donc pas directement. Ils n’étaient pas des hommes désireux d’apprendre la vérité sur Jean, et ils lui demandaient sans aménité: Qui es-tu, toi qui fais ces choses? Aussi ne leur répondit-il pas comme à des gens qui cherchent à s’instruire, mais comme à des rebelles. A tout ce qu’ils avaient demandé, de quelle manière que ce fût, il répondit: Je ne suis ni le Christ, ni Élie, ni le prophète, mais la voix (Jn 1, 20-23). Il était le prophète, et nouvel Élie, et Christ; mais il ne voulait être, pour ceux qui l’interrogeaient, aucun de ces personnages, pas même Jean, ni un autre homme. Ainsi Notre-Seigneur devait-il dire à certains: Je ne suis pas juge (Lc12, 14), alors qu’il était juge; et à d’autres: Je ne suis pas bienfaisant (Mt. 19, 17), alors qu’il était bienfaisant.

13. Comme le cri du coq, héraut de la lumière, frappe l’oreille, ainsi la chandelle qu’on vient d’allumer frappe l’œil; écriture et voix ont de même des fonctions complémentaires. La chandelle et le coq ne font qu’un, tout comme Élie et Jean. Par son cri, le coq nous force à entendre; il est ainsi l’image de Celui qui nous éveille. Et la chandelle, en s’allumant, est le symbole de la lumière de Celui qui nous illumine. Tous deux dissipent les ténèbres; ils sont l’image du Père et du Fils, car ils ont broyé la méchanceté; l’image encore des prophètes et des apôtres, car, de part et d’autre, le soleil l’emportait.

14. Le feu qui brûlait la bouche de Jean était l’image d’Élie; par sa langue il brûla les méchants et les accabla de soif (II R. I, 2-17), comme il les privait d’eau par l’ardeur de sa parole. Le coq, qui chante dans le silence de la nuit, est l’image de Jean, qui prêchait dans le silence du désert. Mais, lorsqu’on allume la chandelle, le soir, on n’entend pas le coq; il ne chante que le matin. En Jean se sont rencontrées symboliquement la voix du matin et la chandelle du soir, et il a témoigné du retour d’Élie.

15. La voix est celle de Jean, mais la parole qui passe par la voix, c’est Notre-Seigneur. La voix les a éveillés, la voix a clamé et les a rassemblés, et le Verbe leur a distribué ses dons. La peine qu’il annonce est proportionnée à leurs péchés; ils s’étaient quelque peu écartés de la religion et Dieu les ayant punis quelque peu: Il fera tomber les branches de la forêt avec la hache (Is. 10, 34), a dit Isaïe; il parle de branches, et non de racines. Mais, lorsque fut comblée la mesure de péchés, Jean vint pour déraciner, il ôta les racines de l’arbre: Maintenant, dit-il, voici que la hache arrive au tronc des arbres (Mt. 3, 10), ce qu’Isaïe avait omis de dire. Et quand cela se produisit-il, sinon à l’apparition de ce Dieu véritable, désigné par l’image de la tige et de la fleur et sur qui repose l’Esprit appelé septiforme (Is. 11, 1-2)

16. Voir supra, entre les paragraphes 7 et 8, et la note explicative.

L’austérité de Jean

Jean était revêtu d’habits en poils de chameau (Mt. 3, 10), parce que notre brebis (le Christ) n’était pas encore tondue.

17. De ces pierres, c’est-à-dire des adorateurs de la pierre et du bois, Dieu peut susciter des fils d’Abraham (Mt. 3, 9), selon ce que dit l’Écriture: Je t’ai fait père de beaucoup de nations (Gn. 17, 4).

Jean a gardé son âme pure de tout péché, parce qu’il devait baptiser Celui qui était sans péché. Ne t’étonne pas, Jean, d’avoir à me baptiser, car il me faudra encore recevoir d’une femme un baptême de parfum: Elle gardera cela pour le jour de ma sépulture (Jn 12, 7), paroles qui caractérisent la mort du Seigneur comme baptême.

Éléazar a fiancé Rébecca près de l’eau du puits (Gn. 24, 1-67); Jacob fit de même pour Rachel (Gn 29, 1-21), et Moïse pour Séphora (Ex 2, 16-21). Tous furent les types de Notre-Seigneur, qui s’est fiancé à son Église dans l’eau du Jourdain. De même que, près de la source, Éléazar a montré à Rébecca son seigneur Isaac qui s’avançait dans les champs à sa rencontre; ainsi Jean, depuis la source du fleuve du Jourdain, a-t-il montré Notre-Seigneur: Voilà celui qui est l’agneau de Dieu, celui-ci est celui qui vient enlever les péchés du monde (Jn 1, 29).

Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

I. Le baptême du Christ.

1. Et Jésus avait environ trente ans (Lc 3, 23), au temps où il vint pour recevoir de Jean le sceau de sa mission. Il agit ainsi pour la confusion des Marcionites. Si, en effet, il n’avait pas revêtu la chair, pourquoi s’approchait-il du baptême? La nature divine n’a pas besoin de baptême. Son âge de trente ans manifeste également son humanité. Permets maintenant que nous accomplissions toute justice (Mt. 3, 15), puisque les libérateurs et les rois ont reçu des prêtres l’onction et la loi. De même qu’il a revêtu la chair et qu’il est apparu comme un pauvre, il s’est aussi approché du baptême, pour rendre témoignage à la vérité de son humanité et, plus encore, pour mettre fin par son baptême à celui de Jean, car il baptisa de nouveau ceux qui avaient été baptisés par Jean. Il montrait manifestement que Jean n’avait pas à administrer le baptême que jusqu’à lui (le Christ); le vrai baptême fur révélé par celui qui le purifia des châtiments de la loi.

2. Il dit: "Permets maintenant", pour ne pas paraître entrer dans sa bergerie comme un voleur, et pour confondre les Pharisiens, qui regardaient de haut et méprisaient le baptême de Jean. Pour honorer l’humilité de son héraut, il dit: Quiconque se fera humble sera élevé (Mt. 23, 12; Lc 14, 11; 18, 14). Et parce que Jean avait confessé: Je ne suis pas digne de délier les courroies de ses sandales (Jn 1, 27; Mc 1, 7), Notre-Seigneur prit la main droite de Jean et la posa sur sa tête: "Permets maintenant que nous accomplissions toute justice", parce que Jean est le talon de la loi: La loi et les prophètes vont jusqu’à Jean (Lc 16, 16). Le Christ, lui, est le commencement du Nouveau Testament. Par le baptême, le Seigneur a revêtu la justice de l’Ancien Testament, pour recevoir la perfection de l’onction et la donner pleinement et intégralement à ses disciples; car, en même temps, il a mis fin au baptême de Jean et à la loi. Il fut baptisé dans la justice, parce qu’il était sans péché, mais il a baptisé dans la grâce, parce que les autres hommes étaient pécheurs. Par sa justice il a abrogé la loi, et par son baptême il a détruit celui de Jean.

3. Accomplissons toute justice. Jean était à la porte du bercail où était rassemblé dans l’unité le troupeau des Israélites; Notre-Seigneur y pénétra non par sa puissance, mais par sa justice. L’Esprit qui reposa sur lui pendant son baptême attesta qu’il était le pasteur et, par l’intermédiaire de Jean, Jésus reçut la prophétie et le sacerdoce. Il avait déjà reçu la royauté de la maison de David en naissant de la maison de David (Lc 2, 4); il reçut le sacerdoce de la maison de Lévi par la seconde naissance que lui conférait le baptême du fils d’Aaron. Qui croit à sa seconde naissance dans le monde, ne peut douter qu’elle lui a donné, avec le baptême de Jean, son sacerdoce. Beaucoup furent baptisés ce jour-là, mais l’Esprit ne descendit et ne se reposa que sur un seul, pour distinguer par un signe celui qui, par son apparence, ne se distinguait pas des autres hommes. Et parce que l’Esprit était descendu dans son baptême, l’Esprit fut donné par son baptême.

II. La tentation au désert

Départ au désert

4. En ce même temps, l’Esprit-Saint le poussa et entraîna au désert, pour qu’il fût tenté par Satan. (Mc 1, 12-13; Mt. 4, 1). Pourquoi Satan ne l’a-t-il pas tenté avant trente ans? Parce qu’un signe certain de sa divinité n’avait pas été donné du ciel; il apparaissait modeste comme les autres et son peuple ne lui rendait pas de témoignage éclatant. Satan s’abstint de le tenter jusqu’au moment du baptême. Mais lorsqu’il entendit: Maintenant, voici que vient l’Agneau de Dieu, et celui-ci est celui qui porte les péchés du monde (Jn 1, 29), il fut grandement stupéfié. Pourtant, il attendit le baptême, pour voir s’il serait baptisé à la manière ordinaire.

5. Et quand la splendeur de la lumière apparue sur l’eau et la voix venue du ciel, lui montrèrent que le Christ était descendu dans l’eau, non comme quelqu’un qui a besoin de pardon, mais comme celui qui comble tout besoin, il réfléchit et il se dit: "Tant que je ne l’aurai pas éprouvé par le combat de la tentation, je ne pourrai pas le reconnaître". Or il ne convenait pas que notre bienfaiteur s’opposât à ce désir de son tentateur. Celui-ci, toutefois, ignorant la manière de le tenter, n’osait pas l’attaquer; tant que Notre-Seigneur ne se fut pas préparé et disposé lui-même au choc du combat, et qu’il n’eut pas revêtu la puissance de l’Esprit pour aller combattre, Satan ne s’approcha pas de lui pour le tenter.

6. L’Esprit-Saint l’entraîna et le poussa au désert, pour qu’il fût tenté par Satan. Dans sa douceur, il ne voulut pas résister, de peur de décourager ceux qui entendraient dire: "Il ne pouvait pas résister au combat de Satan; aussi n’a-t-il pas voulu s’avancer contre son tentateur". S’il agit ainsi, ce fut surtout pour empêcher des apostats de dire que l’Esprit est postérieur au Fils. Si en effet l’Esprit n’entraînait le Fils qu’au choc du combat, sans lui ménager honneur et repos, la réflexion que provoquerait l’acquiescement aux positions adverses. Or, si l’Esprit est postérieur au Fils, comment a-t-il eu la puissance de conduire celui-ci au désert? Car, en le conduisant, il s’est montré le maître. L’affirmation: "L’Esprit l’entraîna, et le poussa au désert, pour qu’il fût tenté par Satan", est semblable à cette autre: Personne ne peut entrer dans la maison du fort et piller ses trésors, si d’abord il ne lie le fort; alors il pillera ses trésors (Mc 3, 27; Mt. 12, 29). Le seigneur a donc lié le fort et il l’a vaincu dans sa propre maison, puis il a commencé sa prédication; il nous a ainsi ouvert la voie du jeûne, par lequel nous vaincrons les artifices de ce méprisable Satan.

7. Et, après quarante jours, parce qu’il jeûnait, il eut faim (Mt. 4, 2). Par sa victoire sur l’adversaire, il l’a flétri et l’a condamné aux yeux de tous les hommes; il nous a aussi appris par ses paroles, à n’avoir faim en ces circonstances que de la seule parole du Seigneur. Pourquoi l’Écriture ne révèle-t-elle nulle part de Moïse et d’Élie qu’ils eurent faim, alors qu’elle le dit de Notre-Seigneur? C’est pour confondre ceux qui disent qu’il n’a pas assumé une chair, et pour donner à Satan l’occasion de l’approcher et de le tenter par ces paroles: Dis à ces pierres de devenir du pain (Lc 4, 3), chose que le Seigneur ne fit pas, pour ne pas céder à la volonté du pécheur. Si pourtant, pour les porcs, il a accordé à Satan ce qu’il désirait, c’était en vue de faire un signe, parce que personne au pays des Gergéséniens ne voulait venir à lui tant qu’il n’aurait pas entrepris d’y faire un miracle (Cf. Mc 5, 1-20).

8. Et comme Satan n’était pas confondu par l’échec de la première tentation, il l’emmena, le plaça sur le faîte d’un temple (Mt. 4, 5; Lc 4, 9). Maintenant encore, cet endroit subsiste, bien que le temple ait été détruit, comme le Seigneur lui-même l’avait dit: Il ne restera pas de lui pierre sur pierre (Mt. 24, 2). La place sur laquelle il s’était tenu debout a été conservée comme un signe. Il lui dit: Jette-toi de haut en bas, car il est écrit qu’ils te garderont, afin que jamais ton pied ne se heurte à la pierre (Lc 4, 9-11; Ps. 91, 11-12). O tentateur, si le psaume s’applique au Christ, n’est-il pas aussi écrit: Il te prendra sur son dos (Ps. 91, 12)? Il est impossible aux oiseaux de tomber, parce que l’air est comme la terre ferme sous leurs ailes. Et n’est-il pas écrit encore: Tu marcheras sur le serpent et l’aspic (Ps. 91, 13)? Mais Satan n’a retenu de l’Écriture que ce qui lui était utile, et il a omis ce qui lui était désavantageux. Ainsi font les hérétiques; ils prennent dans l’Écriture ce qui sert leur scandaleuse doctrine, et ils omettent ce qui la réfute; ils montrent bien par là qu’ils sont les disciples de ce maître.

9. Il le prit de nouveau, le conduisit, l’entraîna sur une très haute montagne et il lui dit: Tous ces royaumes sont miens (Mt. 4, 8-9; Lc 4, 5-6). De ceci certains concluent stupidement que Satan a un domaine. Mais, comme je l’ai dit, ils omettent le mot qui leur est désavantageux pour en prendre un autre. Les mots: " sont miens ", dont ils tirent argument, loin d’attribuer à Satan un domaine, sont plutôt la condamnation de leur opinion. Car les mots qui suivent: Cela m’a été donné (Lc 4, 6), supposent qu’autre est le créateur de ces choses et autre celui à qui elles ont été données. Satan dit encore: J’ai pouvoir sur tout cela (Lc 4, 6). Ce pouvoir, il ne le tient pas de sa nature; il ne l’a que parce que les hommes le veulent bien. Car l’apôtre dit: Vous êtes les serviteurs de celui au service duquel vous vous soumettez (Rom. 6, 16).

10. Satan a dit aussi: Tu tomberas face contre terre, et tu m’adoreras humblement (Mt. 4, 9; Lc 4, 7); ainsi éclate l’arrogant orgueil de celui qui, dès le début, a voulu devenir Dieu. La chair de Notre-Seigneur avertit tous ceux qui sont revêtus de chair que, si quelqu’un descend nu au combat, il sera vaincu; le Seigneur revêtit les armes du jeûne avant de descendre au combat. On a donc besoin d’armes solides contre celui qui envoie les flèches brûlantes et adroites. Dis à ces pierres de devenir pain. Il envoya une flèche comme stimulant à l’assouvissement, afin de tourmenter le Seigneur dans cette faim qu’il ressentait et pour qu’il entrât en tentation. Mais le Seigneur ne voulut pas être dominé par sa faim, parce que sa faim elle-même avait revêtu le jeûne comme une cuirasse. La faim riposta et elle renvoya vers le tentateur les flèches de son assouvissement, pour apprendre à celui qui enseignait l’assouvissement corporel, qu’il y a aussi un assouvissement spirituel, qui n’apparaît pas: L’[homme ne vit pas du seul pain, mais aussi de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt. 4, 4; Dt. 8, 3); celui qui était venu pour tenter, fut donc lui-même tenté et réprimandé par le moyen qu’il avait pris pour proposer: Si tue es le Fils de Dieu, dis à ces pierres de devenir aussitôt pain; la bouche de Satan jugeait que celui qui vient de Dieu peut faire du pain avec ces pierres.

11. Notre-Seigneur a donc fait la leçon au tentateur par cette même Écriture qu’il citait. Si Dieu peut transformer des pierres et en faire du pain, apprends, tentateur, que Dieu peut aussi rassasier sans pain. S’il peut transformer des pierres en nourriture, il peut aussi transformer la faim en satiété. A celui qui a transformé une substance non comestible en nourriture, il n’est pas difficile de transformer la nature de la faim en satiété, sans l’assouvir par quoi que ce soit, mais en changeant substantiellement une chose en l’autre, comme le tentateur l’a dit au sujet de ces pierres, en demandant que le Seigneur en fît du pain. Sur cette montagne, le Seigneur a donc foulé aux pieds les désirs que voulait éveiller le tentateur. Il les a pris et les a jetés à terre, pour que les peuples, jadis foulés aux pieds par eux, les foulent aux pieds à leur tour. A leur place il a apporté tous les biens, pour que règnent sur tout homme ces biens jadis foulés aux pieds par tout homme.

12. De même que Pharaon fut noyé dans les eaux où il avait noyé les enfants (Ex. 1, 22; 14, 23-28), ainsi David trancha la tête de Goliath avec l’épée qui avait servi à tuer beaucoup d’hommes (I Sam. 17, 1-51). Moïse eut confiance dans le mystère de la croix et il fendit la mer; David eut confiance dans le mystère de la pierre et il terrassa Goliath; Notre-Seigneur condamna Satan qui le tentait par la parole de sa propre bouche. Pharaon noyait, et il fut noyé; Goliath fut tué par le glaive avec lequel il tuait; Satan fut vaincu et convaincu qu’il n’était pas Dieu par la chair qui lui servait à perdre les hommes.

Le Rédempteur fut tenté trois fois à la ressemblance des trois immersions par lesquelles il avait été baptisé: Dis à ces pierres de devenir du pain (Lc 4, 3), car c’est le soutien nourricier des hommes. Et de nouveau: Je te donnerai les royaumes et leur gloire (Lc 4, 6), car telle est la promesse de la loi. Et enfin: Jette-toi de haut en bas (Lc 4, 9), ce qui est la descente de la mort. Mais lui ne fut troublé par aucune de ces propositions. Il ne se réjouit aucunement, quand Satan le flattait, pas plus qu’il ne se tourmenta, quand il cherchait à l’effrayer. Mais il allait son chemin, et accomplissait la volonté de son Père.

13. Aucune des machinations et propositions du démon ne fut donc pour le vivificateur un sujet d’angoisse. Ses angoisses nous apaisent, et sa Passion nous procure à tous le repos. Que pouvait-il craindre, celui qui savait qu’aucun dommage ne pouvait lui être fait? La crainte naît continuellement en nous, parce que nous savons bien que le dommage peut nous atteindre.

Ceux qui disent qu’il a été souillé par sa naissance, ignorent qu’ils sont dans l’erreur; ils ne peuvent pas savoir, à cause de leur orgueil. De même, s’ils ne craignent pas, c’est parce qu’ils ne font pas pénitence. Ce monde dans lequel il est venu n’était pas différent du sein maternel, car toutes sortes d’impuretés s’y trouvent aussi. Bien plus, il est entré dans un sépulcre, chose par-dessus toutes répugnantes et immonde. Or il ne pouvait être souillé par un corps, puisque celui-ci est le temple de la divinité (I Co. 6, 19); ce n’est pas une souillure pour Dieu que d’habiter dans son temple. Mais, parce qu’il a voulu tuer la mort et détruire ses traces, il a commencé par les racines des choses, car là où est le corps, là est la mort, et les racines du corps sont dans le sein. C’est là que commence la création et là que la mort commence à corrompre; en effet, il y a beaucoup de femmes dont les enfants meurent pendant le mois même où ils sont conçus, ou qui mettent au monde au second ou au troisième mois, ou à l’un quelconque des suivants. Puisque la mort commence dans le sein et finit dans le tombeau, comment celui qui est le persécuteur de la mort pouvait-il faire autrement que de commencer à lutter avec elle dès le sein, et jusqu’au terme du tombeau, son enclos?

14. Pense donc aux manières variées dont il a voulu vivant, contredire la mort. Il a été un embryon que la mort n’a pu corrompre dans le sien maternel. Il a été bébé, et, pendant qu’on le nourrissait, elle n’a pu le confondre. Il a été enfant, et durant son éducation, elle n’a pu le faire tomber. Il a été jeune homme, et elle n’a pu lui porter atteinte par la concupiscence. Il a été étudiant, et elle n’a pu le vaincre par ses astuces. Il a été docteur, et elle n’a pu le réfuter, à cause de sa sincérité. Il a été conseiller, et elle n’a pu le séduire par ses préceptes. Il a été fort et elle n’a pu l’effrayer en le tuant. Il est mort, et elle n’a pu le garder dans la prison du sépulcre. Étant médecin, il n’a pas été malade; pasteur, il ne s’est pas égaré; docteur, il n’a pas commis d’erreur; et comme il était la lumière, il n’a pas bronché. Telle est la voie parfaite, que le Christ a ouverte à son Église depuis le début, dès sa conception, jusqu’à la consommation de la résurrection.

15. Si donc l’Église est son corps, comme l’a dit Paul, son témoin (Ep. 1, 23), crois que son Église a passé par tout cela sans corruption. De même que, par la condamnation du seul Adam tous les corps sont morts et meurent encore (Rom. 5, 12-21), ainsi par la victoire de l’unique corps du Christ, toute l’Église a vécu et vit encore. Mais, de même que les corps eux-mêmes ont péché et meurent, et que la terre, leur mère, est maudite (Gn. 3, 17-19), ainsi à cause de ce corps, qui est lui-même l’Église incorruptible, sa terre est bénie depuis le commencement. La terre, c’est le corps de Marie, ce temple en qui une semence a été déposée. Regarde l’ange qui vient déposer cette semence dans les oreilles de Marie. C’est par cette parole bien claire qu’il a commencé à semer: Le salut est avec toi, tu es bénie parmi les femmes (Lc 1, 28). Et Élisabeth confirma cette parole, disant une nouvelle fois: " Tu es bénie parmi les femmes " (Lc 1, 42), manifestant ainsi qu’à cause de la première mère qui fut maudite, la seconde mère porte le nom de bénie.

16. L’évangéliste dit aussi: Il s’éloigna de lui pour un temps (Lc 4, 13), jusqu’au jour où, après s’y être longuement préparé, il chercherait à empêcher sa victoire par la calomnieuse envie des scribes. Mais, de même qu’il a été condamné à l’origine, il a été également condamné à la fin, car le Christ a triomphé de lui bien plus encore par la mort. Jésus lui dit: Retire-toi, Satan (Mt. 4, 10), et il l’écarta à cause de son énorme mensonge: Ces royaumes sont miens (Lc 4, 6). Et aussi parce qu’il n’avait pas craint ce que dit le prophète: Dieu domine sur tous les royaumes des hommes, et il les donne à qui il veut (Dn. 4, 14.22.29). Ainsi donc le Seigneur a réprimandé par sa parole l’arrogant orgueil du démon, qui n’a pas pu lui résister; il manifestait de cette manière la puissance de sa vérité, et il apprenait à ceux qui adhèrent à lui qu’ils recevront tous les biens par son don.

Les anges vinrent et ils le servaient (Mt. 4, 11); si, après le baptême, nous entrons en tentation, c’est pour pénétrer ensuite dans le royaume des cieux.

III. La vocation des apôtres

17. Les disciples de Jean, l’ayant entendu parler avec Notre-Seigneur, abandonnèrent leur maître et s’en furent à la suite de Notre-Seigneur. La voix ne pouvait pas retenir des disciples auprès d’elle, et elle les envoya au Verbe (Jn 1, 29-37). Il convient, en effet, qu’à l’apparition de la lumière du soleil, s’éteigne la lumière de la lanterne. Jean ne demeura que pour mettre fin à son propre baptême par le baptême de Notre-Seigneur; puis il mourut, et fut parmi les morts un vaillant héraut, comme il l’avait été dans le sein de sa mère, symbole du tombeau.

18. Les paroles: Nous avons trouvé le Seigneur (Jn 1, 41), manifestent que la renommée du Seigneur s’était répandue depuis l’époque des Mages, et qu’elle s’était fortifiée à cause de Jean qui l’avait baptisé, et du témoignage de l’Esprit. Or le Seigneur s’était éloigné, il s’était à nouveau rendu invisible pour son jeûne de quarante jours. Aussi les âmes attristées désiraient-elles entendre de ses nouvelles; elles étaient ses instruments, selon sa propre parole: Je vous ai choisis avant que le monde fût (Jn 15, 16-19; Ep, 1, 4). Il a choisi des Galiléens, un peuple grossier – les prophètes, en effet, les ont appelés peuple grossier et habitants des ténèbres (Is. 9, 1) –, mais ce sont eux qui ont vu la lumière et les docteurs de la loi en furent confondus: Il a choisi les sots du monde, pour confondre par eux les sages (I Co. 1, 27).

19. De Nazareth est-il possible que sorte quelque chose de bon? ( Jn 1, 46) Il était écrit que le Seigneur naîtrait de la maison de David à Bethléem. Nathanaël crut qu’il venait de Galilée et qu’il était né à Nazareth: "De Nazareth, est-il possible que sorte quelque chose de bon?" vu que le prophète a dit qu’un chef et prince surgirait de Bethléem (Mi. 5, 1). Nathanaël entendit dire qu’il était de Nazareth et c’est pourquoi il dit: Est-il possible qu’un bon chef sorte de Nazareth, alors qu’aucune Écriture ne l’annonce? Aussi Notre-Seigneur, voyant que Nathanaël était un bon témoin, et qu’il n’était pas comme les scribes qui altéraient l’Écriture, pour plier son interprétation à leur propre volonté, dit-il: Voilà vraiment un scribe israélite, en qui il n’y a aucune fausseté (Jn 1, 47). Avant de connaître le Seigneur, il avait demandé s’il était possible qu’un chef sorte de Nazareth, comme de Bethléem. Mais quand il le vit de ses propres yeux, il ne nia plus comme ses compagnons, les scribes; il ne demanda rien, contrairement aux autres, mais il confessa: "Celui-ci est le Christ"; et il sut qu’en lui se réalisait ce qui avait été écrit au sujet de Bethléem et de Nazareth: Un chef est sorti de Bethléem (Mi. 5, 1); et: La lumière s’est levée sur les Galiléens. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière (Is. 9, 1).

Ordre et grandeur des apôtres du Seigneur

20. Ils vinrent à lui pêcheurs de poissons et ils devinrent pêcheurs d’hommes (Lc 5, 10), comme il est dit: Voici que maintenant j’envoie des preneurs d’hommes, et ils les prendront sur toutes les montagnes et sur tous les lieux élevés (Jr. 16, 16). S’il avait envoyé des sages, on aurait dit qu’ils avaient persuadé le peuple et l’avaient trompé et ainsi saisi, S’il avait envoyé des riches, on aurait dit qu’ils avaient berné le peuple en le nourrissant, ou qu’ils l’avaient corrompu avec de l’argent, et ainsi dominé. S’il avait envoyé des hommes forts, on aurait dit qu’ils les avaient séduits par la force, ou contraints par la violence.

Mais les apôtres n’avaient rien de tout cela. Le Seigneur le montra à tous par l’exemple de Simon. Il était pusillanime, car il fut pris de frayeur à la voix d’une servante; il était pauvre, car il ne put même pas payer sa part de tribu, un demi-statère: Je n’ai pas d’or, dit-il, et je n’ai pas d’argent (Ac. 3, 6; cf. Mt. 17, 24-37). Et il était sans culture puisque, lorsqu’il renia le Seigneur, il ne sut pas s’en tirer par la ruse.

Ils partirent donc, ces pêcheurs de poissons, et ils remportèrent la victoire sur les forts, les riches et les sages. Grand miracle! Faibles comme ils l’étaient, ils attiraient, sans violence, les forts à leur doctrine; pauvres, il enseignaient les riches; ignorants, il faisaient des sages et des prudents leurs disciples. La sagesse du monde a fait place à cette sagesse qui est elle-même la sagesse des sagesses.

Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

I. Les Noces de Cana

1. Il y eut des noces à Cana des Galiléens (Jn 2, 1). Notre-Seigneur y vint et sa mère lui dit: Ils n’ont pas de vin. Jésus lui dit: Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme? Mon temps n’est pas survenu. (Jn 2, 3-4). Ce qui signifie: Je ne m’impose pas à eux; qu’ils remarquent eux-mêmes l’absence de vin, et que tous demandent à boire. En parlant ainsi, Jésus voulait faire éclater aux yeux de Marie la grandeur de son don. L’empressement de Marie avait été excessif; c’est pourquoi il lui fit la leçon.

Ou bien: "Mon temps n’est pas survenu" doit s’entendre du moment de la mort du Christ. Les convives étaient ivres; s’il avait répandu ses dons sur eux de force, peut-être n’aurait-il pas échappé au supplice. Or on n’était encore au début de sa prédication.

2. Marie avait pensé qu’un miracle de son Fils lui vaudrait gloire et honneur auprès de foules; c’est pourquoi il dit: "Mon temps n’est pas survenu". Jésus n’a pas agi pour les raisons que Marie avait imaginées; il a plutôt voulu contrarier ses pensées. Pourtant, elle était consciente du miracle qu’il allait faire: Elle gardait toute chose dans son cœur (Lc 2, 51); tout ce que mon fils vous dira, faites-le (Jn 2, 5); elle vit que le vin manquait et elle comprit que ce n’était pas pour rien qu’il était venu à ces noces. On lit dans le grec: Il avait pris place et le vin manqua. Comme sa mère le lui faisait remarquer, Jésus lui dit: Mon temps n’est-il pas survenu? c’est-à-dire il est tout à fait survenu. Marie savait que Jésus ferait là un miracle; Jésus pourtant blâma le doute de Marie; elle dit donc aux serviteurs: Tout ce qu’il vous dira, faites-le.

3. On dit encore que Marie aurait été perplexe: n’était-ce pas à cause de l’arrivée de Jésus qu’on sollicitait les maîtres des noces d’offrir du vin? "On te critique, dit-elle à Jésus, parce qu’à cause de toi ces gens prêtent à la moquerie; on les raille, depuis qu’on a appris qu’à ton arrivée, ils n’ont pas eu de vin à offrir".

4. Elle lui dit: Mon enfant, ils n’ont plus de vin. Jésus lui dit: Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme? Qu’avait-elle dit de mal? On dit qu’elle avait douté de sa parole, en disant: "Ils n’ont plus de vin". D’où la réponse: "Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme?" Que cette réponse lui ait fait comprendre qu’il allait opérer un miracle, ce qu’elle dit aux serviteurs le montre clairement: "Tout ce que mon fils vous dira, faites-le". Pourtant: "Mon temps n’est pas survenu". Et néanmoins, après les exploits du désert, où il avait terrassé son ennemi, il s’approcha, comme un héros, pour un nouvel exploit à ces noces merveilleuses.

5. Marie s’empressa de remplacer les apôtres pour exécuter les ordres du Seigneur. Cependant, elle n’avait pas pour rôle de donner des conseils, de commander, ou de prévenir la parole de Jésus; aussi la réprimanda-t-il, parce qu’elle avait agit avec précipitation: "Mon temps n’est pas survenu"; ils demanderont du vin, tous verront que le vin manque, et alors se produira le signe miraculeux. Ainsi, quand sa mère le vit, après sa victoire sur les enfers, elle voulut le caresser maternellement (Notes de l’édition: Éphrem confond Marie, mère de Jésus, et Marie-Madeleine). Mais Marie qui l’avait suivi jusqu’à la croix, avait été confiée à Jean en ce jour, par ces paroles: Femme, maintenant voici ton fils; jeune homme, maintenant voici ta mère (Jn 19, 26-27). Aussi, après la résurrection, l’empêcha-t-il de s’approcher à nouveau de lui, parce que, dit-il, depuis lors Jean est ton fils.

6. Pourquoi, comme premier signe, Notre-Seigneur a-t-il changé la nature de l’eau? C’est pour montrer que la divinité qui avait transformé la nature dans des outres, avait transformé cette même nature dans le sein de la vierge. De la même manière, en couronnement de ses miracles, il ouvrit un tombeau pour manifester son indépendance vis-à-vis de la mort avide. Il authentiqua et confirma le double bouleversement de sa naissance et de sa mort par cette eau transformée substantiellement en vin de vigne, sans que les urnes de pierre subissent une transformation parallèle. C’était le symbole de son corps, miraculeusement conçu et merveilleusement créé dans une vierge sans l’œuvre d’un homme.

7. Il a donc transformé l’eau en vin pour prouver comment sa conception et sa naissance s’étaient réalisées. Il appela six urnes pour rendre témoignage à l’unique vierge qui l’avait mis au monde. Les urnes conçurent et mirent au monde, contrairement à leur usage, un vin nouveau; elles ne renouvelèrent plus cette merveille. C’est ainsi que la vierge conçut et mit au monde l’Emmanuel, pour ne plus concevoir ensuite. La mise au monde par les urnes transforma la petitesse en grandeur et la parcimonie en abondance, l’eau des sources en un vin doux. En Marie au contraire, la grandeur et la gloire de la divinité changèrent leur aspect en celui de la faiblesse et de l’ignominie. Ces bassins servaient aux purifications des Juifs: Notre-Seigneur y versa sa doctrine, pour manifester qu’il était venu selon la voie de la loi et des prophètes, mais en vue de tout changer par son magistère, comme l’eau devenue vin.

8. Tout homme sert d’abord le vin doux, puis un vin quelconque (Jn 2, 10); il indiquait ainsi que l’économie précédente était déjà un grenier de provisions, car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et les vérités ont été réalisées par Jésus (Jn 1, 17). L’époux terrestre a invité l’époux céleste, et le Seigneur, prêt pour les noces, s’y est rendu. Ceux qui étaient assis à table ont invité celui qui installe les mondes dans son royaume, et il leur a envoyé un cadeau de noces réjouissant; ses richesses n’ont pas eu horreur de leur pauvreté. Ils n’avaient pas assez de vin, même ordinaire, pour leurs invités, et s’il ne leur avait pas versé un peu de ses richesses, ils se seraient levés de table assoiffés et tristes.

9. En retour de leur invitation, il les invita aux noces. Mais, autant il avait multiplié sa participation à leurs repas, autant leurs âmes eurent horreur de sa table, comme leurs pères de la manne. Des anges ont mangé à la table d’Abraham et de Lot; de même Notre a mangé et bu avec eux sans répulsion. Ils l’ont invité, et il est venu à eux; puis lui-même les a invités, et ils ne sont pas venus à ses no ces. Ils l’ont appelé et il n’a pas refusé de venir; lui-même les a appelés et ils ont refusé son repas. Il a honoré ses invités, et ils ont méprisé ceux qui les invitaient. Il a réjoui les convives, et ils ont tué ses serviteurs (Mt. 22, 1-6). Il a comblé la disette des noces, et ils n’ont rien fait des nourritures qu’il leur avait données. Il les a réjouis d’un vin doux, et ils l’ont exaspéré et provoqué à la colère (Dt. 32, 13-19); au lieu de vin doux, il lui ont donné du vinaigre et du fiel (Ps. 69, 22; Mt. 27, 48 et 34).

10. Il avait été invité, mais il ne vint pas avec les invités. Ils vinrent avant lui absorber le vin ordinaire, pour qu’il vînt ensuite et apportât le vin doux. Il fut invité avec eux, sans qu’il eût distinction entre son aspect et le leur. Mais il fit un signe admirable, pour qu’il leur devînt évident qu’il n’était pas leur égal par sa nature. Si son apparence leur faisait soupçonner qu’il était comme eux, lui-même leur apprit, par son signe admirable, qu’il était plus grand qu’eux. Sans mot dire, il changea l’eau en vin, afin que son divin silence éveillât ses gais hérauts, et que le maître de table proclamât avec joie cette heureuse nouvelle aux convives; car le vin, par sa nature, réjouit. L’ordre de Jésus avait exécuté cela avec rapidité, et le bouquet de ce vin dépassait celui de tout autre vin; aussi demandait-on et recherchait-on qui en était l’auteur.

11. Il était revenu triomphant du combat au désert; les noces le reçurent avec joie le troisième jour. Il manifesta ainsi qu’après le choc des combats, il y a de la joie pour les vainqueurs, et que lui-même, bien qu’invité comme un étranger, était le maître des noces, parce que, par sa parole qui comble tout besoin, il avait remédié à ce qui manquait aux noces. Il n’a ni présenté d’autres créatures, ni agi avec les mêmes vieilles choses, en les gardant telles qu’elles étaient; en effet, sans donner à boire de l’eau au lieu de vin, il a évité de sortir du cercle des créatures; il a créé du vin à partir de l’eau créée.

12. Il n’a donc pas amené là quelque créature étrangère, mais il a transformé les mêmes créatures antérieures, afin de manifester par là qu’il en est le maître, et pour que l’on sache, par le fait qu’il ne les dédaignait pas, qu’elles ne sont ni méprisées, ni réprouvées.

Bien plus, à la fin des temps, ces mêmes créatures seront renouvelées, parce que cette volonté qui, par un ordre, a changé rapidement de l’eau commune en vin doux, a la puissance de rendre à toutes les créatures, dans la consommation finale, une inexprimable saveur. Il a encore manifesté, par cette transformation de la vulgarité en joie, qu’aucune créature n’est mauvaise par nature et que leur Créateur est sage par nature. Car il a su qu’il était nécessaire qu’elles fussent créées, en vue de l’épreuve et de la création, afin que, par elles, les justes fussent éprouvés et couronnés, et que les méchants fussent corrigés et perçussent quelque profit. Celui qui a commandé au feu qui consume et, de moyen de perdition, en a fait une consolation(Dan 3, 49-50), celui-là, a la fin des temps également, commandera aux choses pernicieuses et les rendra utiles, aux choses mauvaises et les fera porteuses de joie. Il a d’abord habitué la bouche au goût de son vin, pour séduire ensuite les oreilles et les amener au goût de sa douce doctrine.

II. Première activité de Jésus

Les temps sont consommés

13. Les temps sont consommés (Mc 1, 15), c’est-à-dire la somme des générations. Premièrement d’Adam à Noé, avec l’alliance que constitua la famille des Séthites quand ils se séparèrent et s’écartèrent de la famille des Caïnites. Ensuite de Noé à Abraham, quand défense fut faite de manger du sang: Je vous ai tout donné comme l’herbe du champ; cependant, ne mangez pas le sang, c’est-à-dire, l’âme, et la chair étouffée (Gn. 9, 3-4). En troisième lieu d’Abraham jusqu’à Moïse par la circoncision mais sans la loi, et finalement, par la loi, de Moïse jusqu’à la naissance du Christ. Et désormais les temps sont consommés; plus personne ne modifie ni n’ajoute rien.

14. La première période, jusqu’à Noé, offrit le sacrifice volontaire d[‘Abel: Il nous consolera par ses sacrifices (Gn. 5, 29). Noé offrit un autre sacrifice sur l’autel qu’il construisit sur le mont des Cordoues (Gn. 8, 20-22); Abraham en offrit un autre sur le mont des Amorrhéens (Gn. 22, 1-18); Jacob un autre à Béthel (Gn. 28, 10-22); Josué un autre encore lors du passage du fleuve du Jourdain (Jos. 8, 30-31); un autre fut aussi offert à Silo, où résidait le tabernacle (I Sam. I, 3-21; 2, 12-19); Salomon offrit un autre sacrifice dans le premier temple de Jérusalem (I R. 8, 62-64). Et ce fut enfin le sacrifice du Christ, qu’il a établi dans son Église jusqu’à la fin des temps, et qui ne connaîtra pas de changement. C’est pourquoi: "Les temps sont consommés", parce que dès à présent, le royaume des cieux est prêché (Mc 1, 15). Ou bien encore: "Les temps sont consommés", c’est-à-dire les temps d’Israël.

15. Ses disciples baptisaient (Jn 4, 2), parce qu’ils avaient eux-mêmes été baptisés; ils n’auraient pas pu baptiser les autres, si eux-mêmes ne l’avaient été. Du reste cette parole l’indique: A ceux qui ont été baptisés, plus rien n’est nécessaire (Jn 13, 10). Si tu veux, tu peux comprendre cela en ce sens qu’ils avaient été baptisés dans l’eau. Sinon, voici qu’il leur a dit encore: Vous êtes purs à cause de ma parole, que je vous ai dite (Jn 15, 3). Concède donc que la parole du Christ fut pour eux un baptême, puisque le baptême est sanctifié par la même parole; comme Jean fut sanctifié par le commandement qu’il reçut, ainsi le baptême qui lui avait été confié a été sanctificateur.

16. D’autres disent: Quand il leur a donné son corps, ce fut pour eux un baptême. En effet, s’ils avaient baptisé ou avaient été baptisés sans avoir foi dans son corps et dans son sang, comment à l’avance aurait-il pu dire: Si vous ne mangez de sa chair et ne buvez de son sang, vous n’avez pas la vie (Jn 6, 53)? Et comme ils s’irritaient, il dit aux douze: Voulez-vous, vous aussi, me quitter? Simon lui dit: Nous avons cru et nous avons connu (Jn 6, 67-69). Ils crurent là où les Juifs n’avaient pu croire, ni même écouter.

17. Il choisit Jacques le publicain [2], pour stimuler ses collègues à venir avec lui. Il vit des pécheurs, il les appela et les fit asseoir près de lui. Spectacle admirable: les anges sont debout, tremblants, alors que les publicains, assis, se réjouissent! Les anges sont frappés de crainte à cause de sa grandeur, et les pécheurs mangent et boivent avec lui! Les scribes suffoquent d’envie, et les publicains exultent à cause de sa miséricorde! Les cieux virent ce spectacle et l’admirèrent; les enfers le virent et délirèrent; les scribes le virent et en furent troublés. Il y avait de la joie dans les cieux et de l’allégresse chez les anges, parce que les rebelles avaient été domptés, les indociles soumis et les pécheurs amendés, et parce que les publicains avaient été justifiés. Malgré les exhortations de ses amis, il n’a pas renoncé à l’ignominie de la croix et, malgré les moqueries de ses ennemis, il n’a p[as renoncé à la compagnie des publicains, mais il a méprisé la moquerie et dédaigné la louange, contribuant ainsi au mieux à l’utilité des hommes.

18. Toute la nuit, dit Simon, nous avons travaillé (Lc 5, 5). Par ces paroles est insinué le mystère des prophètes, la doctrine qui tombe du ciel dans le monde, représenté par la mer. Les deux barques (Lc 5, 2.7) sont la circoncision et le prépuce. Ils faisaient signe à leurs compagnons (Lc 5, 7); ce qui annonce le mystère des soixante-douze disciples, parce que les apôtres ne suffisent pas à la pêche et à la moisson.

19. Notre-Seigneur vit leur foi, et il lui dit: que tes péchés te soient remis (Mt. 9, 2). Vois donc ce que la fois des uns accomplit pour les autres. Le Seigneur n’a pas demandé la foi au malade, car c’était un édifice fragile, – il n’avait jamais songé à son âme –, de même qu’il n’a pas demandé la foi au fils unique, mais à son père (Lc 9, 38; Mc 9, 23-24), ni à la fille, mais à sa mère: Même les chiens, dit celle-ci, sont rassasiés (Mt. 15, 27). Aie donc soin de notre âme, car ce que nous demandons, c’est qu’elle ne languisse pas comme celui-là languissait à cause de ses péchés. La parole du Seigneur universel lui parvint, elle le purifia, et le guérit; elle le purifia de ses péchés cachés, et elle guérit sa chair visible. On put alors croire, par ce qui était visible et par ce qui était caché, qu’il était Dieu dans le secret et homme visible; à cause de son humanité, il apparut clairement qu’il était homme et, à cause de sa grandeur intérieure, on put croire qu’il était Dieu.

20. Que tes péchés te soient remis. Quels péchés a-t-il remis? Ceux qu’il avait commis contre lui-même, c’est-à-dire contre Dieu. Notre-Seigneur n’était nullement opposé à la loi; quelle dette immense ne contractaient-ils donc pas, soit envers lui, soit envers son Père, ces hommes qui ne l’agréaient, ni pour la puissance de ses œuvres, ni pour sa justice, ni pour la beauté de ses préceptes!

Et les péchés dont les hommes étaient coupables auprès du Dieu de la loi, comment Jésus les remettait-il, s’il n’était pas uni à Dieu par la naissance? N’est-il pas bien clair qu’il est son Fils? Parce que le paralytique avait péché contre Dieu, il avait été, selon l’enseignement de Jésus, puni dans sa chair. Les paroles: "Que tes péchés te soient remis" n’ont de raison d’être que si le paralytique devait sa maladie et son infirmité à ses péchés. Pourquoi le Seigneur aurait-il remis les péchés, si le paralytique n’était pas son débiteur? Et quel avantage y avait-il pour le paralytique dans ces paroles: "Que tes péchés te soient remis", si, non remis, ceux-ci ne lui avaient aucunement nui, la miséricordieuse bonté du Seigneur lui épargnant, une fois pour toutes, le châtiment?

21. Les pharisiens et les scribes murmurent, et disent que vous mangez et buvez avec les pécheurs et les publicains (Lc 5, 30). Et Notre-Seigneur répondit: Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades, et je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs (Lc 5, 31-32). Sans aucun doute, il y avait en Israël des gens sains et justes; ce n’était pas à eux surtout que s’adressait l’effort ardu de Jésus en vue de guérir les hommes et de les justifier. Parmi les païens eux-mêmes, il y avait aussi des gens sains et justes aux yeux du Créateur. Ce ne sont pas eux qui ont le plus urgent besoin de celui (le Christ) qui vient maintenant, car "ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin", ni les justes de la grâce.

22. Tout le temps que Notre-Seigneur a passé en ce monde, il l’a comparé à des noces, et lui-même à l’époux: Il ne sied pas aux compagnons de l’époux de jeûner tant que l’époux est avec eux. (Mc 2, 19).

23. Voici maintenant que tes disciples font le jour du sabbat ce qu’il n’est pas permis de faire (Mt. 12, 2). Mais le Seigneur les avait déjà habitués et exercés à la vérité des justes, afin que, lorsqu’il enfreindrait la loi par sa plénitude, ils ne s’étonnent nullement. Son Père, du reste, y avait manqué également (Jn 5, 17), pour manifester que la création lui appartient, qu’il y a un gouvernement de la loi et que cette liberté était le remède à la séparation, proposé par le vrai médecin pour guérir les douleurs qui couvraient les hommes des pieds à la tête (Is. 1, 5-6).

Ils se mirent à arracher des épis, à la broyer et à les manger (Lc 6, 1). Ces actes furent accomplis comme une norme et un exemple. En effet, la loi ne permet pas de manger des prémices, tant qu’on ne les a pas offertes à l’autel. Mais eux, avant la moisson, prirent le fruit des prémices réservées aux prêtres. Les pharisiens n’eurent pas l’habileté d’en accuser les disciples, mais ils les réprimandèrent pour avoir transgressé le sabbat.

24. Notre-Seigneur leur proposa le clair exemple de David (Mt. 12, 3-4; I Sam. 21, 1-7) qui, puni pour une autre chose, ne le fut pas (II Sam. 11, 1-27) pour celle-là: Il n’était pas permis à David, dit-il, de manger les pains de proposition, parce qu’il n’était pas prêtre. Prêtre, David l’était pourtant parce que temple de l’Esprit. Et comme ils n’avaient pas encore compris, il leur opposa cette claire déclaration: Leurs prêtres, à l’intérieur du temple, transgressant le sabbat, et ils sont sans péché (Mt. 12, 5).

Le Seigneur nous montre ici autre chose encore. Avant d’être persécuté, David n’osa pas s’approcher des choses saintes; mais quand il eut subi la persécution, alors, d’autorité, il les prit et les mangea. De la même manière, Notre-Seigneur, après les persécutions qu’il subit, donna sa chair à ses disciples et son sang à ses fidèles: Le sabbat est fait pour l’homme(Mc 2, 27), car il est le repos après six jours de travail; c’est pourquoi "il est fait pour l’homme", car c’est à cause de lui qu’il a reçu son nom. Ce n’est pas pour Dieu que le sabbat a été fait, mais "pour l’homme"; et celui qui le donne en est le maître (Mc 2, 28).

Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

I. Le Sermon sur la montagne

1. Au moment où Notre-Seigneur distribuait l’enseignement des béatitudes, il regardait ses disciples: Jésus leva les yeux vers eux, et il commença à dire: Bonheur soit à ceux qui sont pauvres dans leur âme (Mt. 5, 3), c’est-à-dire aux pauvres qui se sont dépouillés. Et pour qu’ils ne s’enorgueillissent pas de cette pauvreté, il dit: Bonheur aux doux (Mt. 5, 4). Moïse était plus doux que tous les fils de son peuple (Nb. 12, 3) et: Qui regarderai-je, et en qui habiterai-je, sinon dans les doux et les humbles de cœur?(Is. 66, 2) et: Souviens-toi, Seigneur, de David et de toute sa douceur (Ps. 132, 1); et: Faites-vous mes disciples, parce que je suis doux et humble, et vous trouverez le repos pour vos âmes (Mt. 11, 29). Bonheur soit à celui qui aura faim et soif de justice (Mt. 5, 6), selon ce que dit le prophète: N’ayant pas faim de pain, ni soif d’eau, mais d’entendre la parole de Dieu (Amos 8, 11). Bonheur soit à ceux qui sont purs de cœur, parce qu’ils verront Dieu (Mt. 5, 8), comme le prophète l’a demandé dans sa prière, disant: Crée en moi un cœur pur, ô Dieu (Ps. 51, 12). Le cœur des justes est pur: Ils verront Dieu, comme Moïse. Bonheur soit à ceux qui sont purs de cœur, car le cœur est l’organe de la respiration, et il ne cesse de battre; pendant la vie, s’il est saint, il envoie la sainteté à tous les membres: Dans le cœur sont toutes les pensées mauvaises (Mt. 15, 19). Bonheur soit à ceux qui pleureront, car ils riront(Mt. 5, 4; Lc 6, 21) selon ce que dit l’apôtre: Si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui (Rm. 8, 17). Bonheur soit aux pacifiques, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu (Mt. 5, 9), selon ce que disaient les anges au temps où ils annonçaient la bonne nouvelle: Gloire dans les hauteurs à Dieu, et paix sur las terre (Lc 2, 14); il a fait paix, par le sang de sa croix, tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre (Col. 1, 20). Et, quand il envoyait ses apôtres, Jésus leur disait: Dans la maison où vous entrez, dites d’abord: paix à cette maison (Lc 10, 5; Mt. 10, 12). Les pacifiques sont "appelés fils de Dieu", selon cette parole de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu (Rm. 8, 14). Bonheur soit à ceux qui souffrent persécution à cause de la justice (Mt. 5, 10), selon la parole du Seigneur: Ils vous persécuteront et vous livreront (Lc 21, 12), et celle de l’apôtre: Ceux qui voudront vivre selon la justice de Jésus-Christ, eux aussi souffriront persécution (II Tm. 3, 12). C’est pourquoi, quand les apôtres étaient méprisés, ils étaient joyeux d’avoir été rendus dignes de souffrir l’injure à cause de son nom (Ac. 5, 41), comme le Seigneur le leur avait prescrit: Exultez et soyez dans la joie, car votre récompense est grande dans le ciel (Mt. 5, 12), et: En ce jour-là, réjouissez-vous (Lc 6, 23).

2. Malheur à vous, riches (Lc 6, 24). Pourtant, Jésus n’a pas étendu sa malédiction à tous les riches. C’est comme lorsqu’il dit: Bonheur soit aux pauvres (Mt. 5, 3), il ajoute dans leur âme, pour ne pas étendre la béatitude à tous les pauvres; de même ici, quand il dit: Malheur à vous, riches, il désigne ceux qui ne cherchent que les richesses.

Les béatitudes ne sont pas promises comme de simples titres; elles ne sont obtenues que par ceux qui en remplissent les conditions. N’importe qui peut obtenir des titres, et sous n’importe quel prétexte, mais l’œuvre signifiée par le titre existe chez celui qui ne veut pas que sa réputation dépasse son mérite. Chaque béatitude est promise à une œuvre, et chaque don est promis à celui qui en mérite la récompense par le travail. La récompense est annoncée en même temps que l’œuvre, et la peine en même temps que la transgression. De même que, par l’association de l’œil et du soleil, apparaît tout ce qui est visible dans le ciel et sur la terre, ainsi le Dieu vivificateur est la lumière des vivants. Quand il s’unit l’intelligence, il l’élève vers les hauteurs et lui montre les choses cachées, il la fait descendre dans les profondeurs et lui montre les choses secrètes. C’est pourquoi: Vous êtes la lumière du monde (Mt. 5, 14), et: Vous êtes le sel de la terre (Mt. 5, 13).

3. Il dit aux scribes et aux pharisiens présents, qui cherchaient une raison pour l’accuser: Je ne suis pas venu abolir la loi ou les prophètes, mais la parfaire (Mt. 5, 17); la perfection est nécessaire à l’imperfection. Et il indique quelle est cette perfection: Maintenant, voici que nous montons à Jérusalem, et tout ce qui est écrit à mon sujet s’accomplira (Lc 18, 31). Des imperfections, l’apôtre a dit: Les choses anciennes sont passées (II Co. 5, 17). Mais, à ceux qui sont baptisés, immergés en vue de l’augmentation de la vertu, et renouvelés par l’abondance du secours divin, le Christ dit: Il est plus facile au ciel et à la terre de passer, qu’à une virgule de la loi de tomber (Lc 16, 17), et: Quiconque transgressera un des commandements du Nouveau Testament… (Mt. 5, 19).

4. A celui qui frappe la joue, tends encore l’autre côté (Lc 6, 29; Mt. 5, 39). Il s’avère ainsi que ce précepte: Gifle pour gifle (Ex 21, 24; Lv. 24, 20; Dt. 19, 21) est imparfait relativement à la vérité instaurée et confirmée au temps de la grâce: Si votre justice n’est pas trouvée plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous ne pouvez pas entrer dans le royaume des cieux (Mt. 5, 20). A ceux-là, il a été dit de ne pas vous mettre en colère; à ceux-là il a été dit de ne pas commettre l’adultère, à vous il est dit de ne pas avoir de mauvais désirs; à ceux-là il a été dit: "Gifle pour gifle", mais ici il est dit: "A celui qui te frappe ta joue, tends encore l’autre côté". Et il enseigne la même chose d’une autre manière: Quand tu fais une offrande sur l’autel, abandonne ton offrande et va te réconcilier (Mt. 5, 23-24); la justice impose bien davantage de ne pas tirer vengeance d’un transgresseur que de ne commettre aucune négligence dans le sacrifice. La loi ordonne et dit: Ne glane pas après les moissonneurs dans ton propre champ, et ne secoue pas les oliviers une seconde fois, et ne grappille pas dans la vigne, mais que cela soit pour les pauvres (Lv. 19, 9-10). C’est adressé à ceux qui sont sous la loi, mais à ceux qui sont chrétiens, Notre-Seigneur a dit davantage: "Si votre justice ne se trouve pas plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous ne pouvez pas entrer dans le royaume des cieux".

5. Vous avez entendu qu’il a été dit: Ne tue pas, car celui qui tue est passible d’un jugement. Mais moi, je vous dis: Celui qui appelle son frère sot… (Mt. 5, 21-22), parce que cette épithète, à cause de sa grossièreté, offense les hommes simples, ceux qui, au lieu de connaître, comme les sages, le cours des pensées, ne connaissent que le cours des temps. Notre-Seigneur a voulu introduire les parfaits parmi les parfaits, c’est-à-dire parmi les anges. Au regard de la sainteté de Notre-Seigneur, les justes sont coupables; ainsi doivent-ils se considérer les uns les autres. Notre-Seigneur a donné la liberté à l’homme de devenir l’imitateur de Dieu, afin qu’il possède par volonté ce que Dieu a par nature. Lui aussi, du reste, malgré ce qu’il possédait par nature, a vécu parmi les hommes selon la liberté.

6. Vous avez entendu qu’il a été dit: Ne commets pas l’adultère; mais moi je vous dis: Quiconque regarde et désire, a commis l’adultère (Mt. 5, 27-28; Ex. 20, 14). Comme il y en avait qui aimaient les richesses, les délices de la volupté et les paroles pernicieuses, Notre-Seigneur dit: Si ta main ou ton pied est pour toi occasion de scandale… (Mt. 18, 8)… Si je t’ai parlé même des membres de ton corps, pourquoi t’épargnes-tu les richesses, les délices ou les mauvaises paroles, qu’il est facile de supprimer? Si, en retranchant un membre, tu apaises en toi les injures, les blasphèmes et les inimités, pourquoi ne coupes-tu pas ta langue, puisque ce retranchement est nécessaire à l’apaisement de toutes tes douleurs? Ou tu as mal agi, ou tu n’as pas bien entendu. Ou tu n’as pas retranché le membre mauvais, ou tu as sottement compris le précepte. Du fait que tu ne t’es pas mutilé, tu donnes la preuve certaine que tu as mal fait; tu n’as pas coupé le membre, parce que tu as craint la douleur; tu as préféré transgresser le précepte que de perdre le membre.

7. Le blasphème cesse-t-il par l’ablation de la langue? S’il cesse, ceux qui ne se coupent pas la langue font-ils mal? S’il ne cesse pas, ceux qui l’ont coupée, ont-ils mal compris? Comment Notre-Seigneur ordonnerait-il de retrancher les membres qui, supprimés, provoquent la mort du corps, si, par là, un inconvénient certain n’était pas écarté? Ce ne sont pas les membres bien faits, unis par la divinité, qu’il faut retrancher, mais les mauvaises pensées, amassées par la liberté, conformément à la recommandation de Notre-Seigneur de lutter généreusement pour ne pas être vaincus, et selon ce que dit le prophète: Déchirez vos cœurs, et ne déchirez pas vos vêtements (Joël 2, 13). L’œil droit du riche, ce sont ses richesses; elles lui sont une occasion de chute qu’il ne retranche pas et ne rejette pas (Cf. Lc 12, 16-21; 16, 19-31; 18, 18-25). Et la main droite d’Hérode, c’était Hérodiade; au lieu de retrancher et de rejeter cette main souillée, il retrancha et rejeta une tête sainte.

8. Simon avait retranché et rejet tous les membres du vieil homme, de peur qu’ils ne lui soient une occasion de chute: Maintenant, voici que nous avons tout abandonné (Mt. 19, 27). Certes, ils n’ont laissé ni l’œil, ni l’oreille, ni le nez du vieil homme; il ne les ont ni arrachés, ni jetés. L’œil, c’est la concupiscence, nourrie par les yeux; l’oreille, c’est la calomnie, et ainsi de suite. De là vient la parole de l’apôtre: Mortifiez vos corps, c’est-à-dire la fornication (Col. 3, 5). L’œil droit, c’est encore l’amour, car l’homme désire la femme par amour quand il la voit, et les paroles de Notre-Seigneur visent cette situation. La main est l’instrument de nourriture, et le pied une aide. De la langue, le Paraclet n’a pas parlé, parce que le corps n’a pas deux langues. En outre, la langue ne voulait pas parler de sa propre suppression; cependant, par son silence, elle a parlé d’elle-même et contre elle-même.

9. Celui qui dit à son frère: Indigne, ou sot (Mt. 5, 22). Ta rétribution n’est pas assurée selon ton calcul; si tu dis de quelqu’un qui est adultère qu’il commet ce péché, tu ne retires rien de ta médisance, et lui n’en reçoit pas de châtiment plus grand que celui qu’il mérite. Si pourtant il tient compte de ce qu’on dit de lui et s’il fait pénitence, il en tire abondant profit, tandis qu’il t’arrive ce que te dit l’Écriture: Il lui adviendra selon ce qu’il a voulu faire à son frère (Cf. Lc 6, 31 et 38). La justice avec laquelle tu t’es hâté de lui donner son salaire ne sera ni paresseuse ni lente à te rendre ton propre salaire.

10. Il arrive donc que l’homicide qu’on reproche se retourne contre celui qui le souligne. De même l’adultère dont on accuse par calomnie revient sur celui qui a calomnié. L’idolâtrie du peuple d’Israël a été appelée un adultère envers Dieu. La calomnie n’est-elle pas, elle aussi, un adultère, une fornication de la vérité? Examine ces enseignements, et vois leur unité. Parfois, Satan pousse l’homme au mal par un de ses membres et il le bouleverse; d’autres fois, il met un mensonge dans la bouche des autres, il les souille, les pousse à dire des calomnies et ceux qui les entendent à y croire.

11. Vous avez entendu qu’il a été dit: Œil pour œil; mais moi je vous dis: Ne résistez nullement au méchant (Mt. 5, 38-39; Ex. 21, 24; Lv. 24, 20; Dt. 19, 21). Une fois terminés les temps prévus pour une première nourriture, l’aliment solide a été prêché. Il y a d’abord eu les temps de châtiment, parce qu’il convenait de dégager du mal le peuple d’Israël. Une fois finie cette fonction de justice, la miséricorde a manifesté son rôle de grâce. "Œil pour œil": c’est une œuvre de justice; A celui qui frappe ta joue tends encore l’autre côté: c’est une œuvre de grâce. Les deux œuvres répandaient leur parfum sans arrêt, jaillissant des deux testaments. L’Ancien Testament tuait des animaux en expiation, car la justice ne permettait pas qu’un homme meure à la place d’un autre; le second Testament a été constitué par le sang d’un homme qui, par sa grâce, s’est donné lui-même pour tous (He. 9, 11-14). L’un fut donc le commencement et l’autre la fin. Or ce qui détient à la fois le commencement et la fin est parfait. Pour celui à qui manque le sens de la sagesse, le commencement et la fin sont séparés l’un de l’autre, mais, pour celui qui réfléchit, ils ne font qu’un.

12. Aussi ce joue pour joue a-t-il été transformé en perfection:  A celui qui te frappe ta joue, tends encore l’autre côté". Nous connaissions le premier Testament dans sa racine comme une eau, mais si nous observons le précepte: "A celui qui te frappe ta joue…", c’est comme si nous buvions du vin. Ainsi donc, dispensés de la pauvreté des autres hommes, nous sommes chaque jour en quête d’un gain nouveau. Ne pensons pas que nous fassions quelque chose, mais pensons que tout est fait pour nous, parce que c’est pour notre propre avantage que nous avons reçu le précepte d’aime nos ennemis, et non pour le leur.

13. Notre-Seigneur est venu dans le monde comme un enfant innocent, et il n’a infligé aucun de ces maux dont les anciens avaient affligé le peuple; mais, après les avoir séduits et attirés à lui par une guérison visible, il se mit à y mêler des guérisons spirituelles, disant: Si tu crois (Mc 9, 23). Et parce qu’il était plus parfait que tous les docteurs, ce qui avait crû lentement à travers ses prédécesseurs, devint avec lui un fruit mûr plein de saveur. Il fut lui-même frappé à la joue, indiquant ainsi, en même temps que le précepte sa réalisation; il enseigna: "A celui qui frappe ta joue, tends encore l’autre côté".

14. Moïse fit sortire le peuple du degré de la circoncision; il l’éleva et l’installa sur le degré de la justice. Il dit: Ne frappe pas ton prochain injustement; si cependant il te frappe, exige ta vengeance, mais justement (Ex. 21, 12-14; Lv. 24, 17-19). Notre-Seigneur, lui, fit sortir les hommes du degré de la justice; il les éleva et les installa sur le degré de la grâce, afin que tu ne cherches pas à te venger de "celui qui a frappé ta joue", mais "tends-lui encore l’autre côté". Si donc quelqu’un veut frapper en vertu de la justice de Moïse, il perd le profit de cette justice qui lui a appris: Ne frappe pas injustement L’Israélite, en tirant vengeance, n’était pas coupable, il ne commettait pas d’injustice, parce que la vengeance était alors en usage. Celui qui, (obéissant à ce précepte) du Seigneur, a joute à la remise de la somme qu’on lui doit celle de son intérêt, perdra-t-il (au cas où son don ne serait pas accepté, le mérite de l’avoir offert) ce qu’on ne lui demandait pas?> Parce qu’il a pardonné, il sera récompensé pour avoir subi le premier soufflet, bien que ce fût par contrainte, et on lui ajoutera une récompense pour le second, bien qu’il ne lui ait pas été infligé, parce qu’il s’est offert à lui.

15. Comme Moïse, Notre-Seigneur a délivré de l’injustice, mais il a fait bien plus que Moïse. Celui qui se venge perd beaucoup. Notre-Seigneur n’a donc pas voulu que ceux qui sont dépouillés recherchent un gain en cachette. Mais, par sa patience, il leur a enseigné toute la gloire que gagne la patience. Nombreux furent ses vengeurs, parce qu’il ne s’était pas vengé lui-même. Bien plus, quand il fut cloué en croix, les astres, par leur éclipse, réclamèrent pour lui et le vengèrent (Lc 23, 44). La qualité des récompenses annoncées fait le lien de propositions qui semblent se contredire l’une l’autre. Il y a un grand gain pour celui qui ne frappe pas son prochain injustement, une grande utilité pour celui qui ne cherche pas à se venger justement de son bourreau, une grande victoire pour celui qui, par grâce, renonce à rendre "gifle pour gifle". Il n’a pas agi injustement, il n’est donc pas coupable; il n’a pas recherché sa vengeance, c’est pourquoi il a été récompensé; il a donné plus qu’il n’était exigé, il sera donc couronné.

16. Mais toi, quand tu jeûnes, lave ta face et oins ta tête (Mt. 6, 17), tout d’abord pour que tu ne te fasses pas remarquer par les hommes, et que ton jeûne ne se fasse pas en vue d’une gloire humaine; secondement le Seigneur nous apprend à chercher à plaire, par un jeûne caché, à celui qui récompense l’œuvre cachée: Afin que tu n’apparaisses pas aux hommes comme jeûnant (Mt. 6, 18), de peur que la louange de ceux qui surprendront le jeûne ne prive le jeûneur de la récompense du jeûne: Ton Père, qui voit ce qui est caché, te récompensera en public (Mt. 6, 18). En disant: "Lave ta figure et oins ta tête", la parole de Dieu t’invite au mystère. Car celui qui oint sa tête est parfumé par la science de Dieu, et l’esprit de celui qui lave son visage est purifié de la souillure. Entends donc ce commandement des membres intérieurs; "lave ta face" de ton esprit de la souillure des injustices, "et oins ta tête" de la sainteté, pour devenir participant du Christ.

17. Si la lumière qui est en toi, est ténèbre (Mt. 6, 18); c’est-à-dire si tu pèches par les aumônes, qui sont pourtant des œuvres de lumière qui justifient, tu pécheras d’autant plus par les fautes qui obscurcissent. L’adultère et le blasphème n’ont qu’un aspect, parce qu’ils provoquent à la transgression; mais les aumônes ont deux aspects; si on les donne à cause de la gloire humaine, elles provoquent à la transgression, mais si la main qui donne est tendue vers l’indigent par charité, la pensée du donateur est également tendue vers Dieu qui récompense. C’est ce que dit le Seigneur: Là où sont vos trésors, là aussi seront vos cœurs (Mt. 6, 21; Lc 12, 34).

18. Ne jugez pas injustement, afin de ne pas être condamnés (Mt. 7, 1; Lc 6, 37) pour injustice. Remettez et il vous sera remis (Lc 6, 37), afin que, lorsqu’un homme juge selon la justice, il remette par grâce, en sorte que, lorsqu’il est lui-même jugé selon la justice, il soit digne de la grâce du pardon. Ou bien c’est à cause des juges qui cherchent à se venger eux-mêmes qu’il a dit: Ne punissez pas (Lc 6, 37), c’est-à-dire ne recherchez pas la vengeance pour vous-mêmes, ou ne jugez pas d’après des apparences et des opinions pour punir aussitôt, mais faites d’abord des reproches et donnez des avertissements.

19. A celui qui aura, on donnera et à celui qu’ on n’aura pas, ce qu’il espérait devenir sien, cela même on le lui prendra (Lc 8, 18). Selon ce qu’il dit ailleurs: Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (Mt. 11, 15); à ceux qui avaient les oreilles de l’esprit dans les oreilles du corps pour entendre ses paroles spirituelles, Notre-Seigneur donnait la doctrine de son enseignement à profusion, plus abondamment qu’auparavant. Mais à ceux qui pensaient qu’ils recevraient, il a pris même ce qu’ils avaient, puisqu’il dit: Ils verront clairement et pourtant ne verront pas. (Mc 4, 12). A celui qui aura on donnera, et à celui qui n’aura pas, cela même qu’il a on le lui prendra. Celui qui n’est pas digne de ce qu’il a, comment peut-il espérer recevoir ce qu’il n’a pas? Mais à l’homme qui est digne de ce qu’il a, on ajoutera ce qu’il n’a pas. Si cependant il n’est pas digne, "même ce qu’il aura, on le lui prendra" (Mt. 13, 12). La grâce est donnée à l’homme dans la mesure où il peut la recevoir, en sorte qu’elle est déposée en celui qui l’accepte avec la promesse d’une grâce semblable: A celui qui a, on ajoutera (Mt. 13, 12; 25, 29; Mc 4, 25), pour que lui-même s’enrichisse intérieurement de cette grâce.

20. Ici-bas, aucune augmentation de grâce ne se produit sans un premier don adapté à nos possibilités. L’esprit de sagesse n’est pas donné à un homme qui a de vaines pensées, de peur que cette lumière soit trop forte pour lui. Mais l’Esprit-Saint, révélateur des mystères, est donné à celui qui est capable d’accueillire les mystères, pour que fleurisse en lui la sagesse qui épanouit et que soit à sa portée la parole qui réjouit. Nous avons emprunté; soyons gens qui restituent. Si nous reconnaissons notre dette devant celui qui nous a prêté, il ajoutera à ce que nous avons déjà reçu; si nous refusons de la reconnaître, ne doutons pas qu’il reprendra ce que nous avions reçu. Tout ce que nous avons reçu, bien que cela nous appartienne, il le reprendra, si nous refusons de reconnaître notre dette; mais si nous remercions et si nous croyons, ce qui est auprès de lui, est aussi à nous: "A celui qui a, on donnera". A la justice de la loi, en Paul, a été ajoutée la foi du vivificateur. Mais à celui qui n’a pas même la justice pour accomplir ce qui est la loi, "même ce qu’il aura, on le lui prendra". Car la voie de la loi va jusqu’à Jean-Baptiste (Mt. 11, 13). Celui qui estimerait légitimement que ses péchés lui sont remis, ne devrait pas se contenter de cette rémission.

21. Ne donnez pas les choses saintes aux chiens (Mt. 7, 6). Celui qui n’annonce pas la bonne nouvelle de Notre-Seigneur pèche parce qu’il n’observe pas le commandement, et de même celui qui donne "les choses saintes aux chiens". Même si les chiens ne dévorent pas les choses saintes, et si les porcs n’ont pas besoin de perles, celui qui agit ainsi ressemble à celui qui cache l’argent de son maître (Mt. 25, 18), et il a le même sort. Celui-ci n’a pas fait augmenter, et celui-là n’a pas conservé.

II. Guérison du serviteur d’un centurion

22. Le centurion vint avec les anciens du peuple et il demandait au Seigneur de ne pas dédaigner de venir et de sauver son serviteur. Et comme le Seigneur avait accepté d’aller avec lui (Cf. Lc 7, 3-6; Mt. 8, 5-7), il lui dit: Seigneur, ne te dérange pas, mais dis une parole, et il sera guéri (Lc 7, 6-7). Et quand le Seigneur eut entendu cela, il fut dans l’admiration (Lc 7, 9). Dieu a admiré un homme. Et il dit: Jamais, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi (Mt. 8, 10), afin de confondre les Israélites qui n’avaient pas cru en lui comme cet étranger. Le centurion avait pris avec lui des Israélites et les avait amenés pour lui servir d’avocats, mais ils furent repris, parce qu’ils n’avaient pas la foi de ce centurion. C’est pourquoi: Ils iront dans les ténèbres extérieures (Cf. Mt. 8, 12).

III. Résurrection du fils de la veuve

23. Le fils de la vierge vint au-devant du fils de la veuve; il devint comme une éponge des larmes de celle-ci, et la vie pour son fils défunt. La mort retourna dans sa caverne et elle tourna le dos à celui qui triomphait d’elle (Cf. Lc 7, 11-15).

IV. Austérité de la vocation apostolique

24. Les renards ont leurs tanières, mais le fils de l’homme n’a pas de place où reposer sa tête (Mt. 8, 20); il n’y avait ni repos pour sa tête, ni habitation pour sa divinité: Qui regarderai-je, et en qui habiterai-je, sinon en ceux qui sont doux de cœur? (Is. 66, 2) (Peut-être celui qui reçut cette réponse), voyant des morts ressusciter et des aveugles ouvrir les yeux, pensa-t-il en lui-même que celui qui pouvait réaliser de telles œuvres avait beaucoup d’argent; aussi dit-il: Moi aussi, je viendrai à ta suite (Mt. 8, 19). C’est pourquoi il reçut comme réponse: "Les renards ont leurs tanières", mais le Seigneur ne possède pas ce qu’ont les renards, c’est-à-dire une habitation.

V. La tempête apaisée

25. Celui qui dormait s’est levé et il a apaisé la mer, pour que l’agitation de la mer subitement apaisée manifestât la puissance de sa divinité, qui ne dort jamais: Il apostropha le vent et celui-ci cessa (Lc 8, 24). Qu’est-ce que cette puissance? Et quelle est cette clémence de Jésus? Voici qu’il se soumet la mer par force; par ce qui était en-dehors de lui-même, la tempête de la mer et les démons qu’il réduisit au silence, Notre-Seigneur a manifesté qu’il était le fils du Créateur.

VI. Le démoniaque gérasénien

26. Les Géraséniens avaient décidé de ne pas sortir et de ne pas aller voir le signe de Notre-Seigneur. C’est pourquoi il étouffa leur troupeau de porcs, afin qu’ils sortissent contre leur gré. La Légion qui s’assagit, est l’image du monde dont la fureur s’est assagie et apaisée, grâce au vivificateur de tous. Si les démons n’ont pas pu entrer dans les porcs jusqu’à ce qu’ils en aient reçu la permission, combien plus seront-ils privés du pouvoir d’enter dans l’image de Dieu! Puissent les infidèles comprendre que le Seigneur a le pouvoir de chasser le démon d’un seul homme et de lui donner la permission d’entrer dans les autres, et puissent-ils craindre! Qui, en effet, préserve secrètement les hommes des démons, sinon celui qui a donné aux démons la permission d’entrer dans des porcs, et non dans des hommes? Celui de qui ils ont dit: C’est par Béelzébul qu’il chasse les démons (Lc 11, 15), a combattu contre Satan sur la montagne, et ici contre Légion, son chef (Cf. Mc 5, 9). Et lorsqu’ils furent entrés dans les porcs, au même moment, ils les étouffèrent (Mc 5, 13), afin qu’apparût la bonté du Seigneur qui protégeait cet homme. Et les démons se mirent à le prier de ne pas les chasser de cet endroit, et de ne pas les envoyer prématurément dans la géhenne (Mc 5, 10; Lc 8, 31). Celui qui dit: Allez au feu éternel qui a été gardé pour Satan et ses anges (Mt. 25, 41), comment chassait-il Béelzébul et lui promettait-il la géhenne? Pourtant, cette parole atteste qu’il en fut bien ainsi: "De ne pas les envoyer prématurément dans la géhenne" (Lc 8, 31).

Les Géraséniens chassèrent de leur ville celui qui pouvait chasser les démons de leur terre. Et parce que les habitants de cette terre avaient craint qu’il ne donnât aux démons l’ordre d’entrer en eux, il renvoya l’homme en disant: Va et proclame (Lc 8, 38-39; Mc 5, 19) que des maux leur arriveront, parce que les démons rejetés de partout, entreront bientôt en eux. Ils n’avaient pas laissé entrer chez eux le médecin qui chasse les démons; aussi accrurent-ils encore leurs douleurs. Si donc le Seigneur de toute bonté était le fils d’un dieu étranger, comment a-t-il étouffé des porcs, réputés œuvre impure du créateur, comment a-t-il accompli la volonté même des démons et imposé une perte au propriétaire du troupeau, et comment les démons ont-il reconnu leur bourreau?

Celui qui dormait s’est levé et il a apaisé la mer, pour que l’agitation de la mer subitement apaisée manifestât la puissance de sa divinité, qui ne dort jamais: Il apostropha le vent et celui-ci cessa (Lc 8, 24). Qu’est-ce que cette puissance? Et quelle est cette clémence de Jésus? Voici qu’il se soumet la mer par force; par ce qui était en-dehors de lui-même, la tempête de la mer et les démons qu’il réduisit au silence, Notre-Seigneur a manifesté qu’il était le fils du Créateur.

Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

LA GUÉRISON DE L’HÉMORROISSE

1. Louange à toi, fils d’une substance cachée, parce que, par les plaies cachées et les tourments d’une femme affligée d’un flux de sang, ta guérison cachée était annoncée, et les gens voyaient la divinité invisible à travers une femme visible. Tandis que le Fils guérissait, sa divinité apparaissait et la guérison de la femme atteinte d’un flux de sang manifestait sa foi. Elle faisait de lui l’objet de sa prédication, mais elle était elle-même prêchée avec lui; vérité et hérauts de la vérité étaient ensemble proclamés. De même que cette femme était témoin de sa divinité, il était, lui, témoin de sa foi.

2. La femme lui a donné sa foi en gage et, en récompense, il lui a donné la santé. La foi de la femme ayant été publique, sa guérison fut prêchée ouvertement. Parce que la puissance du Fils avait brillé et qu’elle l’avait magnifié, les médecins et leurs remèdes furent confondus. Il apparut combien la foi dépassait l’art, et la puissance cachée les remèdes visibles. Avant que ne soient exposées les pensées de la femme, Notre-Seigneur les a connues, alors qu’on croyait qu’il ne connaissait même pas cette personne. Elle avait interrogé les disciples, qui cherchaient un prétexte pour la mépriser. Mais le Seigneur ne permit pas à ses disciples de la mépriser. Il semblait ne pas savoir, puisqu’il demanda qui l’avait touché (Lc 8, 45); il était pourtant conscient des choses secrètes, lui qui ne l’a guérie qu’à cause de sa foi en lui. Il a vu d’abord la foi cachée de la femme; ensuite il lui a accordé une guérison manifeste. S’il voyait une foi invisible, combien plus une humanité visible.

3. Bien que, pour raison d’utilité, Notre-Seigneur se fut présenté comme non informé des choses évidentes, cependant, par cette attitude même, il démontra sa prescience qui lui faisait connaître les choses secrètes. Comment? Mais par la parole de Pierre: Les foules ’entourent de tous côtés et te pressent, et tu dis: Qui m’a touché? (Lc 8, 45; Mc 5, 31) Simon indiquait à Notre-Seigneur que toute la foule le touchait, et Notre-Seigneur indiqua à Simon qu’une seule parmi tous l’avait touché. Tous le touchaient à cause de la bousculade des foules: une seule, cependant, pressée de douleurs, l’avait réellement touché. Simon avait voulu indiquer à Notre-Seigneur combien les gens le touchaient, mais Notre-Seigneur montra à Simon la foi qui l’avait touché.

4. Beaucoup le touchaient; remarque pourtant qu’il fut nécessaire de rechercher parmi beaucoup la seule qui l’avait réellement touché. Si donc tous le touchaient, et si parmi tous on en rechercha une, il est clair qu’il connaissait tous ceux qui le pressaient, puisque pas même une seule femme n’a pu lui être cachée. Et comme tous indistinctement s’approchaient de lui et le touchaient, et que du regard il en recherchait une seule parmi tous, il est clair qu’il les connaissait tous comme celle-ci, puisqu’il avait pu distinguer celle que rien ne distinguait des autres. Beaucoup le touchaient à ce moment, mais comme un homme; on chercha celle qui l’avait touché comme Dieu, pour dénoncer et réprimander ceux qui ne le touchaient que comme homme. Il sépara de tous une seule femme qui l’avait touché avec tous, afin d’enseigner à tous, par un seul mot, qu’il savait pourquoi et comment chacun le touchait.

5. Celui donc qui s’approchait de lui corporellement éprouvait un contact corporel, et celui qui s’approchait spirituellement touchait, à travers l’humanité palpable, la divinité impalpable. Celui qui s’approchait de lui comme d’un homme, entrait en contact avec son humanité, et celui qui s’approchait de lui comme de Dieu, trouvait des trésors de guérison pour ses douleurs.

6. Si, guérie de tout tourment, la femme s’était secrètement retirée, outre que ce miracle serait resté caché à beaucoup, elle serait, bien que guérie de corps, restée spirituellement malade. Parce que le Seigneur l’avait guérie, elle croyait qu’il était juste; cependant, ne le connaissant pas parfaitement, elle aurait douté qu’il fût Dieu. En effet, il y en avait qui, s’approchant des justes, étaient guéris, mais ils le faisaient de telle manière que les justes ne savaient pas qui, parmi ceux qui les approchaient, avaient été guéri. Pour que l’esprit de celle qui avait été guérie de corps ne soit pas malade, le Seigneur prit également soin de le guérir; même dans les guérisons du corps, il visait à la guérison de l’esprit. C’est pourquoi il dit: Qui a touché mes vêtements? (Mc 5, 30). Le Seigneur manifesta qu’une créature humaine l’avait touché, mais il ne voulut pas manifester laquelle l’avait touché. Non pas qu’il ait voulu tromper, lui qui, par cette parole, cherchait à empêcher la fraude. Il n’a pas non plus agi ainsi pour éviter de confesser la vérité, mais pour que les hommes confessent la vérité.

7. Pourquoi donc le Seigneur n’a-t-il pas manifesté qui l’avait touché? Il convenait que celle qui avait été guérie servît de témoin au médecin; celle qui avait été guérie publiquement devait rendre témoignage à la puissance qui l’avait guérie dans le secret. Le Seigneur, vivant au milieu de ses ennemis, ne s’est pas hâté de se rendre témoignage à lui-même; il a attendu que son œuvre devînt son héraut (Cf. Jn 5, 31.36; 10, 25.38). Par sa patience, il encourageait ses amis et dénonçait ses ennemis. Et comme, dans sa longanimité, il avait amené la femme malade au milieu des foules, ses amis et ses ennemis la virent; ils reconnurent que c’était elle qui avait importuné tous les médecins et que tous les médecins avaient importunée (Cf. Mc 5, 26; Lc 8, 43). Une puissance fut envoyée, qui sortit de lui; elle toucha le sein impur sans en avoir horreur. De la même manière, la divinité n’eut pas horreur d’habiter dans un sein sacré. Car, soit selon la loi, soit en dehors d’elle, la vierge était plus sainte que celle que l’abondance de son sang rendait abominable. Les ennemis du Christ reçurent un blâme sévère pour avoir mal agi envers celui à qui avait obéi un flux de sang véhément, inhérent à la nature; car leur libre volonté lui avait désobéi.

8. Ses amis étaient donc fortifiés par sa nature humaine et ses ennemis recevaient de sa divinité un reproche sévère. Ses amis apprirent que, comme sa puissance avait touché le sein torturé par la douleur pour l’utilité de celui-ci, ainsi sa divinité, prenant demeure dans l’humanité, lui avait été unie pour l’utilité de celle-ci, ainsi sa divinité, prenant demeure dans l’humanité, lui avait été unie pour l’utilité de celle-ci. Mais ses ennemis se choisissaient déjà une prière d’achoppement (Cf. Is. 8, 14; 1 Pi 2, 8). Ils disaient: Il ne connaît pas la loi, car une femme impure selon la loi l’a touché et il n’en a pas eu horreur. A ceux qui s’étaient voilé les yeux de leurs propres mains, il n’apparaissait pas comment cette puissance par laquelle des choses impures sont purifiées, n’était-elle pas elle-même souillée par leur souillure. En effet, si la puissance du feu purifie des choses souillées sans être elle-même souillée, combien plus la puissance de la divinité du Seigneur purifie-t-elle sans devenir elle-même impure? Car le feu n’a pas besoin de purification; bien plus, rien ne peut le souiller. Et s’il y a une distance entre les choses pures et impures, un souffle de vent et un coup de soleil les mélangent en les touchant, pour qu’il soit clair que seul est impur ce qui souille la vie de la liberté.

9. Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il dit: Qui m’a touché? (Lc 8, 45) C’était afin que celle qui avait perçu sa guérison sût que le Seigneur connaissait sa foi. Par sa santé retrouvée, elle sut qu’il était médecin de tous, et par sa question elle reconnut qu’il était celui qui scrute tout: Mais comme elle avait vu que cela même ne lui était pas caché (Lc 8, 47), elle pensait en elle-même qu’ il était impossible que rien ne lui fût caché. Aussi Notre-Seigneur lui montra-t-il que rien ne lui était caché, afin qu’elle ne le quittât pas déçue. Elle avait appris que le Seigneur guérissait les plaies visibles; elle apprit en outre qu’il était conscient des choses cachées. Elle crut que celui qui guérissait les plaies du corps et scrutait les secrets de la pensée, était aussi le maître du corps et de la pensée. En tant que maître du corps, Notre-Seigneur avait dompté le corps et ses passions; comme juge de la pensée, il avait éclairé l’intelligence et ses réflexions. La femme craignit désormais de transgresser son commandement par la moindre action, parce qu’elle eut conscience d’être vue par celui qui l’avait aperçue quand, par derrière, elle s’était approchée de la frange de son manteau (Mt. 9, 20). Elle craignit de transgresser et de pécher jusque dans ses pensées, car elle sut que rien n’était caché à celui qui lui-même avait témoigné, que "cela même ne lui était pas caché".

10. Si la femme, une fois guérie, s’était retirée en secret, Notre-Seigneur l’aurait privée de la couronne d’une vertu héroïque. Or il convenait de couronner publiquement la foi qui avait brillé dans ce combat caché. C’est pourquoi il orna sa tête d’un couronne spirituelle en lui disant: Va en paix (Mc 5, 34); la paix était la couronne de sa victoire. Mais pour manifester qui était le maître de cette couronne, en disant ici: "Va en paix", Notre-Seigneur ajouta: "Ta foi t’a sauvée" (Mt. 9, 22), pour qu’on vît que la paix donnée par la bouche du Christ était une couronne pour la foi de cette femme: Ta foi t’a sauvée. Il est clair que c’est sa foi qui a été couronnée, puisque c’est la foi qui l’avait rendue à la vie. C’est pourquoi il s’exclama: Qui a touché mes vêtements? indiquant ainsi à tous celle qui avait touché plus que tous. De même qu’elle avait choisi de l’honorer plus que tous, d’abord en s’approchant de lui par derrière, puis en touchant la frange de son vêtement, ainsi convenait-il qu’elle fût plus honorée que tous.

11. Je sais que quelqu’un m’a touché (Cf. Lc 8, 46). Pourquoi n’a-t-il pas amené de force au milieu de tous celle qui l’avait touché? Parce qu’il a voulu enseigner l’audace de la foi, afin qu’elle apprenne à voler dans le secret et à se glorifier de son vol; en effet, le Seigneur, mis en présence de la foi, lui avait enseigné à voler. En louant la foi après son vol, il la préparait à se glorifier de son vol. La foi a volé et elle a été magnifiée; elle avait pris par fraude et elle fut louée. Par là Notre-Seigneur montrait combien s’appauvrit une foi dégradée et qui n’a pas volé, et quelle confusion elle se prépare en n’enlevant pas de force. Rachel fut louée pour son vol d’idoles, et couronnée pour son adhésion à la vérité (Cf. Gn. 31, 19-35). Michel, à son tour, par vérité ( Cf. I Sam. 19, 11-17), cacha David, et à cause de sa fraude, elle fut invitée à partager la récompense du règne. Chose merveilleuse à entendre; alors que tous les vols conduisent les voleurs à l’opprobre, le vol de la foi a provoqué la louange devant les hommes.

12. Qui m’a touché? Le maître du trésor cherchait le voleur de son trésor pour dénoncer et confondre ceux qui n’avaient pas voulu voler ses trésors, alors qu’ils étaient offerts et abandonnés à tous les hommes. Ceux qui étaient timides dans leur foi étaient tourmentés par la pauvreté; mais ceux dont la foi était diligente accouraient et cherchaient, le visage épanoui, et ils se hâtaient de voler en secret. Qui m’a touché? Une vertu puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46). Celui qui a su qu’une force était sortie de lui, ignorait-il par hasard sur qui cette puissance s’était posée? Ou bien la puissance lui aurait-elle été arrachée par force et la guérison volée contre son gré? Les racines donnent, sans le savoir, des remèdes utiles; Notre-Seigneur a voulu montrer à celle qui recevait la santé qu’il était conscient de ce qu’il donnait; il montra en même temps qu’il n’est pas comme un médicament qui, de par sa nature, guérit tous ceux qui le reçoivent, mais qu’il guérit sciemment et volontairement tous ceux qui l’aiment.

13. Cette puissance sortit de la glorieuse divinité et elle guérit le sein souillé, impur selon la loi, pour manifester que la divinité n’a pas horreur de ceux qui vivent dans la foi. La foi est un arbre sur lequel reposent les dons divins. Si à l’impureté qui vient de la loi s’ajoute la foi de la volonté, bien que l’impureté sépare et souille, la foi sanctifie et unit, la volonté réunit et harmonise. La loi commandait la séparation des choses impures: Élie les a sanctifiées par sa foi, non en ennemi de la loi, mais comme assujetti à la loi. Élie ne faisait pas de reproches à la loi, qui interdisait d’utiliser des aliments impurs. Élie n’était pas l’adversaire de la loi, ni celle-ci du législateur. Mais Élie reconnut la faiblesse de la loi; aussi ne voulut-il pas se comporter en infirme avec elle. La loi connaissait la disposition du législateur et c’est pourquoi elle liait et déliait selon sa volonté. Bien qu’ Élie eût reçu sa nourriture de corbeaux impurs (Cf. I R. 17, 4-6), il observait constamment tout ce qu’il recevait de la bouche de Dieu. Au contraire, les père des Israélites, bien qu’ils eussent reçu à boire au désert de la bouche pure du rocher (Cf. Nb. 20, 7-11), ne voulaient pas observer ce qu’ils avaient reçu de la bouche de Dieu. Bien qu’Élie ait été nourri par des corbeaux impurs, il était saintement nourri d’une nourriture spirituelle par la sainte divinité; mais les père des Israélites, bien que nourrissant leurs corps de la nourriture des anges (Cf. Ps. 78, 25; 105, 4-; Sg. 16, 20), nourrissant leur esprit de l’adoration du veau (Cf. Ex. 32, 1-35).

14. Quand Élie dit: Je suis resté seul prophète du Seigneur (I R. 18, 22), il ne veut pas dire du mal des justes et affirmer que nulle part on n’en trouve. Mais, dénonçant les pécheurs, il reprocha à ceux-ci d’avoir fait disparaître ceux-là. (Il ne voulait pas être trouvé seul juste, et, de fait, pendant trois ans on ne le trouva pas (Cf. I Rois 18, 10), parce qu’il avait découvert qu’ils n’étaient pas dignes de la visite de Dieu. De même que la gourmande voracité des prophètes de Baal exultait et se réjouissait de la multitude des convives à la table de Jézabel (Cf. I R. 18, 19), ainsi la persécution des vrais prophètes excitait la jalousie de ceux qui voulaient soumettre avec eux leur cou au glaive.

15. L’exposé précédent semblerait exiger action de grâces et silence. Pourtant ces paroles en appellent d’autres, fort semblables.

Qui m’a touché? Je sais qu’une vertu puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46). L’évangéliste écrit: Une vertu puissante sortait de lui et les guérissait tous (Lc 6, 19). En une seule occasion, Notre-Seigneur a avoué qu’une puissance était sortie de lui. Pourquoi a-t-il dit cela en une seule occasion, alors que c’est certes plus souvent qu’un don insigne a jailli de lui, guérissant l’impureté manifeste? Notre-Seigneur savait qu’il était sorti du sein d’une femme, et il connaissait ceux qui ne croyaient pas en cette sortie. C’est pourquoi il envoya sa puissance dans un sein souillé, afin de les amener, par ce sein souillé, à croire à sa sortie d’un sein pur.

16. "Qui m’a touché? Car une vertu puissante est sortie de moi". En aucune autre occasion, il n’est rapporté de notre médecin une semblable parole, parce qu’un aucune autre occasion il n’a rencontré un tel mal. Alors que ce mal avait été présenté à beaucoup de médecins, ayant vu ce mal et l’ayant mal soigné, il ne s’en trouva qu’un pour mettre terme à leur maladresse. L’art de guérir s’occupa de ces maux honteux, mais il y ajouta douleur sur douleur. Plus il venait de médecins, est-il dit, plus la maladie empirait (Cf. Mc 5, 26). La frange du manteau du Maître rencontra ces douleurs, et elle les déracina: Et elle sut en elle-même qu’elle était guérie de ses tourments (Mc 5, 29).

17. Alors que l’art pourvu de toute sagesse humaine s’était tu et retiré, la divinité fut annoncée, cachée sous des vêtements; elle avait revêtu la chair et elle était descendue vers les hommes pour leur enlever leurs misères et, par des signes, se manifester à la foi. Ne regarde pas seulement l’humanité du Christ. Il a montré son humanité pour que les êtres d’en haut croient qu’il est d’en bas, et il a montré sa divinité pour que les êtres d’en bas le croient d’en haut. Il a assumé la chair des hommes pour que les hommes puissent accéder à sa divinité, et il a montré sa divinité pour que son humanité ne soit pas piétinée.

18. Les mains de la femme pécheresse étaient étendues sur les pieds de Notre-Seigneur, pour recevoir de sa divinité les dons de la grâce (Cf. Lc 7, 36-50). Notre-Seigneur montra donc son humanité pour que la femme pécheresse pût accéder à lui, et il montra sa divinité qui dénonçait les pharisiens. La femme pécheresse put, dès lors, se moquer de l’ignominie des pensées dévoilées de celui qui se moquait orgueilleusement de ses larmes. Elle avait répandu par amour les larmes cachées dans ses yeux, et Notre-Seigneur, à cause de son courage, manifesta les pensées cachées du pharisien. La femme pécheresse considérait le Christ comme un Dieu; sa foi en témoignait. Mais Simon le considérait comme un homme; sa pensée, (dévoilée par Notre-Seigneur, le) manifestait. Notre-Seigneur se tenait entre eux deux; il prononça une parabole valable pour tous deux, afin d’encourager la femme pécheresse et, par l’explication de cette parabole, de dénoncer et blâmer le pharisien. Mais maintenant que nous sommes tombés comme Salomon au milieu des femmes, nous n’avons pourtant pas été blessés par elles comme Salomon. Les filles des païens, par leurs appâts, ont amené Salomon du culte de Dieu à celui de leurs idoles (Cf. I R. 11, 1-40). Mais, dans le passage commenté, nous mettons la foi des filles des païens au-dessus du courage des femmes des Hébreux. Celles-ci, par la santé de leur corps, rendirent malade la foi saine de Salomon, mais celles-là, par leur guérison, rendent à la santé notre foi malade. Qui ne serait guéri par la foi de ces dernières?

Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

LA GUÉRISON DE L’HÉMORROISSE

1. Louange à toi, fils d’une substance cachée, parce que, par les plaies cachées et les tourments d’une femme affligée d’un flux de sang, ta guérison cachée était annoncée, et les gens voyaient la divinité invisible à travers une femme visible. Tandis que le Fils guérissait, sa divinité apparaissait et la guérison de la femme atteinte d’un flux de sang manifestait sa foi. Elle faisait de lui l’objet de sa prédication, mais elle était elle-même prêchée avec lui; vérité et hérauts de la vérité étaient ensemble proclamés. De même que cette femme était témoin de sa divinité, il était, lui, témoin de sa foi.

2. La femme lui a donné sa foi en gage et, en récompense, il lui a donné la santé. La foi de la femme ayant été publique, sa guérison fut prêchée ouvertement. Parce que la puissance du Fils avait brillé et qu’elle l’avait magnifié, les médecins et leurs remèdes furent confondus. Il apparut combien la foi dépassait l’art, et la puissance cachée les remèdes visibles. Avant que ne soient exposées les pensées de la femme, Notre-Seigneur les a connues, alors qu’on croyait qu’il ne connaissait même pas cette personne. Elle avait interrogé les disciples, qui cherchaient un prétexte pour la mépriser. Mais le Seigneur ne permit pas à ses disciples de la mépriser. Il semblait ne pas savoir, puisqu’il demanda qui l’avait touché (Lc 8, 45); il était pourtant conscient des choses secrètes, lui qui ne l’a guérie qu’à cause de sa foi en lui. Il a vu d’abord la foi cachée de la femme; ensuite il lui a accordé une guérison manifeste. S’il voyait une foi invisible, combien plus une humanité visible.

3. Bien que, pour raison d’utilité, Notre-Seigneur se fut présenté comme non informé des choses évidentes, cependant, par cette attitude même, il démontra sa prescience qui lui faisait connaître les choses secrètes. Comment? Mais par la parole de Pierre: Les foules ’entourent de tous côtés et te pressent, et tu dis: Qui m’a touché? (Lc 8, 45; Mc 5, 31) Simon indiquait à Notre-Seigneur que toute la foule le touchait, et Notre-Seigneur indiqua à Simon qu’une seule parmi tous l’avait touché. Tous le touchaient à cause de la bousculade des foules: une seule, cependant, pressée de douleurs, l’avait réellement touché. Simon avait voulu indiquer à Notre-Seigneur combien les gens le touchaient, mais Notre-Seigneur montra à Simon la foi qui l’avait touché.

4. Beaucoup le touchaient; remarque pourtant qu’il fut nécessaire de rechercher parmi beaucoup la seule qui l’avait réellement touché. Si donc tous le touchaient, et si parmi tous on en rechercha une, il est clair qu’il connaissait tous ceux qui le pressaient, puisque pas même une seule femme n’a pu lui être cachée. Et comme tous indistinctement s’approchaient de lui et le touchaient, et que du regard il en recherchait une seule parmi tous, il est clair qu’il les connaissait tous comme celle-ci, puisqu’il avait pu distinguer celle que rien ne distinguait des autres. Beaucoup le touchaient à ce moment, mais comme un homme; on chercha celle qui l’avait touché comme Dieu, pour dénoncer et réprimander ceux qui ne le touchaient que comme homme. Il sépara de tous une seule femme qui l’avait touché avec tous, afin d’enseigner à tous, par un seul mot, qu’il savait pourquoi et comment chacun le touchait.

5. Celui donc qui s’approchait de lui corporellement éprouvait un contact corporel, et celui qui s’approchait spirituellement touchait, à travers l’humanité palpable, la divinité impalpable. Celui qui s’approchait de lui comme d’un homme, entrait en contact avec son humanité, et celui qui s’approchait de lui comme de Dieu, trouvait des trésors de guérison pour ses douleurs.

6. Si, guérie de tout tourment, la femme s’était secrètement retirée, outre que ce miracle serait resté caché à beaucoup, elle serait, bien que guérie de corps, restée spirituellement malade. Parce que le Seigneur l’avait guérie, elle croyait qu’il était juste; cependant, ne le connaissant pas parfaitement, elle aurait douté qu’il fût Dieu. En effet, il y en avait qui, s’approchant des justes, étaient guéris, mais ils le faisaient de telle manière que les justes ne savaient pas qui, parmi ceux qui les approchaient, avaient été guéri. Pour que l’esprit de celle qui avait été guérie de corps ne soit pas malade, le Seigneur prit également soin de le guérir; même dans les guérisons du corps, il visait à la guérison de l’esprit. C’est pourquoi il dit: Qui a touché mes vêtements? (Mc 5, 30). Le Seigneur manifesta qu’une créature humaine l’avait touché, mais il ne voulut pas manifester laquelle l’avait touché. Non pas qu’il ait voulu tromper, lui qui, par cette parole, cherchait à empêcher la fraude. Il n’a pas non plus agi ainsi pour éviter de confesser la vérité, mais pour que les hommes confessent la vérité.

7. Pourquoi donc le Seigneur n’a-t-il pas manifesté qui l’avait touché? Il convenait que celle qui avait été guérie servît de témoin au médecin; celle qui avait été guérie publiquement devait rendre témoignage à la puissance qui l’avait guérie dans le secret. Le Seigneur, vivant au milieu de ses ennemis, ne s’est pas hâté de se rendre témoignage à lui-même; il a attendu que son œuvre devînt son héraut (Cf. Jn 5, 31.36; 10, 25.38). Par sa patience, il encourageait ses amis et dénonçait ses ennemis. Et comme, dans sa longanimité, il avait amené la femme malade au milieu des foules, ses amis et ses ennemis la virent; ils reconnurent que c’était elle qui avait importuné tous les médecins et que tous les médecins avaient importunée (Cf. Mc 5, 26; Lc 8, 43). Une puissance fut envoyée, qui sortit de lui; elle toucha le sein impur sans en avoir horreur. De la même manière, la divinité n’eut pas horreur d’habiter dans un sein sacré. Car, soit selon la loi, soit en dehors d’elle, la vierge était plus sainte que celle que l’abondance de son sang rendait abominable. Les ennemis du Christ reçurent un blâme sévère pour avoir mal agi envers celui à qui avait obéi un flux de sang véhément, inhérent à la nature; car leur libre volonté lui avait désobéi.

8. Ses amis étaient donc fortifiés par sa nature humaine et ses ennemis recevaient de sa divinité un reproche sévère. Ses amis apprirent que, comme sa puissance avait touché le sein torturé par la douleur pour l’utilité de celui-ci, ainsi sa divinité, prenant demeure dans l’humanité, lui avait été unie pour l’utilité de celle-ci, ainsi sa divinité, prenant demeure dans l’humanité, lui avait été unie pour l’utilité de celle-ci. Mais ses ennemis se choisissaient déjà une prière d’achoppement (Cf. Is. 8, 14; 1 Pi 2, 8). Ils disaient: Il ne connaît pas la loi, car une femme impure selon la loi l’a touché et il n’en a pas eu horreur. A ceux qui s’étaient voilé les yeux de leurs propres mains, il n’apparaissait pas comment cette puissance par laquelle des choses impures sont purifiées, n’était-elle pas elle-même souillée par leur souillure. En effet, si la puissance du feu purifie des choses souillées sans être elle-même souillée, combien plus la puissance de la divinité du Seigneur purifie-t-elle sans devenir elle-même impure? Car le feu n’a pas besoin de purification; bien plus, rien ne peut le souiller. Et s’il y a une distance entre les choses pures et impures, un souffle de vent et un coup de soleil les mélangent en les touchant, pour qu’il soit clair que seul est impur ce qui souille la vie de la liberté.

9. Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il dit: Qui m’a touché? (Lc 8, 45) C’était afin que celle qui avait perçu sa guérison sût que le Seigneur connaissait sa foi. Par sa santé retrouvée, elle sut qu’il était médecin de tous, et par sa question elle reconnut qu’il était celui qui scrute tout: Mais comme elle avait vu que cela même ne lui était pas caché (Lc 8, 47), elle pensait en elle-même qu’ il était impossible que rien ne lui fût caché. Aussi Notre-Seigneur lui montra-t-il que rien ne lui était caché, afin qu’elle ne le quittât pas déçue. Elle avait appris que le Seigneur guérissait les plaies visibles; elle apprit en outre qu’il était conscient des choses cachées. Elle crut que celui qui guérissait les plaies du corps et scrutait les secrets de la pensée, était aussi le maître du corps et de la pensée. En tant que maître du corps, Notre-Seigneur avait dompté le corps et ses passions; comme juge de la pensée, il avait éclairé l’intelligence et ses réflexions. La femme craignit désormais de transgresser son commandement par la moindre action, parce qu’elle eut conscience d’être vue par celui qui l’avait aperçue quand, par derrière, elle s’était approchée de la frange de son manteau (Mt. 9, 20). Elle craignit de transgresser et de pécher jusque dans ses pensées, car elle sut que rien n’était caché à celui qui lui-même avait témoigné, que "cela même ne lui était pas caché".

10. Si la femme, une fois guérie, s’était retirée en secret, Notre-Seigneur l’aurait privée de la couronne d’une vertu héroïque. Or il convenait de couronner publiquement la foi qui avait brillé dans ce combat caché. C’est pourquoi il orna sa tête d’un couronne spirituelle en lui disant: Va en paix (Mc 5, 34); la paix était la couronne de sa victoire. Mais pour manifester qui était le maître de cette couronne, en disant ici: "Va en paix", Notre-Seigneur ajouta: "Ta foi t’a sauvée" (Mt. 9, 22), pour qu’on vît que la paix donnée par la bouche du Christ était une couronne pour la foi de cette femme: Ta foi t’a sauvée. Il est clair que c’est sa foi qui a été couronnée, puisque c’est la foi qui l’avait rendue à la vie. C’est pourquoi il s’exclama: Qui a touché mes vêtements? indiquant ainsi à tous celle qui avait touché plus que tous. De même qu’elle avait choisi de l’honorer plus que tous, d’abord en s’approchant de lui par derrière, puis en touchant la frange de son vêtement, ainsi convenait-il qu’elle fût plus honorée que tous.

11. Je sais que quelqu’un m’a touché (Cf. Lc 8, 46). Pourquoi n’a-t-il pas amené de force au milieu de tous celle qui l’avait touché? Parce qu’il a voulu enseigner l’audace de la foi, afin qu’elle apprenne à voler dans le secret et à se glorifier de son vol; en effet, le Seigneur, mis en présence de la foi, lui avait enseigné à voler. En louant la foi après son vol, il la préparait à se glorifier de son vol. La foi a volé et elle a été magnifiée; elle avait pris par fraude et elle fut louée. Par là Notre-Seigneur montrait combien s’appauvrit une foi dégradée et qui n’a pas volé, et quelle confusion elle se prépare en n’enlevant pas de force. Rachel fut louée pour son vol d’idoles, et couronnée pour son adhésion à la vérité (Cf. Gn. 31, 19-35). Michel, à son tour, par vérité ( Cf. I Sam. 19, 11-17), cacha David, et à cause de sa fraude, elle fut invitée à partager la récompense du règne. Chose merveilleuse à entendre; alors que tous les vols conduisent les voleurs à l’opprobre, le vol de la foi a provoqué la louange devant les hommes.

12. Qui m’a touché? Le maître du trésor cherchait le voleur de son trésor pour dénoncer et confondre ceux qui n’avaient pas voulu voler ses trésors, alors qu’ils étaient offerts et abandonnés à tous les hommes. Ceux qui étaient timides dans leur foi étaient tourmentés par la pauvreté; mais ceux dont la foi était diligente accouraient et cherchaient, le visage épanoui, et ils se hâtaient de voler en secret. Qui m’a touché? Une vertu puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46). Celui qui a su qu’une force était sortie de lui, ignorait-il par hasard sur qui cette puissance s’était posée? Ou bien la puissance lui aurait-elle été arrachée par force et la guérison volée contre son gré? Les racines donnent, sans le savoir, des remèdes utiles; Notre-Seigneur a voulu montrer à celle qui recevait la santé qu’il était conscient de ce qu’il donnait; il montra en même temps qu’il n’est pas comme un médicament qui, de par sa nature, guérit tous ceux qui le reçoivent, mais qu’il guérit sciemment et volontairement tous ceux qui l’aiment.

13. Cette puissance sortit de la glorieuse divinité et elle guérit le sein souillé, impur selon la loi, pour manifester que la divinité n’a pas horreur de ceux qui vivent dans la foi. La foi est un arbre sur lequel reposent les dons divins. Si à l’impureté qui vient de la loi s’ajoute la foi de la volonté, bien que l’impureté sépare et souille, la foi sanctifie et unit, la volonté réunit et harmonise. La loi commandait la séparation des choses impures: Élie les a sanctifiées par sa foi, non en ennemi de la loi, mais comme assujetti à la loi. Élie ne faisait pas de reproches à la loi, qui interdisait d’utiliser des aliments impurs. Élie n’était pas l’adversaire de la loi, ni celle-ci du législateur. Mais Élie reconnut la faiblesse de la loi; aussi ne voulut-il pas se comporter en infirme avec elle. La loi connaissait la disposition du législateur et c’est pourquoi elle liait et déliait selon sa volonté. Bien qu’ Élie eût reçu sa nourriture de corbeaux impurs (Cf. I R. 17, 4-6), il observait constamment tout ce qu’il recevait de la bouche de Dieu. Au contraire, les père des Israélites, bien qu’ils eussent reçu à boire au désert de la bouche pure du rocher (Cf. Nb. 20, 7-11), ne voulaient pas observer ce qu’ils avaient reçu de la bouche de Dieu. Bien qu’Élie ait été nourri par des corbeaux impurs, il était saintement nourri d’une nourriture spirituelle par la sainte divinité; mais les père des Israélites, bien que nourrissant leurs corps de la nourriture des anges (Cf. Ps. 78, 25; 105, 4-; Sg. 16, 20), nourrissant leur esprit de l’adoration du veau (Cf. Ex. 32, 1-35).

14. Quand Élie dit: Je suis resté seul prophète du Seigneur (I R. 18, 22), il ne veut pas dire du mal des justes et affirmer que nulle part on n’en trouve. Mais, dénonçant les pécheurs, il reprocha à ceux-ci d’avoir fait disparaître ceux-là. (Il ne voulait pas être trouvé seul juste, et, de fait, pendant trois ans on ne le trouva pas (Cf. I Rois 18, 10), parce qu’il avait découvert qu’ils n’étaient pas dignes de la visite de Dieu. De même que la gourmande voracité des prophètes de Baal exultait et se réjouissait de la multitude des convives à la table de Jézabel (Cf. I R. 18, 19), ainsi la persécution des vrais prophètes excitait la jalousie de ceux qui voulaient soumettre avec eux leur cou au glaive.

15. L’exposé précédent semblerait exiger action de grâces et silence. Pourtant ces paroles en appellent d’autres, fort semblables.

Qui m’a touché? Je sais qu’une vertu puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46). L’évangéliste écrit: Une vertu puissante sortait de lui et les guérissait tous (Lc 6, 19). En une seule occasion, Notre-Seigneur a avoué qu’une puissance était sortie de lui. Pourquoi a-t-il dit cela en une seule occasion, alors que c’est certes plus souvent qu’un don insigne a jailli de lui, guérissant l’impureté manifeste? Notre-Seigneur savait qu’il était sorti du sein d’une femme, et il connaissait ceux qui ne croyaient pas en cette sortie. C’est pourquoi il envoya sa puissance dans un sein souillé, afin de les amener, par ce sein souillé, à croire à sa sortie d’un sein pur.

16. "Qui m’a touché? Car une vertu puissante est sortie de moi". En aucune autre occasion, il n’est rapporté de notre médecin une semblable parole, parce qu’un aucune autre occasion il n’a rencontré un tel mal. Alors que ce mal avait été présenté à beaucoup de médecins, ayant vu ce mal et l’ayant mal soigné, il ne s’en trouva qu’un pour mettre terme à leur maladresse. L’art de guérir s’occupa de ces maux honteux, mais il y ajouta douleur sur douleur. Plus il venait de médecins, est-il dit, plus la maladie empirait (Cf. Mc 5, 26). La frange du manteau du Maître rencontra ces douleurs, et elle les déracina: Et elle sut en elle-même qu’elle était guérie de ses tourments (Mc 5, 29).

17. Alors que l’art pourvu de toute sagesse humaine s’était tu et retiré, la divinité fut annoncée, cachée sous des vêtements; elle avait revêtu la chair et elle était descendue vers les hommes pour leur enlever leurs misères et, par des signes, se manifester à la foi. Ne regarde pas seulement l’humanité du Christ. Il a montré son humanité pour que les êtres d’en haut croient qu’il est d’en bas, et il a montré sa divinité pour que les êtres d’en bas le croient d’en haut. Il a assumé la chair des hommes pour que les hommes puissent accéder à sa divinité, et il a montré sa divinité pour que son humanité ne soit pas piétinée.

18. Les mains de la femme pécheresse étaient étendues sur les pieds de Notre-Seigneur, pour recevoir de sa divinité les dons de la grâce (Cf. Lc 7, 36-50). Notre-Seigneur montra donc son humanité pour que la femme pécheresse pût accéder à lui, et il montra sa divinité qui dénonçait les pharisiens. La femme pécheresse put, dès lors, se moquer de l’ignominie des pensées dévoilées de celui qui se moquait orgueilleusement de ses larmes. Elle avait répandu par amour les larmes cachées dans ses yeux, et Notre-Seigneur, à cause de son courage, manifesta les pensées cachées du pharisien. La femme pécheresse considérait le Christ comme un Dieu; sa foi en témoignait. Mais Simon le considérait comme un homme; sa pensée, (dévoilée par Notre-Seigneur, le) manifestait. Notre-Seigneur se tenait entre eux deux; il prononça une parabole valable pour tous deux, afin d’encourager la femme pécheresse et, par l’explication de cette parabole, de dénoncer et blâmer le pharisien. Mais maintenant que nous sommes tombés comme Salomon au milieu des femmes, nous n’avons pourtant pas été blessés par elles comme Salomon. Les filles des païens, par leurs appâts, ont amené Salomon du culte de Dieu à celui de leurs idoles (Cf. I R. 11, 1-40). Mais, dans le passage commenté, nous mettons la foi des filles des païens au-dessus du courage des femmes des Hébreux. Celles-ci, par la santé de leur corps, rendirent malade la foi saine de Salomon, mais celles-là, par leur guérison, rendent à la santé notre foi malade. Qui ne serait guéri par la foi de ces dernières?


[1] Les Éditions du Cerf ont restitué la visite au temple, intervenant au milieu du ministère de Jean-Baptiste dans le commentaire d’Ephrem, dans sa place normale pour la traduction française.

[2] Conformément à la leçon tatianique de Mc 2, 14, Éphrem parle de Jacques le publicain au lieu de Matthieu le publicain.

  Résultat de recherche d'images pour "Icônes de Saint Ephrem"

Partager cet article
Repost0
Published by Eglise Syro-Orthodoxe Francophone - dans CATECHISME et CATECHESE Tradition Syriaque Pères de l'Eglise

Recherche

Articles Récents

Liens